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11/08/2026
Anne Ibos-Augé : Les Effacées – Ces compositrices tombées dans l’oubli
Riobravo – 117 pages – 12 euros


Sélectionné par la rédaction





« Disparue », « imaginaire », « imaginée », « anonymisée », « cloîtrée », « innommée », « prénommée », « internée », « virilisée », « interdite »... : autant de parties, autant de formes qu’a pris l’effacement des compositrices à travers les âges. Entre une Hildegard von Bingen et une Kaija Saariaho (sans doute la plus fêtée de la musique occidentale), s’étend une terra incognita sur laquelle Anne lbos‑Augé, à qui l’on doit un notable Les Femmes et la Musique au Moyen Age (Le Cerf), lève le voile. Un livre féministe ? Assurément. Woke ? Dans le sens premier du terme (« éveillé »), oui, tant il est vrai que la musicologue jette moins le discrédit sur les œuvres des grands musiciens qu’elle ne donne voix au chapitre à celles que des siècles d’une société phallocrate ont injustement remisées dans l’ombre. Un rôle subalterne, résumé par l’expression allemande « Kinder, Küche, Kirche » (« Enfants, cuisine, église ») assignant aux femmes les tâches purement domestiques pour mieux les détourner de leur papier à musique, eussent‑elles manifesté un indéniable talent. Au mariage s’ajoutent le cloître et l’internement (Adèle Hugo, Claire Delbos), frein immédiat à toute velléité créatrice. Si, « après la période baroque, les innommées tendront à disparaître », les pseudonymes masculins restent un des subterfuges les plus usés des compositrices pour connaître les honneurs de la publication. Quand celle‑ci a lieu, on attend légèreté et gracieuseté – poncifs auxquels la Britannique Rebecca Saunders, première femme lauréate du prestigieux prix de la Fondation Ernst von Siemens en 2019, tord le cou : « Saunders est consciente qu’un art surgi de l’agressivité féminine continue d’être un tabou : ‘Même les collègues les plus tolérants ont un problème avec le fait qu’une femme exprime si clairement des agressions dans son art.’ » (extrait du programme du Festival Présences 2019).


Le classement thématique permet de faire des sauts de puce dans le temps, dégageant certaines permanences et/ou parallélismes. En une centaine de pages engagées et habilement troussées, Anne Ibos‑Augé révèle et donne envie. De quoi inspirer artistes et programmateurs.


Jérémie Bigorie

 

 

 

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