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08/28/2026 Agnès Boucher : A la recherche de Rita Strohl, compositrice française (1865-1941) L’Harmattan - Univers musical – 300 pages – 30 euros

Rita Strohl n’est plus tout à fait une inconnue : les récents enregistrements publiés par La Boîte à Pépites permettent au public de se familiariser peu à peu avec une œuvre longtemps restée dans l’ombre. Ces disques révèlent ainsi un langage musical que son admiration pour Wagner ne saurait à elle seule définir : c’est davantage entre d’Indy et Dukas qu’il faut situer Strohl.
Il manquait encore une enquête sur sa vie, réalisée par l’écrivaine Agnès Boucher. Cette initiative fait suite à ses travaux consacrés aux compositrices Fanny Mendelssohn, Clara Schumann et Alma Mahler, au début des années 2010.
L’entreprise menée est sérieuse et impressionne par l’ampleur de la documentation réunie. Boucher s’appuie sur les recherches universitaires de Sylvie Le Coz, mais aussi sur de nombreux documents rassemblés par la fille cadette de Rita Strohl. Outre une consultation minutieuse des archives, le livre témoigne des visites effectuées sur les lieux emblématiques de la vie de la compositrice, notamment à Bièvres. C’est dans cette ville située au sud de Paris que Strohl avait conçu le projet étonnant du Théâtre de la Grange, afin d’y faire jouer ses ouvrages, sur le modèle wagnérien. L’enquête, sans doute fidèle à l’adage « Dis‑moi qui tu fréquentes, je te dirai qui tu es », s’intéresse aussi à son entourage : une attention qui permet de retracer les relations artistiques, intellectuelles et amicales de Strohl, autant que ses ambitions et son parcours.
Le style littéraire surprend par la présence marquante d’Agnès Boucher, mélomane avertie, mais également écrivaine de romans policiers. Cette double appartenance explique en partie une écriture parfois très proche du langage parlé. Lorsque Boucher intervient à la première personne, elle entraîne le lecteur dans les coulisses très vivantes de sa recherche, avec ses doutes et ses interrogations. Toutefois, le livre hésite trop entre monographie savante et récit d’enquête, sans toujours trouver son point d’équilibre.
La volonté de rendre justice à une personnalité largement ignorée en son temps par le patriarcat conduit également l’autrice à afficher un féminisme parfois trop démonstratif. A force de vouloir souligner les obstacles spécifiquement rencontrés par les femmes, certaines interprétations paraissent plaquées sur le récit. Le propos aurait ainsi gagné à laisser davantage parler les documents et à conserver une plus grande distance critique.
On préfère d’ailleurs Boucher lorsqu’elle s’efface derrière son sujet, notamment lors d’une seconde partie davantage consacrée aux œuvres. Sans chercher à se substituer au musicologue, Boucher les présente et les replace avec clarté dans le parcours de la compositrice, donnant au lecteur les repères nécessaires pour en mesurer l’originalité et l’ambition. La démarche rappelle, dans une certaine mesure, celle de Simon‑Pierre Perret dans ses monographies consacrées à Dukas et Magnard : comme Boucher, il privilégie une approche biographique, tout en faisant appel à des musicologues pour traiter spécifiquement de l’analyse musicale. Ici, cette dimension reste volontairement en dehors du propos.
Le livre invite avant tout à cerner la personnalité de Strohl : indépendante, ambitieuse et volontiers solitaire, la compositrice semble avoir sacrifié une part de sa vie familiale, comme le fit sa mère avant elle, pour une vocation artistique de premier plan. Ses préoccupations littéraires, philosophiques et mystiques, notamment théosophiques, témoignent d’un univers intellectuel considérable, dont la complexité échappe en partie à l’autrice. Boucher reconnaît d’ailleurs ne pas toujours en saisir les subtilités : un aveu honnête, qui souligne l’une des difficultés majeures de cette biographie. Le mystère Strohl résiste.
Florent Coudeyrat
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