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11/16/2017 -  
Franz Liszt : Nuages gris – Unstern! Sinistre, Disastro (orchestrations Heinz Holliger) – Concerto pour piano n° 2 en la majeur
Richard Strauss : Also sprach Zarathustra, opus 30

Jean-Yves Thibaudet (piano), Luc Héry (violon solo)
Orchestre national de France, Emmanuel Krivine (direction)


E. Krivine (© Julien Becker)


Jean-Yves Thibaudet connaît bien l’Orchestre national de France! Que ce soit dans le Concerto de Khatchatourian sous la baguette de Semyon Bychkov pas plus tard qu’en décembre dernier, dans Saint-Saëns sous celle de Stéphane Denève ou dans Ravel sous la direction de Daniele Gatti, notre soliste n’a jamais perdu de vue le National avec lequel il a plaisir à jouer. Cela se confirme une nouvelle fois ce soir. Les doigts du pianiste français alternent avec une indéniable facilité les passages lyriques (très bel échange avec le violoncelle solo Jean-Luc Bourré) et ceux où le diable Liszt impose une technique des plus impressionnantes. Mais, ce qui frappe surtout, c’est la totale adéquation de vues avec Emmanuel Krivine, soliste et chef abordant cette œuvre moins comme un concerto que comme un véritable poème symphonique avec piano obligé. L’orchestre, en dépit d’un léger décalage dans la première partie du concerto, accompagne avec beaucoup d’attention Thibaudet, qui enlève l’œuvre avec un brio indéniable. En bis, comme ce fut le cas lorsqu’il donna ce même concerto salle Pleyel sous la baguette de Tugan Sokhiev il y a plus de cinq ans, il donna la Troisième des six Consolations (1850) du même Liszt, histoire de démontrer, si besoin était, toute la finesse de son jeu, écouté par un public nombreux et attentif.


La seconde partie du concert était consacrée au plus célèbre des poèmes symphoniques de Richard Strauss, Ainsi parlait Zarathoustra (1896). Dès les premiers (et célébrissimes) accords, le National se pare de très belles couleurs, du cor solo (excellent Hervé Joulain) au cor anglais (Laurent Decker à la manœuvre), les cordes illustrant au sein de chaque pupitre une évidente cohésion. Lorsqu’Emmanuel Krivine avait dirigé cette même œuvre à la tête de l’Orchestre national de France voilà plus de quinze ans (voir ici), notre site avait évoqué un «spectaculaire voyage d’agrément» au détriment de la quête de sens qu’on est en droit d’attendre. Force est de constater que cette vision n’a pas fondamentalement changé. Krivine fait du poème symphonique plus une succession de tableaux avec chacun son atmosphère propre qu’un ensemble doté d’une vraie cohérence stylistique. Dirigeant toujours d’une gestique extrêmement compliquée à décrypter, il ne peut éviter quelques décalages (dans Der Genesende , «Le Convalescent», par exemple) ni quelques éclairages appréhendés de manière un peu lourde mais, pour autant, l’ensemble a fière allure et, surtout, la complicité avec l’orchestre est évidente et fait plaisir à voir. Chef et musiciens échangent sourires et regards, l’ancien violoniste virtuose couvant du regard (et d’un tempo un peu trop mesuré à notre goût) Luc Héry, qui réalise un solo irréprochable dans Das Tanzlied («La Chant de la danse»), veillant avec soin aux équilibres au sein de l’orchestre, retenant les cuivres quand bon lui semble, faisant appel aux contrebasses pour les inciter à s’affirmer davantage. Espérons que cette entente se poursuive!


Une belle réalisation qui, en fin de compte, nous aurait presque fait oublier les deux œuvres de Liszt, orchestrées par le hautboïste et compositeur Heinz Holliger (né en 1939). La première, Nuages gris, impose un climat nébuleux où émergent notamment une flûte et une clarinette basses au sein d’une orchestration extrêmement soignée. La seconde œuvre tend davantage à opposer les accents volontaires des cordes au reste de l’orchestre, avant que l’on en revienne aux ténèbres initiales: intéressant mais somme toute anecdotique.


Le site de Jean-Yves Thibaudet



Sébastien Gauthier

 

 

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