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08/22/2026 « Herbert von Karajan – Berliner Philharmoniker : Live in Berlin (1953‑1969) »
Ludwig van Beethoven : Symphonies n° 3 « Eroica » en mi bémol majeur, opus 55 [1, 23] et n° 9 en ré mineur, opus 125 [7, 12, 18] – Concerto pour piano n° 3 en ut mineur, opus 37 [8]
Ralph Vaughan Williams : Fantaisie sur un thème de Thomas Tallis [2]
Richard Wagner : Tristan und Isolde : Prélude et mort d’Isolde [3]
Wolfgang Amadeus Mozart : Concerto pour piano et orchestre n° 20 en ré mineur, K. 466 [4] – Symphonie n° 41 « Jupiter » en ut majeur, K. 551 [4] – Divertimento n° 15 en si bémol majeur, K. 271b [287] [15] – Concerto n° 7 pour trois pianos en fa majeur, K. 242 [17]
Richard Strauss : Ariadne auf Naxos : « Es gibt ein Reich, wo alles rein ist » [5] – Concerto pour hautbois en ré majeur [13] – Vier letzte Lieder [13] – Ein Heldenleben, opus 40 [13] – Also sprach Zarathustra, opus 30 [16] – Don Quixote, opus 35 [16]
Piotr Ilyitch Tchaïkovski : Symphonie n° 5 en mi mineur, opus 64 [5, 22]
Serge Prokofiev : Symphonie n° 5 en si bémol majeur, opus 100 [6]
Jean Sibelius : Symphonie n° 5 en mi bémol majeur, opus 82 [8]
Georg Friedrich Händel : Concerti grossi en ré majeur, opus 6 n° 5, HWV 323 [8], et en ut mineur, opus 6 n° 8, HWV 326 [21]
Rolf Liebermann : Capriccio pour soprano, violon et orchestre [9]
Robert Schumann : Symphonie n° 4 en ré mineur, opus 120 [8]
Johannes Brahms : Symphonies n° 2 en ré majeur, opus 73 [20], n° 3 en fa majeur, opus 90 [20] et n° 4 en mi mineur, opus 98 [10, 19] – Concerto pour piano n° 2 en si bémol majeur, opus 83 [19]
Claude Debussy : Prélude à l’après midi d’un faune [10]
Maurice Ravel : Daphnis et Chloé : Suite d’orchestre n° 2 [10]
Johann Sebastian Bach : Magnificat en ré majeur, BWV 243 [11]
Anton Bruckner : Symphonies n° 4 « Romantique » en mi bémol majeur [17] et n° 8 en ut mineur (seconde version) [14]
Richard Rodney Bennett : Aubade pour orchestre [15]
Antonín Dvorák : Symphonie n° 9 « Z nového světa », opus 95, B. 178 [15]
Győrgy Ligeti : Atmosphères [21]
Franz Schubert : Symphonie n° 9 en ut majeur, D. 944 [21]
Arnold Schoenberg : Variations pour orchestre, opus 31 [22]
Béla Bartók : Musique pour cordes, percussion et célesta [23] Elisabeth Grümmer [7], Gundula Janowitz [12, 18], Elisabeth Schwarzkopf [5, 13], Irmgard Seefried [9], Maria Stader [11] (sopranos) Marga Höffgen [7], Christa Ludwig [11, 18], Sieglinde Wagner [12] (mezzo-sopranos), Luigi Alva [11, 12], Ernst Haefliger [7], Jess Thomas [18] (ténors), Walter Berry [11, 18], Gottlob Frick [7], Otto Wiener [12] (basses), Lothar Koch [13] (hautbois), Wolfgang Schneiderhan [9] (violon), Giusto Cappone [16] (alto), Pierre Fournier [16] (violoncelle), Géza Anda [19], Jörg Demus [17], Christoph Eschenbach [17], Glenn Gould [8], Wilhelm Kempff [4] (piano), Chor der Deutschen Oper Berlin [18], Chor der St. Hedwigs-Kathedrale [7, 12], RIAS Kammerchor [11, 12], Günther Arndt [11, 12], Karl Forster [7, 12], Walter Hagen‑Groll [18] (chefs de chœur), Berliner Philharmoniker, Herbert von Karajan (piano [17] et direction)
Enregistré en public à Berlin au Titiana Palast (8 septembre 1953) [1], à la Hochschule für Musik (22 novembre 1954 [2], 22 février 1955 [3], 10 décembre 1956 [5], 19 février [6], 25 avril [7], 25 mai [8] 1957, 20 septembre 1959 [9], 10 octobre 1961 [10] et 1er mars 1963 [11]), au Paulus-Gemeinde Zehlendorf (21 janvier 1956 [4]), à la Philharmonie (15 octobre 1963 [12], 5 mai 1964 [13], 25 février [14], 23 septembre [15], 30 décembre [16] 1965, 22 octobre 1967 [17], 1er janvier [18], 28 [19], 30 [20] septembre 1968, 5 janvier [21], 3 février [22] et 21 septembre [23] 1969) – Environ 23 heures
