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Un opéra wagnérien?

Montpellier
Le Corum (Opéra Berlioz)
07/24/2019 -  
Vincent d’Indy: Fervaal, opus 40
Michael Spyres (Fervaal), Gaëlle Arquez (Guilhen), Jean-Sébastien Bou (Arfagard), Elisabeth Jansson (Kaito), Nicolas Legoux (Grympuig), Eric Huchet (Lennsmor), Kaëlig Boché (Edwig), Camille Tresmontant (Paysan, Paysan sarrazin, Chennos), François Piolino (Ilbert), Rémy Mathieu (Ferkemnat, Moussah), Matthieu Lécroart (Geywihr, Paysan), Eric Martin-Bonnet (Penwald, Buduann), Pierre Doyen (Messager, Paysan, Paysan sarrasin), Jérôme Boutillier (Paysan, Gwellkingubar), Anas Seguin (Berddret), Guilhem Worms (Helwrig), François Rougier (Paysan, Le Berger, Le Barde)
Latvijas Radio Koris, Sigvards Klava (chef de chœur), Chœur de l’Opéra national de Montpellier Occitanie, Noëlle Gény (chef de chœur), Orchestre national de Montpellier Occitanie, Michael Schønwandt (direction)


G. Arquez, M. Spyres, M. Schønwandt, J.-S. Bou (© Luc Jennepin)


Que serait le Festival de Radio France Occitanie Montpellier sans ses raretés? La trente-cinquième édition restera dans les annales pour l’exécution de Fervaal de d’Indy en version de concert. Le nom de ce compositeur parle sans doute à ceux qui s’intéressent sérieusement à la musique classique, et ces derniers peuvent probablement citer de mémoire cet opéra créé à la Monnaie en 1897, sans pour autant l’avoir entendu. En effet, les exécutions de cet ouvrage en trois actes sur un livret du compositeur demeurent exceptionnelles depuis sa reprise à l’Opéra de Paris en 1912. Il en existe très peu d’enregistrements et, à notre connaissance, aucun réalisé récemment. La quintessence de la rareté dont ce festival ouvert d’esprit se devait de s’emparer.


Que certains ouvrages tombent dans l’oubli constitue une injustice que de nombreux interprètes et chercheurs s’emploient réparer, à l’image de ceux ressuscités depuis une dizaine d’années par le précieux Palazzetto Bru Zane, mais pour d’autres, cette situation s’explique plus facilement, et il ne s’agit pas nécessairement d’une question de chanteurs difficiles à trouver pour incarner les rôles principaux ou d’une technique de chant pour ainsi dire perdue, comme ce fut le cas de nombreux opéras de Rossini. Les raisons sont diverses: le livret peut présenter un intérêt plus que limité ou offrir peu de potentiel à un metteur en scène, la longueur constitue un frein, compte tenu des coûts de production, à moins d’opérer des coupures, au risque de fâcher les puristes, ou bien encore la musique, de qualité variable ou faible, suscite en fin de compte une certaine déception.


Ce concert laisse penser que ce monstre d’envergure wagnérienne, et qui dure un peu plus de 3 heures, a peu de chances de regagner les faveurs du public et des directeurs de maison d’opéra pour à peu près toutes ces raisons. L’ouvrage s’inscrit dans le sillage du wagnérisme, en vogue à l’époque en France, mais au bout de compte, la musique fait moins penser au compositeur allemand que les thèmes et les personnages du livret, qu’il est en effet tentant et facile de rapprocher de ceux de Siegfried ou de Parsifal, par exemple. De notre point de vue, et il ne s’agit que d’une opinion, cette longue, et par moments indigeste, partition peine à soutenir l’intérêt sur la longueur, à cause de l’inégalité de l’inspiration et de l’absence de ce véritable génie qui se perçoit de manière si flagrante dans la grande majorité des opéras du maître de Bayreuth. Chaque acte comporte toutefois des passages du plus haut intérêt, qui justifie cette entreprise de résurrection, et il faut reconnaître que cette musique a tout de même fière allure, une impression également ressentie à l’écoute d’autres œuvres du compositeur français.


L’orchestration et le développement des thèmes, deux points forts de d’Indy, focalisent notre attention, de même que la relative richesse de l’invention mélodique. Mais cette œuvre ne nous touche guère: à partir du Vaisseau fantôme, une demi-heure de Wagner, et même un quart d’heure de Parsifal, vaut à ce titre bien mieux que les trois longues heures et demie de Fervaal. C’est ainsi que les organisateurs prévoient deux pauses afin de permettre aux interprètes de récupérer un peu. Et de ce fait, après le premier acte, qui dure à lui seul une heure et demie, certains désertent leur siège et ces messieurs de l’orchestre laissent tomber la veste, alors que la salle bénéficie de la climatisation. Les spectateurs quittent le Corum, certains probablement soulagés, à minuit passé.


Le festival réunit pour cet événement une distribution presque entièrement francophone et de premier ordre, même dans les tout petits rôles, avec la faible probabilité que les chanteurs mobilisés reprennent leur rôle un jour. Cela confère toute son importance à ce concert qui sera peut-être immortalisé au disque, ce qui serait souhaitable à titre documentaire et complèterait l’enregistrement réalisé par le festival, en 2010, de L’Etranger du même compositeur (Accord). Michael Spyres relève le défi de longue haleine d’incarner le rôle-titre, le dernier acte contenant des difficultés insensées, avec une intelligence stylistique forçant l’admiration. Quoi qu’il arrive, et peu importe les rôles qu’il chante, des constantes demeurent chez lui: splendeur du timbre, dans le medium comme dans le haut du registre, facilité apparente, endurance, raffinement du phrasé, pureté de l’émission; l’accent, léger, ne pose aucun problème de compréhension. Quel artiste!


Pour rendre vie à ce héros, mélange de Tristan et de Parsifal, le ténor américain porte une sorte de kilt, mais nous préférons davantage la robe de la belle Gaëlle Arquez. Distribuée dans le rôle de la fille d’un émir sarrasin, Guilhen, qui fait penser à Isolde, mais aussi à Kundry, la mezzo-soprano délivre un chant un peu moins varié et captivant que celui de son partenaire, mais la voix, large et vibrante, possède la carrure nécessaire, et elle séduit à chaque intervention par la richesse du timbre et la justesse de l’expression. Jean-Sébastien Bou se glisse dans la peau du druide Arfagard, l’autre personnage principal de l’opéra, avec toute la science vocale que nous lui connaissons. Dans ce rôle, lui aussi, lourd et exigeant, ce baryton à la voix plutôt claire délivre une prestation de grande classe, qui se caractérise par une ligne de chant peaufinée et une articulation impeccable. Nettement plus secondaires, certains même anecdotiques, les autres personnages sont bien distribués – parmi eux, la Kaito d’Elisabeth Jansson, excellente dans ce personnage évoquant Erda.


Il faut enfin reconnaitre l’excellent travail de Michael Schønwandt qui dirige avec rigueur un orchestre précis et bien sonnant. Les forces montpelliéraines, en ce compris le Chœur de l’Opéra national, renforcé par les choristes de la Radio lettonne, jouent avec constance et vigueur tout en rendant justice à l’orchestration.



Sébastien Foucart

 

 

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