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09/27/2026 « Portrait »
Joseph Bologne de Saint‑George : L’Amant anonyme, G. 074 : Symphonie en ré majeur, airs, ballets en la majeur et en ré majeur tirés de l’acte I et de l’acte II – Concerto pour violon en do majeur, opus 3 n° 2, G. 028 –Ernestine, G. 059 : « Ernestine, que vas‑tu faire ? – Quatuor à cordes en ut mineur, opus 1 n° 4, G. 005 – Tempo di Minuetto en si bémol majeur, G. 272 – Sonate pour violon et clavecin en sol mineur, opus 1a n° 3, G. 078 – Sospiri, volato, G. 130 – Nina non dir di no, G. 090 – Concerto pour violon n° 5 en la majeur, G. 039 : 2. Adagio – Rose d’amour, G. 132
Antonio Lolli : Concerto pour violon n° 7 en sol majeur : 2. Adagio cantabile Lauranne Oliva (soprano), Bastien Rimondi (ténor), Victor Sicard (baryton), Orchestre de l’Opéra royal, Théotime Langlois de Swarte (violon solo et direction)
Enregistré où (3‑7 décembre 2023 et 15‑19 septembre 2024) – 98’12
Album deux de disques Château de Versailles Spectacles CVS 130 – Notice en français et anglais

Le personnage du chevalier Joseph Bologne de Saint-George ne peut manquer d’attiser la curiosité ! Fils d’un riche colon blanc et d’une esclave noire, né en Guadeloupe, esclave lui‑même dans sa prime jeunesse, il est envoyé en France par son père où il intègre l’unité des Gendarmes de la Garde du Roi. Mais, doté de talents indéniables dans le domaine musical, il va surtout se faire un nom dans la bonne société parisienne en devenant un brillant violoniste, élève de Leclair et de Gossec, se faisant vite remarquer en raison de sa grande virtuosité et de ses qualités de compositeur. Également fine lame et duelliste de renom, Saint‑George se fait remarquer par la reine Marie‑Antoinette, qui ambitionne de le nommer directeur de l’Académie Royale de Musique ; les attaques racistes (certaines divas ayant, paraît-il, dit qu’elle refuseraient « d’être soumises aux ordres d’un mulâtre ») et les cabales en tout genre eurent raison de ce projet, le chevalier de Saint‑George ayant finalement disparu des scènes parisiennes avec la Révolution française, son décès en 1799 étant d’ailleurs presque passé inaperçu. Plusieurs de ses compositions eurent les honneurs du disque, notamment nombre de ses concertos pour violon, depuis l’ancien enregistrement signé en 1974 par Jean‑Jacques Kantorow pour l’éditeur Arion jusqu’aux plus récentes gravures effectuées par les violonistes Takako Nishizaki et Qian Zhou chez Naxos, éditeur chez lequel (en dépit d’une mauvaise orthographe sur tous les opus consacrés à ce compositeur, dont le nom ne comporte pas de s à la fin de George...) le Quatuor Arabella enregistra plusieurs de ses quatuors tandis que Michael Halasz dirigeait, toujours chez Naxos, quelques‑unes de ses symphonies concertantes.