Coffret de vingt-quatre disques Hybrid SACD Berliner Philharmoniker Recordings BPHR 240291 – Notice (en allemand et en anglais) de James Jolly, Peter Uehling, Rüdiger Albrecht et Dagmar von Taube
Must de ConcertoNet

On sait que, depuis de nombreuses années maintenant, l’Orchestre philharmonique de Berlin édite lui-même un certain nombre de concerts donnés au cours des années récentes, mais il en profite également pour nous restituer plusieurs archives, lesquelles rendent notamment hommage à ses directeurs musicaux successifs. Après un volumineux coffret dédié à Wilhelm Furtwängler, voici le premier d’une série de trois consacrés à Herbert von Karajan (1908‑1989) dont le nom est bien entendu indissolublement lié à l’histoire de l’orchestre.
Un mot tout d’abord sur le « produit ». Le coffret de vingt‑quatre disques couvre vingt‑trois concerts captés entre 1953 et 1969 ; il est accompagné d’un livret extrêmement soigné et complet, qui reproduit sur sa couverture une œuvre de Thomas Scheibitz (artiste peintre né à Radenberg en 1968 et vivant actuellement à Berlin), intitulée Tender‑X et créée spécifiquement pour cette édition. Outre plusieurs pages écrites par divers spécialistes du grand chef (en allemand et en anglais), on retiendra le détail apporté à la notice de chaque œuvre sous laquelle sont ainsi fort utilement précisées les dates (et le nom des interprètes) de la création ainsi que de l’entrée au répertoire du Philharmonique de Berlin. On notera ainsi que, entre autres exemples, les œuvres de Vaughan Williams et de Prokofiev, un des concertos grossos de Händel ou le Concerto pour hautbois de Strauss sont entrés au répertoire de l’orchestre sous la baguette de Karajan ! On remarquera également que la Cinquième Symphonie de Sibelius fut donnée pour la première fois par le Philharmonique sous la baguette de Ferruccio Busoni en 1921 tandis que le grand violoniste Joseph Joachim, dont on oublie facilement la carrière de chef d’orchestre, faisait entrer au répertoire des Berliner notamment la Quatrième Symphonie de Schumann (dans sa version révisée) ainsi que la Quatrième Symphonie de Brahms, respectivement en 1883 et 1886. Le livret de 128 pages est enfin agrémenté d’un certain nombre de photographies représentant Herbert von Karajan en star de la baguette (aux bras de sa femme Eliette, au volant d’un de ses bolides ou près d’une hélice d’un de ses avions) mais surtout comme chef, en concert ou en répétition, un certain nombre de clichés illustrant également la véritable charnière que furent les travaux conduisant à la construction de la Philharmonie de Berlin, inaugurée en 1963. En effet, à l’acoustique assez sèche de la Hochschule für Musik de Berlin succéda celle, plus ample, plus chaleureuse, de la Philharmonie, dans laquelle le Philharmonique put rapidement se lover et cultiver ainsi, sous la direction de son chef à vie, le son qui a forgé sa légende ; l’écoute de ces divers concerts s’en ressent en plus d’une occasion, sans compter que nombre d’entre eux (tous enregistrés par le RIAS, Rundfunk im Amerikanischen Sektor, ou par le SFB, Sender Freies Berlin) furent enregistrés en mono et non en stéréo (seuls six des vingt‑trois concerts retenus ici le furent). Précisons enfin que les applaudissements du public ont été systématiquement coupés : nous le regrettons car ils participent pleinement d’un concert et portent ainsi témoignage de chaque représentation.
