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05/25/2026
Jean-Marie Leclair : Concertos pour violon, opus 7 et opus 10
La Diane française, Stéphanie-Marie Degand (violon solo et direction)
Date et lieu d’enregistrement non précisés – 192’07
Album de trois disques NoMadMusic NMM 122 – Notice (en français et en anglais) de Stéphanie-Marie Degand et Benoît Dratwicki





Le personnage de Jean-Marie Leclair (1697‑1764) reste assez méconnu bien qu’en son temps il fût un violoniste virtuose, admiré de tous ; à ce titre, Barnabé Framian de Rozoi, dans sa Lettre à M. de Place, auteur du Mercure sur feu M. Le Clair, premier symphoniste du Roi, pouvait écrire à son sujet que « Le premier des François, Le Clair, à son génie, / Sçut l’art d’asservir son archet. / Du grand Rameau rival par l’harmonie, / Il est mâle, élégant, tendre et toujours parfait. ». Auteur notamment de quatre livres de sonates pour violon seul et basse continue ainsi que de nombreux ouvrages pour le violon, auteur également d’un unique opéra, Scylla et Glaucus, qui a connu quelque succès, Jean‑Marie Leclair a également composé douze concertos pour violon ; peut-être en aurait-il laissé davantage à la postérité s’il n’était mort prématurément, assassiné de trois coups de couteau, à la fin du mois d’octobre 1764.


Relativement peu connus, ces concertos, fortement teintés d’italianité (notamment du style propre à Locatelli ou à Vivaldi), ne sont donnés en concert qu’occasionnellement, que ce soit par exemple sous les archets de Gottfried von der Goltz, Dmitry Sinkovsky ou Fabio Biondi. Mais, s’il y a bien une violoniste qui s’est toujours passionnée pour Leclair, c’est assurément Stéphanie‑Marie Degand, que nous avions d’ailleurs pu entendre lors d’un concert tout entier dédié à ce compositeur il y a plusieurs années dans le cadre du Festival de musique baroque de Sablé‑sur‑Sarthe. Alors que seulement certains concertos ont jusqu’alors été gravés (ce fut notamment le cas de l’Opus 7) et que les intégrales existantes sont bien oubliées ou dépassées (quand ce n’est pas les deux), voici enregistrée l’intégralité des concertos, à savoir les six de l’Opus 10 et les six de l’Opus 7, dans une vision et suivant une technique « historiquement informée », qui lui donnent immédiatement un grand coup de fraîcheur.


Au-delà des différences que recèlent ces concertos, retenons tout de même plusieurs points communs, à commencer par leur caractère italien très souvent présent. Traits et sonorités vivaldiennes (l’Allegro du Premier Concerto de l’Opus 10, l’Adagio du Troisième du même opus ou, au sein de l’Opus 7, l’Adagio du Deuxième Concerto ou le Vivace du Cinquième), souvenirs des couleurs propres à Corelli (l’Allegro concluant le Cinquième Concerto de l’Opus 10) ou à Locatelli (l’Andante du Premier du même opus), l’influence de la musique italienne est évidente et traverse toute l’œuvre concertante de Leclair, tout en y étant certes retravaillée, mâtinée qu’elle fût de musique française (l’influence de la danse !) avec ses formes et couleurs propres là aussi.


Autre point commun, la virtuosité requise par ces divers concertos : Stéphanie‑Marie Degand ne connaît aucune difficulté sur ce point, sachant vaincre certains passages dont l’écoute suffit à faire trembler l’auditeur (la Gigue concluant le Premier Concerto de l’Opus 10 ou le Vivace concluant également un Premier Concerto mais cette fois‑ci au sein de l’Opus 7). La soliste nous emporte, et avec elle son ensemble de seulement six musiciens (auxquels selle se joint dans les tutti), dans son jeu sur les doubles cordes ou sur des registres aigus des plus délicats (le dernier mouvement du Deuxième Concerto de l’Opus 10) ou dans ces ruptures rythmiques, qui imposent constamment au soliste relances et souci de la surprise (l’Allegro ma poco du Quatrième Concerto de l’Opus 10).


Autre trait commun, l’explosion de couleurs dans ces concertos qui, avouons‑le, ne recèlent pas toujours de grande originalité dans le phrasé ou l’agencement ; pour autant, on est pleinement séduit par le magnifique Allegro concluant le Sixième Concerto de l’Opus 10 (très dansant, la soliste prenant toujours beaucoup d’appui sur le registre grave de son instrument, rebondissant sans cesse) ou par la très grande élégance du premier mouvement du même concerto (un lyrisme que l’on retrouve dans l’Aria du Premier Concerto de l’Opus 7).


Si Stéphanie-Marie Degand ne possède pas toujours la fluidité requise dans certains traits (le premier mouvement du Deuxième Concerto de l’Opus 10) ou nous donne à entendre une justesse parfois approximative (le mouvement lent du dernier concerto de l’Opus 7), elle nous livre tout de même là une anthologie de grande qualité, dont l’intérêt musical et musicologique est évident et qui s’impose comme la nouvelle référence face aux autres intégrales existantes.


Sébastien Gauthier

 

 

 

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