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08/22/2026 Antonio Vivaldi : Bajazet, RV 703 Renato Dolcini (Bajazet), Sonia Prina (Tamerlano), Loriana Castellano (Asteria), Raffaele Pe (Andronico), Lucia Cirillo (Irene), Valeria La Grotta (Idaspe), Orchestra del Teatro La Fenice di Venezia, Federico Maria Sardelli (direction)
Enregistré en public au Théâtre Malibran, Venise (9 juin 2024) – 149’26
Coffret de trois disques Naxos 8.660616-18 – Notice en anglais

Commandé pour la saison du carnaval de Vérone en 1735, Il Bajazet, tragedia per musica in tre atti, fait partie de l’œuvre lyrique tardive d’Antonio Vivaldi, alors que celui‑ci commençait à être fortement concurrencé depuis plusieurs années sur la scène opératique par des compositeurs comme Giacomelli ou Hasse. Fondée sur un livret d’Agostino Piovene, qui s’était lui‑même fortement inspiré de Tamerlan ou la mort de Bajazet (1675) de Jacques Pradon (1644‑1678), l’action narre les aventures du roi Bajazet qui est captif du sultan Tamerlan. Ce dernier, qui doit se marier avec la princesse de Trézibonde, Irène, est malheureusement amoureux d’Asteria, qui n’est autre que la fille de Bajazet. De son côté, un prince grec du nom d’Andronico, est également amoureux d’Asteria, qui partage pour le coup ses sentiments. Alors que Bajazet répugne évidemment au mariage entre sa fille et l’infâme Tamerlan, Asteria feint d’être amoureuse de ce dernier mais c’est pour mieux l’approcher et le tuer. Le complot est déjoué par Irène. Finalement (comme souvent dans les opéras de cette époque), tout se termine plutôt bien puisque Tamerlan consent finalement à épouser Irène, laissant Asteria et Andronico filer le parfait amour, alors que Bajazet s’est suicidé.
Se servant pour l’occasion d’une nouvelle édition critique établie par Bernardo Ticci en 2019, le chef italien Federico Maria Sardelli nous livre là un enregistrement pris sur le vif, au Théâtre Malibran de Venise (la vidéo du spectacle ayant par ailleurs été publiée chez Dynamic). On pouvait s’attendre à une belle version, qui puisse servir d’alternative à la seule gravure existant actuellement sur le marché, dirigée par Fabio Biondi à la tête d’une époustouflante équipe vocale (Virgin Classics) : quelle déconvenue !
L’Ouverture présageait pourtant d’une interprétation des plus convaincantes, bien jouée, même si l’on aurait pu la souhaiter plus vive. Mais, de manière générale, l’orchestre reste fade même si certains accompagnements témoignent du bon niveau global des musiciens (on pense par exemple à l’accompagnement de l’air « In sì torbida procella » chanté par Tamerlan à l’acte I ou à celui de l’air « Anch’il mar par che sommerga » d’Idaspe à la scène 1 de l’acte II). Si la virtuosité des cordes de l’Orchestre du Théâtre de La Fenice ne fait aucun doute (dans l’air d’Irène « Sposa, son disprezzata » à la scène 7 de l’acte II), on notera tout de même quelques faiblesses, à l’image de la trompette solo dans l’air d’Idaspe « D’ira e furor armato » à la scène 7 de l’acte III. La direction de Sardelli s’avère pour sa part étrangement banale (mais ce n’est d’ailleurs pas la première fois qu’on le souligne, que ce soit dans le cadre d’opéras ou de concertos du Prêtre roux), ne sachant jouer sur les contrastes ou même sur le rythme d’une partition pourtant riche en couleurs.
Mais le pire vient des voix, ce qui est évidemment rédhibitoire dans un opéra. Il y a tout de même quelques exceptions : ainsi, dans le rôle de Bajazet, Renato Dolcini impose d’emblée une voix agile, vive, traduisant un beau caractère (l’air « Del destin non dee lagnarsi » à la première scène du premier acte) et des emportements comme Vivaldi les aime ; à ce titre, on notera l’excellent « Dov’è la figlia ? » à l’acte II, nouvelle réussite à mettre à l’actif de Dolcini. Mais le reste de l’équipe nous plonge dans des abîmes de perplexité. Bien que spécialiste de ce répertoire et maintes fois louée dans ces colonnes (voir par exemple ici et ici), Sonia Prina est ici méconnaissable dans le personnage pourtant central de Tamerlan : dès son premier air « In sì torbida procella », le timbre est désagréable au possible (pour ne pas dire franchement détestable), la voix s’avère souvent voilée, les difficultés techniques sont légion... N’en jetez plus ! Dans le rôle d’Irene, Lucia Cirillo est tout aussi mauvaise. Dans un des airs pourtant les plus attendus de l’opéra, « Qual guerriero in campo armato » (scène 11 de l’acte I), les attaques sont dures et imprécises, la ligne vocale est instable sur toute la longueur, les décalages avec l’orchestre sont nombreux (à l’évidence faute d’aisance technique pour le suivre) ; souvenons‑nous vite de l’impeccable Vivica Genaux dans la version Biondi, qui se situe à mille coudées de la présente interprète ! L’air tout aussi célèbre « Sposa, son disprezzata » (acte II, scène 7) témoigne de nouveau d’un ratage total en dépit d’un orchestre cette fois‑ci plutôt vif et impliqué. Loriana Castellano (Asteria) chante honnêtement sa partie, sans révolutionner la partition, accompagnée une fois de plus par un orchestre très plat dans son premier air, même si elle se rattrape avec fougue dans l’air « Stringi le mie catene » à la scène 3 de l’acte II ; pour autant, on retombe sur un chant très moyen avec l’air « Qual furore, qual affanno » à l’acte III, couronnant une prestation qui ne marquera donc guère les esprits. Raffaele Pe incarne un Andronico falot, ses divers airs restant dans une moyenne admissible. Heureusement, Valeria La Grotta relève le niveau de l’équipe dans le rôle d’Idaspe : diction parfaite, timbre clair, technique irréprochable et engagement dans chaque air (notamment « Anch’il mar par che sommerga » au début de l’acte II). Ouf !
On l’aura compris : outre la question de l’utilité d’une parution aussi médiocre, cette publication nous conforte dans le fait que Fabio Biondi reste à l’évidence le seul choix possible – mais quel choix ! – pour qui souhaite écouter Bajazet de Vivaldi.
Le site de Sonia Prina
Le site de Loriana Castellano
Le site de Raffaele Pe
Le site de Valeria La Grotta
Le site de l’Orchestre du théâtre de la Fenice de Venise
Sébastien Gauthier
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