Passons maintenant au contenu de ce coffret et avouons‑le tout de suite : c’est une mine fascinante non seulement pour les admirateurs de Karajan et/ou du Philharmonique de Berlin, mais également pour tous ceux qui s’intéressent au processus même de la construction des sonorités d’un orchestre. Car, à bien des égards, ce que l’on entend là en partie, c’est Karajan avant Karajan, c’est‑à‑dire le chef encore jeune (le premier concert proposé date de septembre 1953, il a alors seulement 45 ans), qui ne connaît pas bien le Philharmonique de Berlin, l’un et l’autre se cherchant encore sans atteindre la perfection que l’on pourra connaître dès la fin des années 1960 et plus tard, encore davantage. Ainsi, que de différences entre les deux versions de l’Héroïque : un soin apporté aux détails (le basson solo !), un orchestre impressionnant mais pas aussi tragique que dans bien d’autres versions ultérieures, pas de vision torrentielle et, même, une approche presque timide (le premier mouvement) dans la captation de 1953, alors même que Furtwängler est encore le directeur musical de l’orchestre. En revanche, en septembre 1969, le geste du chef est là, bien présent, sûr, impérial (la conduite de la fin du premier mouvement ou le milieu de la « Marche funèbre »), l’orchestre vrombit en un quart de tour, les individualités sont impressionnantes. Certes, cela fait alors quinze ans que Karajan a entamé son mandat de chef à vie de l’orchestre, la première intégrale des Symphonies de Beethoven (décembre 1961-novembre 1962) est passée par là (rappelons que l’enregistrement de la Troisième Symphonie s’est précisément déroulé entre les 11 et 15 novembre 1962) et l’alliance entre le chef et son orchestre fait depuis plusieurs années merveille mais le résultat est fantastique, quand bien même on n’en est pas encore au sommet du miraculeux concert du 30 avril 1982 donné pour le centenaire de la fondation du Philharmonique de Berlin.
Autre exemple patent, la Neuvième Symphonie de Beethoven, que l’on peut entendre ici lors de trois concerts différents, respectivement captés en 1957, 1963 et 1968 : quelle évolution ! Alors que Karajan avait déjà enregistré une splendide version de l’œuvre à la tête du Philharmonique de Vienne, la version de 1957 s’inscrit dans la bonne moyenne : un Allegro ma non troppo, un poco maestoso plutôt bien fait, assez implacable, un Molto vivace pris à vive allure et témoignant d’une maîtrise totale du chef sur son orchestre, un mouvement lent d’une grande beauté (aucune baisse de tension, bien au contraire grâce à des basses d’une profondeur absolue comme dans le passage à partir de 12’55) mais deux derniers mouvements assez moyens, un peu précipités et souffrant quelques imperfections aussi bien au niveau instrumental qu’au niveau du chœur. La version de 1963 est bien connue et témoigne d’une autre césure dans la relation Karajan-Berlin : désormais, la Philharmonie de Berlin (telle que nous la connaissons aujourd’hui) existe (cette version de la Neuvième n’est autre d’ailleurs que le concert inaugural de la salle) et la spatialisation des musiciens ainsi que les conditions sonores d’enregistrement sont parfaites : cela s’entend. Sans égaler à notre sens les live de 1977 (dans le cadre de l’intégrale donnée au Japon avec, pour la Neuvième, le concert du 18 novembre, et surtout le légendaire concert donné à la Philharmonie le 31 décembre pour la Saint‑Sylvestre), l’interprétation d’octobre 1963 s’avère exaltante : en dépit de quelques imperfections (par exemple un léger décalage à 12’15), on tremble en écoutant le premier mouvement (à 8’ !), la discipline des Philharmoniker écrasant tout sur son passage, la fin étant marquée d’une indicible grandeur. Si le deuxième mouvement est bien fait, on reste surtout ébahi par le mouvement lent dont la beauté formelle (l’entrée des cordes et du basson à 2’37) témoigne de la perfection que Karajan pouvait atteindre en concert. Avec le concert de 1968, on monte encore une marche dans l’excellence : tout serait ici à détailler mais contentons‑nous de souligner la perfection absolue des contrebasses à 5’54 et des cors à 6’04 dans le premier mouvement, les détachés des cors à 0’27 dans le deuxième (les a‑t‑on jamais entendus comme cela ?), la fluidité de la masse des cordes dans les troisième et quatrième mouvements, ainsi que l’engagement absolu des solistes et du chœur dans le mouvement final. Quelle version !
