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06/18/2026 « Toccare »
Gian Francesco Malipiero : Bianchi e neri
Sylvano Bussotti : Musica per amici
Francesco Filidei : Preludio – Suite – For Claudia
Salvatore Sciarrino : II Sonata per pianoforte
Giulia Lorusso : Kemo‑vad
Simone Cardini : Restare non ha luogo Claudia Chan (piano)
Enregistré en public à la Evangelische Erlöser-Kirchengemeinde Bad Godesberg, Bonn (2 octobre 2023) – 67’
b·records LBM069 (distribué par Outhere) – Notice en français et en anglais
Sélectionné par la rédaction

La jeune pianiste, cheffe d’orchestre et directrice musicale, formée au Canada et en Allemagne, Claudia Chan, a été artiste en résidence à la Fondation Royaumont entre 2017 et 2020. Ce deuxième disque chez b·records est le fruit de son passage à Royaumont. Il est consacré à des pages de compositeurs contemporains italiens peu ou pas du tout enregistrées, certaines ayant même été retravaillées par les compositeurs en liaison avec l’interprète.
De Gian Francesco Malipiero (1882-1973), compositeur qualifié déjà en 1997 dans nos colonnes de compositeur oublié - ça ne s’est pas amélioré -, la pianiste nous offre des Blancs et Noirs, dont le titre fait forcément penser à En blanc et noir de Claude Debussy. Il y a là des accords rythmés creusant le clavier et assez chantants. De Sylvano Bussotti (1931-2021), nous est proposée une Musique pour des amis, dans un style très libre assez inclassable, entre douceur et esprit fantasque. De Salvatore Sciarrino (né en 1947), Claudia Chan livre une belle lecture de la Deuxième Sonate, où une main gauche bornée ne s’entend manifestement pas avec une main droite aux accents presque chopiniens, qui papillonne et se veut libre.
Francesco Filidei (né en 1973), élève de Salvatore Sciarrino et qui a travaillé avec Sylvano Bussotti, est représenté par des pièces de jeunesse mais revues au point que l’une d’elle a changé de titre pour s’appeler Pour Claudia. Dans son Prélude, la pianiste râcle surtout la caisse de son instrument, d’où sortent des bruits sourds. Dans « Toccata » de la Suite, ce sont des tambourinades captées au plus près. « Notturno » de la même Suite joue sur les frottements, comme si on écrivait une belle lettre à la plume d’oie, et sur les résonnances accentuées par la pédale forte. Le « Petit rock garibaldien » qui le prolonge, tout autant bruitiste mais assez spirituel, nous rappelle quant à lui que l’artiste est quand même sur un piano.
La pianiste a aussi retenu une pièce très récente de la jeune compositrice Giulia Lorusso (née en 1990), formée au Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris, ancienne pensionnaire à la Villa Médicis et installée aujourd’hui à Paris. Elle fait appel cette fois à un piano presque intégralement préparé. On ne peut que se demander comment de tels sons parviennent à sortir du piano ; c’est un orchestre polyphonique complet. Cymbales et cloches jouent à cache‑cache dans une atmosphère mystérieuse envoûtante.
Enfin, le compositeur romain Simone Cardini (né en 1986) est l’auteur de la pièce la plus longue du récital, Rester n’a pas lieu (d’être ?), treize minutes. Elle a été commandée par la Fondation Royaumont et écrite pour la pianiste en 2020. Elle joue essentiellement sur les instabilités sonores et des à‑coups virtuoses.
Toutes ces pièces sont censées avoir été enregistrées en public. Mais rien, en dehors de quelques maigres applaudissements d’un petit comité, ne le laisse deviner. C’est en tout cas du très beau piano et au total un voyage en Italie original et de grande qualité.
Le site de Claudia Chan
Stéphane Guy
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