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05/28/2022
Gilles Cantagrel : Sur les traces de Jean‑Sébastien Bach
Buchet - Chastel – 495 pages – 32,90 euros


Sélectionné par la rédaction





Johann Sebastian Bach (1685‑1750) et Gilles Cantagrel : une longue histoire déjà... Une fréquentation continuelle depuis des décennies de l’œuvre, du personnage, de ses contemporains, de son époque qui a donné lieu à maintes interventions lors de colloques, à d’innombrables articles et à de tout aussi nombreux ouvrages parmi lesquels nous retiendrons en priorité ce fabuleux Le Moulin et la Rivière. Airs et variations sur Jean‑Sébastien Bach (1998) sans oublier ses plus récents ouvrages respectivement consacrés aux cantates, aux autres œuvres chorales et aux œuvres instrumentales du compositeur.


Un ouvrage de plus donc ? En fait, c’est bien plus que cela... Ni tout à fait ouvrage de musicologie (encore que les références abondent, les analyses soient précises et la mise en perspective soit toujours présente), ni tout à fait biographie (encore que, là aussi, on en apprend beaucoup sur l’homme et sa famille, notamment au chapitre XII), ce livre nous semble être avant tout un ouvrage pointilliste où Cantagrel évoque, par touches et sans volonté d’exhaustivité, la figure de Bach bien plus que sa personne en tant que telle.


Le livre comporte seize chapitres regroupés en trois parties (« Au temps de Bach », « Après Bach » et « Aujourd’hui »), qui ne sont pas tous du même intérêt, même si l’on y apprend à chaque fois quelque chose. On passera donc assez rapidement sur les chapitres VI (relatif à la cécité de Bach, qui perd la vue vraisemblablement au cours du premier semestre de l’année 1749, cf. p. 154) ou XVI (portant sur les manuscrits de Bach et la question de leur datation). A côté de ça, on lira au contraire avec un immense intérêt le chapitre où Gilles Cantagrel tord le cou à l’idée reçue suivant laquelle Bach serait tombé dans un profond oubli avant d’être redécouvert à partir du premier tiers du XIXe siècle, grâce notamment à Mendelssohn qui, comme on le sait, dirigea cette fameuse représentation de la Passion selon saint Matthieu le 11 mars 1829, à Berlin (le chapitre consacré à Mendelssohn et Bach est également un des plus intéressants du livre). L’auteur écrit ainsi que « Non seulement Bach n’est pas oublié, mais le cercle de ses disciples ne cesse de s’accroître » (p. 211) ; il fallait le dire enfin une bonne fois pour toutes !


Gilles Cantagrel sait se faire érudit (quel instructif chapitre que celui consacré au mouvement ayant permis la découverte de Bach en France grâce à des musiciens passionnés mais bien oubliés comme François‑Joseph Fétis, Jean‑Joseph Bonaventure Laurens ou Alexandre Pierre François Boëly !) mais également guide, presqu’au sens propre du terme comme dans ce chapitre Ier, « La mémoire des lieux », où il nous emmène tel un guide touristique sur les traces de Bach au fil des villes dans lesquelles il a vécu, d’Eisenach (émouvants propos sur la maison natale du maître..., pp. 16 sq.) à Ohrdruf en passant par Lüneburg, Arnstadt (où Bach est employé comme violoniste-laquais) et bien sûr Coethen (où il séjourne de 1717 à 1723) et Leipzig (surnommée à l’époque « Le petit Paris »), cette dernière ville faisant d’ailleurs l’objet de tout le chapitre III. La connaissance exhaustive de l’œuvre de Bach, notamment de son œuvre vocal, permet à Gilles Cantagrel de nous donner également de très riches développements sur la religiosité de Bach, sur son rapport à la foi et sur l’utilisation qu’il fit de la Bible ainsi que des différents auteurs et exégètes religieux à connaître à son époque, notamment dans son immense corpus de cantates (cf. le chapitre XIII « Gott ist mein König », où l’auteur développe assez longuement le sens et la postérité de la fameuse formule Soli Deo Gloria, qu’il traduit justement par « A Dieu seul, la gloire », pp. 336 sq.).


On l’aura compris : voici un livre que tout amateur de Bach chérira, lira et relira, dans lequel il est tout à fait possible de papillonner sans pour autant devoir subir un discours compassé, Gilles Cantagrel se signalant comme toujours par sa plume alerte et son style délié. En refermant le livre, on ne peut finalement manquer d’éprouver une certaine émotion car, disons-le, ce n’est pas le livre d’un musicologue que l’on vient de lire. Mais bien davantage le livre d’un passionné qui nous a raconté au fil de presque 500 pages certains aspects de la vie d’un vieux compagnon de route, d’un ami. Quelle chance d’être le témoin de cette si féconde relation !


Sébastien Gauthier

 

 

 

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