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06/14/2026
Felix Mendelssohn : Paulus, opus 36 [1] – Elias, opus 70 [2] – Symphonies n° 1, opus 11 [3], n° 2 « Lobgesang », opus 52 [4], n° 3 « Schottische », opus 56 [5], n° 4 « Italienische », opus 90 [6], et n° 5 « Reformation », opus 107 [7]
Julia Kleiter [1], Golda Schultz [2], Christiane Karg [4], Elsa Benoit [4], Mai Kato [2], Manja Raschka [2], Joël Necker [2] (sopranos), Wiebe Lehmkuhl [1, 2], Alexandra Schmid [2], Nadiya Zelyankova [2], Michelle Neupert [2] (altos), Werner Güra [1, 2, 4], Olivier Kaden [2], Falk Hoffmann [2], Yongkeun Kim [2] (ténors), Andrè Schuen [2] (baryton), Georg Zeppenfeld [1], Gun‑Wook Lee [1], Felix Plock [1], Johannes Weinhuber [2], Philipp Brömsel [2] (basses), MDR‑Rundfunkchor, Philipp Ahmann (chef de chœur), Gewandhausorchestrer Leipzig, Andris Nelsons (direction)
Enregistré au Gewandhaus de Leipzig (26 septembre [5], 7 novembre [2] 2021, 26 février [1], 24 septembre [4, 7] 2023, 6 [3] et 26 [6] mai 2024) – 359’19
Coffret de sept disques Deutsche Grammophon 486 8178 – Notice de présentation (en anglais et en allemand) de Kerstin Schüssler‑Bach


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Le Gewandhaus de Leipzig – dont Andris Nelsons est le directeur musical depuis 2018, récemment renouvelé jusqu’en 2032 – dans la musique de Felix Mendelssohn, voilà une affiche qui semble couler de source. Au programme de ce coffret de sept disques, les cinq Symphonies et deux oratorios, Elias, le plus célèbre, et aussi le plus rare Paulus. Qu’est‑ce qui différencie Paulus et Elias ? Dans Paulus, Mendelssohn choisit des textes du Nouveau Testament et dans Elias des textes de l’Ancien Testament. Tout Paulus est de forme classique, avec des chorals comme chez Bach, alors que dans Elias, il n’y a pas de vrai choral. Quant au contenu, Mendelssohn qualifiait Paulus d’oratorio « historique » et Elias d’oratorio « symbolique ».


Paulus a été créé à Düsseldorf en 1836 avec grand succès. L’histoire raconte qu’il y avait 356 choristes et 160 musiciens, de quoi relativiser ce qui s’apparente souvent à un diktat, à savoir les effectifs allégés souvent utilisés de nos jours. Cette pièce est magnifiquement servie par tous ces interprètes dans une lecture élégante, transparente et lumineuse. Les contrastes sont au rendez‑vous et les solistes sont au diapason de la direction inspirée et inspirante d’Andris Nelsons. Les moments forts sont légion pour les chœurs, notamment « Dieser Mensch hört nicht auf zu reden Lästerworte » (n° 5), « Steiget ihn! Er lästert Gott » (n° 8), « Siehe, wir preisen selig, die erduldet haben » (n° 11), « Saul, was verfogst du mich » (n° 14) confié aux seules voix de femmes, « Mache dich auf werde licht » (n° 15) et l’étonnant choral avec cuivres « Wachet auf ruft uns die Stimme » (n° 16). Mais il y a bien d’autres moments d’une haute inspiration d’écriture tous magnifiquement interprétés. On sent que la soprano Julia Kleiter, la mezzo Wiebke Lehmkuhl, le ténor Werner Güra et la basse Georg Zeppenfeld sont familiers de ce répertoire qu’ils chantent avec excellence, même si le timbre de la basse est sans doute un peu sombre à notre goût. La seconde partie débute par un chœur, « Der Erdkreis ist nun des Herrn » (n° 23), au contrepoint riche et impressionnant. Le duo « So sind wir nuun Botschafter » (n° 25) évoque un peu La Flûte Enchantée ; quant au chœur qui suit, « Wie lieblich sind die Boten » (n° 26), Brahms s’en souviendra sans aucun doute pour son Requiem allemand. Le chœur « Ist das nicht der zu Jesusalem verstörte alle » (n° 29) évoque quant à lui La Nuit de Walpurgis de Mendelssohn. Le « O Jesu Christe, wahres Licht » (n° 29) est d’abord chanté par quatre solistes, sans doute du chœur, avec un superbe accompagnement de basson et de bois, avant d’être repris en grand chœur : c’est un moment suspendu d’une grande beauté. Le choral à cinq voix « Aber unser Gott ist im Himmel » (n° 36) avec cuivres est également un magnifique moment. Une superbe interprétation d’une pièce dont la rareté au concert, du moins en France, est bien regrettable.


