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Biarritz
Hôtel du Palais
08/07/2018 -  
Alexandre Scriabine : Trois Morceaux, opus 2
Claude Debussy : Suite bergamasque – Préludes (Premier Livre)
Serge Rachmaninov : Variations sur un thème de Corelli, opus 42

Vanessa Benelli Mosell (piano)


V. Benelli Mosell (© Biarritz Piano Festival)


A Biarritz, les jours se suivent mais ne se ressemblent pas. Au lendemain de la performance exceptionnelle d’Alexandre Kantorow à l’Espace Bellevue, on passe à l’Hôtel du Palais, palace édifié en 1903 sur les ruines de la villa de l’impératrice Eugénie, dans un salon attenant au jardin d’hiver. Et, surtout, on se situe, avec Vanessa Benelli Mosell (née en 1987), aux antipodes de ce qu’on a eu la chance d’entendre la veille.


Les choses commencent pourtant plutôt bien: les tousseurs sont toujours présents mais le lieu se révèle tout à fait satisfaisant pour faire de la musique, même si le confort visuel du public n’est pas idéal. Et, abordant le rare Opus 2 (1889) d’un Scriabine âgé de 17 ans, la pianiste italienne, malgré une pédale un peu envahissante, tire le maximum de ces trois brefs morceaux (successivement une Etude, un Prélude et un Impromptu à la mazur) encore fortement sous l’emprise de Chopin. En fin de première partie, les Variations sur un thème de Corelli (1931) de Rachmaninov confirment ses affinités avec la musique russe, elle qui, dans l’entretien qu’elle nous avait accordé voici trois ans, avait eu à cœur de rappeler: «Mon professeur, Mikhail Voskresensky, était élève de Lev Oborin et de Yakov Milstein, qui avait lui-même été l’élève de Scriabine. Et avant, j’avais déjà rencontré l’école russe en travaillant avec Dina Yoffe, une élève de Vera Gornostayeva.» L’œuvre convient en outre à ses grands moyens techniques, à sa puissance, à son goût pour les fracas spectaculaires, à son appétit de dévoreuse d’ivoire: on peut préférer le Rachmaninov plus réfléchi de Kantorow, regretter un manque de couleur et de souplesse, mais le sens rythmique et la verve digitale déployés impressionnent et ne font pas contresens.


Le milieu de la première partie et l’intégralité de la seconde partie du récital reprennent le programme de l’album que Vanessa Benelli Mosell a publié chez Decca fin 2017, venant ainsi apporter sa contribution aux célébrations du centenaire de la mort de Debussy. Dans la Suite bergamasque (1890), raide, hâtive et peu articulée, dépourvue de charme et de poésie, elle transforme le délicat exercice de style en une simple occasion de briller. Le Premier Livre (1910) des Préludes achève de consterner: texte grossièrement surligné («La Sérénade interrompue», «Minstrels»), brutalité (l’accord conclusif de «Danseuses de Delphes»!), accents trop marqués, respiration insuffisante («"Les sons et les parfums tournent dans l’air du soir" (Baudelaire)»), confusion entre vitesse et nervosité, approche trop littérale («Ce qu’a vu le vent d’Ouest» réduit à «Le Vent d’Ouest», au demeurant un ouragan; «Des pas dans la neige» sans mystère ni tristesse). Alors que les douze pièces peuvent se prêter à des approches mettant en lumière leur modernité, leur second degré ou même, pourquoi pas, leur suavité «impressionniste», rien de tel ici, et aucune d’entre elles n’est épargnée.


Qu’en conclure? Vanessa Benelli Mosell est évidemment une grande artiste, mais elle n’a pas eu la chance de travailler avec Dominique Merlet, Alain Planès ou Jacques Rouvier. En revanche, elle a rencontré de grands maîtres russes: c’est donc avec beaucoup de sagesse qu’elle choisit pour son bis de revenir Scriabine, avec le Vingt et unième des Préludes de l’Opus 11 (1896).


Le site de Vanessa Benelli Mosell



Simon Corley

 

 

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