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10/21/2026
« Semaine Sainte à Mexico »
Juan de Lienas : Lamentatio
Anonyme : Ad Laudes : Christus factus est
Antonio Rodríguez de Mata : Lamentatio
Luis Coronado : Passio secundum Johannem
Manuel de Sumaya : Lamentatio
Hernando Franco : Christus factus est

Vox Cantoris, Jean-Christophe Candau (direction)
Enregistré en l’église Saint-Pierre de La Réole (novembre 2022 et octobre 2023) – 72’28
Psalmus PSAL 051 – Notice en français, anglais, castillan et latin (pour les textes chantés)





Le présent disque proposé par Psalmus, éditeur courageux spécialisé dans la redécouverte de musiques religieuses anciennes, est articulé autour de trois jours de la semaine sainte : les jeudi, vendredi et samedi saints, les plus tragiques. Ils sont illustrés par des pages anonymes ou dont on a pu retrouver les auteurs, les maîtres de chapelle de la cathédrale de Mexico Hernando Franco, Antonio Rodríguez de Mata, Luis Coronado et Manuel de Sumaya, auxquelles a été jointe une œuvre d’un certain Juan de Lienas, compositeur un peu plus tardif. Une période, de cent cinquante ans est ainsi couverte, à cheval sur les seizième et dix‑septième siècles, la Contre‑Réforme battant son plein en Occident comme en Amérique mais, ici, sur le plan musical, sans aucune fantaisie baroque. La sobriété est de rigueur : il s’agit de se lamenter et de se recueillir.


Le tout est enregistré et présenté avec beaucoup de soin. Les huit chanteurs de Vox Cantoris savent mettre en valeur le plain‑chant de ces pages grâce à une humilité, une lenteur, une dignité, qui impressionnent.


Mais l’ensemble peut difficilement être entendu d’une traite. Il n’y a pas vraiment de respiration dans ces psalmodies, en principe réparties sur différentes journées et mises bout à bout sur ce disque. Certes des plans sonores distincts se répondent avec clarté et les animent. Mais on attend quand même avec impatience une célébration de Pâques... qui n’arrive pas. En outre, on ne voit pas en quoi cette musique concerne Mexico. Elle aurait pu être composée ailleurs, dans un quelconque monastère isolé de Castille. Soyez prévenus, n’attendez aucune trace latino‑américaine. En matière de peinture, les thèmes chrétiens ont été souvent été traduits avec une certaine naïveté et avec des couleurs éclatantes, parfois avec des plumes et surtout de la nacre. Il n’y a pas d’équivalent ici, par exemple au travers de l’instrumentarium. L’accompagnement au bajón, sorte d’ancêtre du basson, à double anche, pour soutenir très discrètement le chœur, est vraiment anecdotique. Prévu par exemple Juan de Lienas, il n’a rien de mexicain. Il se fond au milieu des voix. Alors que l’abstraction de la musique aurait pu permettre, a priori, plus facilement que dans les œuvres plastiques, l’importation de thèmes ou d’instruments mexicains, il n’en est rien. Tout est figé dans une sorte de hiératisme imperméable au temps et aux cultures autochtones.


Le disque, indéniablement intéressant et courageux, paraît réservé à ceux qui veulent s’isoler dans un monde sonore austère et envoûtant, hors du temps.


Stéphane Guy

 

 

 

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