About us / Contact

The Classical Music Network

Zurich

Europe : Paris, Londn, Zurich, Geneva, Strasbourg, Bruxelles, Gent
America : New York, San Francisco, Montreal                       WORLD


Newsletter
Your email :

 

Back

Elias de l’autre côté du Röschtigraben

Zurich
Tonhalle Maag
03/06/2019 -  et 7, 8 mars 2019
Felix Mendelssohn: Elias, opus 70
Katharina Konradi, Marie-Sophie Pollack, Agnes Kovacs (sopranos), Wiebke Lehmkuhl (alto), Steve Davislim (ténor), Michael Nagy (basse), Soliste du Chœur d’enfants de l’Académie chorale de Dortmund
Balthasar-Naumann-Chor, Tonhalle-Orchester Zürich, Thomas Hengelbrock (direction)


T. Hengelbrock (© Florence Grandidier)


Jusqu’à octobre 2020, l’Orchestre de la Tonhalle de Zurich ne se produit pas dans sa salle classique qui est en travaux mais dans une salle temporaire. Cette dernière se trouve dans le quartier d’Escher Wyss plus connu des start-up et de la très renommée Ecole polytechnique de Zurich. Ce bâtiment, qui peut accueillir environ 1200 spectateurs, est recouvert de bois et, si elle ne peut pas avoir le charme et l’histoire de la salle éponyme de Zurich, offre une belle une proximité entre musiciens et le public mais, nous y reviendrons, un son un peu compact.


Pour cette représentation zurichoise d’Elias, Thomas Hengelbrock a fait venir « son » Chœur Balthasar-Neumann ainsi que Michael Nagy, avec qui il a gravé l’œuvre et qui s’est déjà illustré dans cette œuvre. Ce sont dans les deux cas des choix inspirés. Le chœur est solide, sonore avec en particulier une contribution des hommes particulièrement éloquente. Il est surtout d’une grande puissance, ce qui convient à la conception dramatique voulue par Hengelbrock et la force que demande les textes de l’œuvre. A de nombreuses reprises dans son oratorio, Mendelssohn écrit des ensembles (dont un double quatuor qui est une pure merveille mendelssohnienne) qui font appel à des solistes des chœurs. Ces derniers sont de grande qualité, équilibrés et sonores.


Michael Nagy, comme à Paris, impressionne par son autorité. Il y a un Wotan en puissance dans cet Elias. Nagy rend justice à cette musique aussi riche qui fait passer Elias de la colère violente à la douceur et l’humilité. En plus de ses moyens et de sa puissance, il trouve des phrasés variés, musicaux et expressifs. A ses côtés, Wiebke Lehmkuhl brille par son format vocal à nouveau « wagnérien ». Ses nombreux duos avec Elias sont équilibrés et musicaux. Steve Davislim et Katharina Konradi sont plus des chanteurs de style baroque, plus instrumentaux et moins sonores. Le sublime air de la deuxième partie « Höre Israel » était un peu terne et aurait pu bénéficier de plus de couleurs.


Pour cette occasion, les musiciens de l’orchestre avaient adopté des pratiques baroques : un minimum de vibrato aux cordes, un effectif plutôt réduit avec « seulement » quatre contrebasses et l’utilisation de cors naturels. Hengelbrock favorise des tempi plutôt animés que Mendelssohn aurait approuvés. Le seul petit bémol vient peut-être de la salle qui offre un son un peu compact. Les musiciens ont beaucoup de présence mais le son pourrait plus respirer. Certaines des voix médianes qui font la richesse de la polyphonie de Mendelssohn sont un peu perdues et les bois sont souvent trop fondus dans la masse sonore. A chaque occasion où le texte demande aux musiciens plus de douceur, les textures s’allègent et offrent une transparence bienvenue que l’on aurait pu souhaiter dans les passages plus forte.


Ceci est un peu incroyable mais l’Orchestre de la Tonhalle ne s’est pas produit à Genève depuis 2007. Les Suisses connaissent bien l’expression du « Röschtigraben », cette frontière imaginaire qui distinguerait les parties romande et alémanique. Réelle ou non, voici un ensemble de grande qualité qui n’aura en 2020 rien moins que Paavo Järvi comme directeur musical, d’une tradition complémentaire de celle de l’Orchestre de la Suisse romande, et que l’on aimerait voir avec régularité se produire à Genève.



Antoine Lévy-Leboyer

 

 

Copyright ©ConcertoNet.com