Elias, commande du Festival de Birmingham fut créé en anglais dans cette ville en 1846, cette fois par près de 400 interprètes, dont 246 chanteurs. Ici aussi ce fut un incroyable succès, l’histoire évoquant même huit bis le jour de la création. Le célèbre baryton viennois Joseph Staudigl tenait le rôle d’Elias sous la direction du compositeur, qui mourut l’année suivante. Cet Elias est lui aussi magnifiquement servi, notamment de par la présence d’un Elias de haute volée en la personne du baryton‑basse André Schuen, un chanteur né en Italie du Nord devenu en quelques années incontournable et dont le timbre et certaines couleurs de sa voix font incontestablement penser à un autre grand Elias, le Gallois Bryn Terfel. Golda Schultz a la voix très pure qui convient. L’alto Wiekbe Lehmkuhl, que les Parisiens habitués des salles de concert connaissent bien, est également parfaite dans ses interventions. Les parties solistes sont également tenues avec brio et talent par des solistes issus du chœur. Parmi les passages les plus impressionnants on citera le chœur « Aber der Herr sieht uns nicht » (n° 5), qui fait entendre un pupitre de ténors lumineux, le double quatuor « Denn er hat seinen Engeln » (n° 7), chanté par des solistes issus du chœur, le chœur « Baal höre uns » (n° 11) et chacune des interventions d’Elias, empreintes d’une passion et d’une autorité vocale de premier ordre. La courte intervention d’une voix d’enfant est confiée à un soliste du célèbre Thomanerchor (n° 19). Le chœur « Dank dir sein Gott » (n° 20), qui termine la première partie, est d’une redoutable efficacité. Le récitatif avec chœur qui voit l’alto dialoguer avec le chœur est d’une tension fascinante, qui n’est pas sans rappeler les passions de Bach (n° 23), comme le fait également le chœur suivant « Wehe ihm er muss sterben » (n° 24). Le fameux air d’Elias « Es ist genug » (n° 26) est chanté magistralement, dans un tempo assez lent, accompagné d’un superbe violoncelle solo. Le trio a cappella « Hebe deine Augen » est une merveille de poésie (n° 28). Le chœur « Siehe der Hüter » déborde de grâce et de lumière (n° 29) comme le chœur « Wer bis an das Ende beharrt » (n° 32), clair hommage à Bach. Et la fin de l’œuvre est menée avec brio vers l’apothéose finale.


L’intégrale des Symphonies est également une incontestable réussite : la Première possède une énergie concentrée qui fait penser au jeune Schubert ou à Weber, la Troisième « Ecossaise » déploie un beau souffle épique, la Quatrième « Italienne » est flamboyante et contrastée à souhait, la Cinquième « Réforme » est plus sombre, presque austère mais la réalisation orchestrale est d’une grande maîtrise, notamment en ce qui concerne les cuivres, très sollicités et qui sonnent superbement. La Deuxième Symphonie « Chant de louange » avec chœur, qui révèle ici mieux que jamais ses qualités, est d’un autre registre. Commandée pour fêter les quatre cents ans de l’invention de l’écriture par Gutenberg, elle fut elle aussi créée par le compositeur à la Thomaskirche de Leipzig en 1840. Souvent jugée indigeste et maladroite, elle est assez rarement donnée en France. Il n’en est rien ici sous la direction enflammée et subtile d’Andris Nelsons. Dès le premier mouvement, l’alternance des climats, l’alacrité, la beauté sonore, notamment les chorals des trombones dialoguant avec les bois et un équilibre souverain et progressivement conduit, sont au rendez‑vous. Ces qualités se retrouveront durant tous les mouvements suivants de la symphonie, le deuxième d’une poésie touchante grâce à ce dialogue des hautbois reposant sur de somptueux pizzicati des cordes alternant avec de superbes legatos, avant que de nouveaux chorals n’interrompent la pièce et que ne revienne le climat initial. Le début du troisième mouvement permet aux somptueuses cordes de Leipzig de montrer leur incroyable legato, suivies plus tard par les vents et les cuivres. Le quatrième mouvement fait place à un chœur investi sur chaque intervention et à la polyphonie parfaitement architecturée. Dans le cinquième mouvement, les femmes du chœur dialoguent avec Christiane Karg. L’aria de ténor qui suit après un court récitatif est un modèle de chant précis et juste, comme le sont le chœur « Sagt es, die ihr erlöset seid » (n° 8) et le duo des voix de femmes Elsa Benoit et Christiane Karg avec le chœur « Ich harrete des Herrn » (n° 9). La fin de l’œuvre rayonne d’une beauté intrinsèque fascinante, notamment cette aria de ténor si étonnante avec ses commentaires de bois, « Stricke des Todes hatten uns umfangen » (n° 10), qui annonce Wagner, voire Franz Schmidt. L’apothéose chorale finale avec la reprise du choral de trombones initial a fort belle allure.


Un mot enfin sur le Chœur de la Radio d’Allemagne centrale (Leipzig), un ensemble choral professionnel de radio qui fait honneur à la tradition allemande du chant choral. L’homogénéité, la beauté du son, les nuances, l’investissement sont en pleine communion avec le son élégant et charnu de l’orchestre. On n’imagine pas un chœur professionnel français atteindre un tel niveau vocal. A l’époque de ces enregistrements, cet ensemble de haut niveau était dirigé par le chef de chœur allemand Philipp Ahmann, qui a occupé cette fonction de 2000 à 2025 avant d’être nommé en 2025 chef de chœur à la Radio de Cologne.


A l’issue de l’écoute de ce coffret, il n’est nul besoin de se livrer au jeu des comparaisons toujours un peu vaines. Nul besoin de refaire toute la discographie : il est clair qu’on est ici en présence d’une intégrale qui compte certainement parmi les meilleures et les plus homogènes. La présence d’un chœur de très haute qualité et de solistes parfaitement distribués sont un plus notable. Quant à la prise de son, elle rend parfaitement la splendeur collective comme individuelle des musiciens et des chanteurs de ces ensembles décidément uniques et très typés dans leurs sonorités.


Vous l’aurez compris : voici sans aucun doute un magnifique et indispensable coffret.


Gilles Lesur

 

 

 

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