Avec Beethoven, Karajan forge ainsi, durant les premières années de son mandat, son répertoire de prédilection dont témoignent plusieurs autres enregistrements présents ici. Ainsi, comme on pouvait s’y attendre, figure également en bonne place Johannes Brahms avec trois des quatre Symphonies (bizarrement, aucune version de la Première n’est ici proposée), symphonies données à peu près à l’époque de l’enregistrement de la première intégrale berlinoise (réalisée en octobre 1963 et, pour la seule Troisième du 28 au 30 septembre 1964). Ces concerts avaient déjà été publiés dans le cadre d’une intégrale (coffret Arkadia CDGI 740.3 de trois disques avec, en ajout, la Première Symphonie donnée lors d’un concert à Berlin le 22 mars 1970 et le Second Concerto avec Géza Anda, la version d’ailleurs proposée dans le présent coffret) mais le report sonore des trois dernières a ici été travaillé avec soin et on troquera sans hésiter cette nouvelle version contre l’ancienne. Si la Quatrième Symphonie nous laisse un peu sur notre faim (les mouvements pairs sont les plus réussis, notamment le dernier où l’on entend même Karajan chanter avec l’orchestre dans une course à l’abîme extraordinaire), la Deuxième est radieuse et, surtout, la Troisième est superbe : peut‑on dire que c’est là la plus belle version berlinoise que Karajan nous en ait donnée grâce à un travail sur les cordes d’une perfection absolue (le premier mouvement à partir de 3’), grâce à la générosité des timbres de la petite harmonie (sans doute Karl Leister à la clarinette et Lothar Koch dans le deuxième mouvement) ? Quant au mouvement conclusif, Karajan s’y plonge avec une rage folle, des emportements qui côtoient une finesse, une légèreté, témoignant par ailleurs de la liberté que le chef savait laisser à l’orchestre et qu’il réfrénait parfois trop en studio. Signalons également la très belle version du Second Concerto avec Géza Anda (soit quasiment un an jour pour jour après l’enregistrement officiel réalisé du 18 au 20 septembre 1967 pour Deutsche Grammophon), qui figurait déjà dans le coffret Arkadia auquel on a fait précédemment référence : panache de l’orchestre à 8’ dans le premier mouvement, esprit conquérant et jeu diabolique du soliste, entente parfaite entre les deux...
Autre pilier du répertoire de Karajan, Anton Bruckner. Vraie déception avec une Quatrième sans grand intérêt, où l’orchestre se cherche, se révèle presque criard dans le troisième mouvement et où seul le deuxième trouve quelque peu grâce à nos yeux. En revanche, quelle Huitième ! On tient là, nous semble‑t‑il, non seulement un jalon essentiel dans la discographie de Karajan (sans atteindre la beauté crépusculaire de l’enregistrement viennois d’octobre 1988) mais même dans la discographie générale de cette symphonie : orchestre chauffé à blanc, beauté suffocante du troisième mouvement, coda du quatrième mouvement dotée d’un phénoménal sens de la progression. Sans nul doute, un des plus beaux concerts de ce coffret !
Autre compositeur de prédilection de Karajan, Richard Strauss, particulièrement bien servi ici. On ne boudera pas l’air « Es gibt ein Reich, wo alles rein ist » tiré d’Ariane à Naxos (une autre version de concert existe au disque par les mêmes, toujours avec Berlin, mais enregistrée en décembre 1956, le disque ayant été publié chez Andromeda) mais c’est surtout cette nouvelle version des Quatre derniers lieder qui mérite de retenir l’attention. Troisième témoignage en concert livré par le chef et la chanteuse avec les concerts donnés à Londres, au Royal Festival Hall, le 20 juin 1956, et celui donné dans le cadre du Festival de Salzbourg le 15 août 1964 (disque disponible chez Nuova Era avec une belle version de la Huitième de Bruckner), la présente version est de loin la meilleure. Non seulement parce que c’est la seule des trois sur laquelle un vrai travail a été effectué sur la bande‑son, mais surtout parce qu’Elisabeth Schwarzkopf y est étincelante. Accompagnée par un cor solo superlatif (sans doute Gerd Seifert) dans « September », elle est impériale dans « Beim Schlafengehen » et nous émeut au possible dans « Im Abendrot » : bouleversant ! Ne négligeons pas le Concerto pour hautbois avec Lothar Koch, qui faisait là son entrée au répertoire de l’orchestre, non plus que cette version d’Une vie de héros, sans doute avec Michel Schwalbé au violon solo, que Karajan avait gravée avec l’orchestre au début du mois de mars 1959 (ce fut d’ailleurs le premier enregistrement que Karajan réalisa avec Berlin pour Deutsche Grammophon après en avoir pris les rênes). On paierait cher aujourd’hui pour entendre une telle perfection instrumentale en concert, une telle fièvre dans « Le Champ de bataille du héros » et une telle apothéose d’ensemble dans « La Retraite du héros et son accomplissement ». Toujours au rang des rencontres à marquer d’une pierre blanche, la version de Don Quichotte avec Pierre Fournier donnée le 30 décembre 1965, soit le dernier jour de la session d’enregistrement de l’œuvre par les mêmes pour la célèbre petite étiquette jaune (qui se déroula donc du 27 au 30 décembre 1965). Enfin, Ainsi parlait Zarathoustra qui déçoit un peu, surtout à côté du live salzbourgeois du 12 août 1970 (disque paru chez Testament, couplé avec la Sinfonia concertante K. 297b de Mozart) et surtout de la version tardive donnée le 1er mai 1987 pour les 750 ans de la fondation de la ville de Berlin (version qui tord le bras aux poncifs concernant un Karajan aux tempi plus retenus et seulement préoccupé par l’hédonisme de son orchestre, âge aidant). L’« Introduction » est belle mais point impressionnante, la transition entre « Von der grossen Sehnsucht » et « Von den Freuden und Leidenschaften » manque de tonus, même si tant les contrebasses dans « Von der Wissenschaft » que Michel Schwalbé dans ses diverses interventions sont impeccables.
