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06/21/2026
« Inferno »
Carl Czerny : Variations sur un thème de Rode, opus 33
Franz Liszt : Années de pèlerinage (Deuxième Année : Italie), S. 161 : 7. « Après une lecture du Dante »
Claude Debussy : Suite bergamasque
Igor Stravinski : Trois Mouvements de « Pétrouchka »
Johannes Brahms : Klavierstücke, opus 119 : 1. Intermezzo

Behzod Abduraimov (piano)
Enregistré à Berlin (novembre 2025) – 66’16
Alpha 1219 (distribué par Outhere)


Sélectionné par la rédaction





On ne peut s’empêcher d’être perplexe en écoutant ce dernier excellent enregistrement de Behzod Abduraimov entre l’inadéquation entre son titre, « Inferno » (« Enfer »), et le déroulé du programme proposé.


Car si les difficultés des œuvres pédagogiques pour piano de Carl Czerny comme son Ecole de la vélocité peuvent présenter un caractère diabolique, elles le sont certaines moins que certaines Etudes de ses élèves Franz Liszt et Sigismund Thalberg et ce n’est nullement le cas des charmantes Variations sur un thème de (Pierre) Rode qu’a immortalisées Vladimir Horowitz dans un célèbre enregistrement RCA de 1944. Le pianiste ouzbek s’acquitte avec charme et agilité ce morceau qui a pour mérite d’ouvrir un programme plus riche en œuvres majeures.


« Après une lecture du Dante. Fantasia quasi sonata » de Liszt, tiré du cahier italien des Années de pèlerinage, renvoie certes à l’Inferno dantesque et préfigure en outre la Sonate en si mineur, dont le thème faustien nous rapproche également de la thématique infernale. Le pianiste en donne une interprétation particulièrement équilibrée, sans aucun excès sonore.


La Suite bergamasque de Debussy, avec son « Menuet », son « Clair de lune » et son « Passepied » nous fait voyager loin de l’Enfer dans un univers néoclassique d’une élégance indéniable. Behzod Abduraimov en capte parfaitement le style raffiné, notamment dans un sobre « Clair de lune » aux sonorités exquises.


Peut-on rapprocher de la thématique diabolique, même en évoquant Le Sacre du printemps, les Trois Mouvements qu’Igor Stravinsky a extraits de son Pétrouchka pour les transcrire pour le piano ? L’Histoire du Soldat eût été, nous semble‑t‑il, plus adéquate... Le jeu du pianiste nous fait entrer dans l’univers théâtral magique de ce ballet et sa lecture est à l’égal des grandes références que sont Maurizio Pollini et Alexis Weissenberg.


Quant à l’Intermezzo (Adagio) qui ouvre les quatre Klavierstücke de l’Opus 119 de Brahms, joué avec tendresse et élégance, sont‑ce les quelques dissonances modernes pour l’époque qui le rapprochent de l’Enfer ?


Excellent récital, on le répète, que Behzod Abduraimov a joué plusieurs fois au concert, au programme original et plutôt éloigné de ce que l’on connait à ce jour du répertoire du pianiste, mais qui illustre bien l’absurdité de cette tendance qui s’installe depuis quelques années de vouloir absolument commercialiser un choix artistique, ou pire, le plier aux exigences du marketing.


Olivier Brunel

 

 

 

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