Le présent disque, avec Théotime Langlois de Swarte comme maître d’œuvre aussi bien en qualité de soliste que de chef d’orchestre, dresse un portrait ô combien intéressant du chevalier de Saint‑George. Notons tout de même, pour ne plus y revenir, que, comme on a déjà eu l’occasion de le remarquer en commentant de précédentes réalisations, la notice d’accompagnement du présent coffret de deux disques est quelque peu perfectible. Celle‑ci fait en effet naître l’intéressé en 1739 (page 12) alors qu’il vit le jour en 1745 ; l’affirmation suivant laquelle « une deuxième mort frappe son œuvre en 1802 » (page 13) lorsque ses œuvres furent chassées du répertoire en raison du rétablissement de l’esclavage par Bonaparte aurait mérité d’être davantage étayée (est‑on d’ailleurs vraiment sûr de cette relation de cause à effet ?). En outre, la sélection des pièces pose également question et aurait justifié quelques explications soit de la part de Théotime Langlois de Swarte, qui a rédigé une partie de la notice, soit de la part d’un autre auteur : pourquoi par exemple avoir choisi un mouvement d’un concerto de Lolli qui fut certes, semble‑t‑il un des professeurs du chevalier de Saint‑George mais dont l’extrait tombe un peu à plat ici ? Il aurait été à tout le moins opportun de le préciser. Et au sein du second disque, pourquoi avoir pris un seul mouvement du Cinquième Concerto et pas l’œuvre dans son ensemble ? Quel choix a par ailleurs dicté la sélection des airs G. 090, G. 130 et G. 132 alors que ces airs sont extrêmement nombreux ? Là encore, un bref propos, fût‑il totalement subjectif, aurait été le bienvenu. Enfin, et on a déjà eu le cas dans de précédentes notices, on regrettera le décalage, sur le second disque, qui existe entre les plages et le minutage des œuvres, en raison sans doute de la durée parfaitement identique (3’46) entre les morceaux numérotés 6 et 7, ce qui a pu entraîner une certaine confusion par la suite (la plage 7 dure 3’46 et non 1’55, la plage 8 dure pour le coup 1’55 et non 5’22, etc.). Passons néanmoins tout cela et écoutons maintenant la musique du chevalier de Saint‑George !
Le portrait (comme symphoniste, concertiste, chambriste, compositeur lyrique) est des plus complets et témoigne sans nul doute des grands talents de cet artiste qui reste véritablement à découvrir. Nous rappelant à bien des égards ce que pouvaient composer à la même époque des gens comme Carl Philipp Emanuel Bach, Joseph Martin Kraus ou Carl Ditters von Dittersdorf, la Symphonie en ré majeur qui inaugure le premier disque est très belle : un entrain dicté par un orchestre très Sturm und Drang dans le premier mouvement, une belle poésie dans le deuxième (la flûte !), une énergie bondissante dans le mouvement conclusif. Une entrée en matière des plus convaincantes ! Les talents d’orchestrateur du chevalier de Saint‑George sont patents et on en aura une nouvelle preuve en écoutant les deux ballets (en la majeur et en ré majeur) concluant chaque disque, mettant parfaitement en valeur les timbres de l’Orchestre de l’Opéra royal du Château de Versailles, phalange dans laquelle les interventions solistes sont extrêmement millimétrées. Puisqu’on parle de L’Amant anonyme, soulignons également l’excellence des trois chanteurs, à commencer par Lauranne Oliva qui campe une Léontine pleine de charme (notamment dans le duo « Ah ! Finissez de grâce ») et sait également nous plonger dans des accents plus tragiques avec l’air isolé « Ernestine, que vas‑tu faire ? » tiré cette fois-ci d’Ernestine. Ses deux partenaires masculins, quoique peu présents sur ce coffret, sont tout aussi enthousiasmants : de quoi nous donner envie d’entendre l’intégralité de L’Amant anonyme (ce qui pourrait être un beau projet pour la scène versaillaise) !
Chef, Théotime Langlois de Swarte retrouve à plusieurs reprises son archet, notamment pour des œuvres concertantes au style impeccablement classique (voire franchement mozartien comme dans l’Allegro du Concerto en do majeur), mais où le jeune soliste fait preuve d’une musicalité et d’une technique irréprochables. Si le second disque recèle plusieurs bouts d’œuvres anecdotiques, on écoutera avec davantage d’attention la Sonate en sol mineur, dans laquelle transpire l’entente parfaite entre Théotime Langlois de Swarte et Justin Taylor. Si l’air « Sospiri, volato » met une nouvelle fois en exergue la voix séduisante de la soprano Lauranne Oliva, on conclura notre écoute par un air qui n’en est pas vraiment un, « Nina non dir di no », puisqu’il n’est pas chanté mais joué par le violon solo, accompagné de tout l’orchestre dont on admire encore la musicalité.
En fin de compte, un beau portrait du chevalier de Saint‑George, mais qui reste à parfaire à notre sens, et surtout à approfondir : il y a visiblement de la matière !
Le site de Théotime Langlois de Swarte
Le site de Bastien Raimondi
Le site de Victor Sicard
Sébastien Gauthier
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