Le reste du coffret oscille entre le superbe et le plus que moyen. Passons rapidement sur le répertoire baroque, assez bien représenté d’ailleurs (avec l’entrée au répertoire du Philharmonique, sous la baguette de Karajan, de plusieurs concertos grossos de Händel) avec un Vivaldi joué comme pourrait l’être l’Adagio de Samuel Barber et un Magnificat de Bach totalement raté (une Christa Ludwig hors de propos, un clavecin qui ressemble plus à un burin que l’on frappe qu’autre chose, une entrée ratée des trompettes dans le dernier mouvement...). Mozart est assez mal servi : oublions aussi bien l’indigent Concerto pour trois pianos (que Karajan devait enregistrer pour les caméras françaises en 1970 avec Christoph Eschenbach et Justus Frantz) que le Vingtième avec Kempff (joué dans une acoustique assez sèche, sans vrai dialogue entre l’orchestre et le soliste) ou la Jupiter (Karajan fera beaucoup mieux plus tard, y compris en concert avec Berlin ou Vienne, notamment en 1987) et remarquons plutôt le Quinzième Divertimento, parfois appelé « Seconde musique de nuit lodronienne ». Karajan a toujours aimé cette œuvre qu’il a enregistrée à plusieurs reprises tant au concert (voir notamment ici) qu’en studio ; en l’espèce, on est soufflé par la vélocité des cordes berlinoises (dans le premier mouvement, à partir de 4’55), par le charme quelque peu suranné des mouvements lents (les deuxième et troisième) et par l’éclat général du mouvement conclusif.
On remarquera par ailleurs les « Prélude et mort d’Isolde » (seul extrait wagnérien du coffret), doté d’un grand sentiment d’évidence dans les timbres et la conduite, la Symphonie du nouveau monde qui, bénéficiant d’une spatialisation idéale des instruments de l’orchestre, nous donne à entendre des moments miraculeux (le cor anglais bien sûr, sans doute tenu alors par Gerhard Stempnik, dans le Largo mais aussi la fin de l’Allegro molto dans le premier mouvement, l’ensemble des bois dans le troisième) et la Cinquième de Tchaïkovski, de préférence lors du concert de février 1969. Si l’on relève quelques incursions dans le répertoire contemporain (Liebermann, Bennett ou Atmosphères de Ligeti, qui entrait ainsi au répertoire de l’orchestre), on s’attardera davantage sur les grandes réussites auxquelles parvient Karajan dans Vaughan Williams (la Fantaisie sur un thème de Thomas Tallis), chez Bartók et surtout chez Schoenberg avec des Variations pour orchestre envoûtantes. Enfin, comment ne pas porter au pinacle deux Cinquième Symphonies, respectivement signées Prokofiev et Sibelius : deux miracles interprétatifs où la dextérité des Berliner Philharmoniker n’a rien à envier aux enregistrements officiels réalisés pour Deutsche Grammophon.
On l’aura compris : voici un coffret indispensable pour les admirateurs du grand chef qui prouve ici combien sa collaboration avec le Philharmonique de Berlin aura été fructueuse, et ce dès ses début. En attendant les coffrets dédiés aux années 1970 et, sans doute, aux années 1980, que chacun fasse son miel des trésors ici rassemblés et se régale ainsi à satiété !
Le site des enregistrements publics édités par l’Orchestre philharmonique de Berlin
Sébastien Gauthier
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