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05/18/2026
« Musica sacra per coro e orchestra I »
Antonio Vivaldi : Dixit Dominus, RV 807 – Confitebor tibi Domine, RV 596 – Sanctorum meritis, RV 620 – Vos invito, barbaræ faces, RV 811 – Magnificat, RV 611

Carlotta Colombo (soprano), Margherita Maria Sala (mezzo-soprano), Valerio Contaldo (ténor), Alessandro Ravasio (basse), Coro et Orchestra Ghislieri, Giulio Prandi (direction)
Enregistré à la Sala della Scuola della Carità, Padoue (22‑25 octobre 2023) – 73’01
Naïve OP 8564 (« Vivaldi Edition » vol. 72) – Notice (en français, anglais, italien et allemand) de Michael Talbot





Antonio Vivaldi : La Gloria e Imeneo, RV 687
Teresa Iervolino (Gloria), Carlo Vistoli (Imeneo), Abchordis Ensemble, Andrea Buccarella (direction)
Enregistré au Landsgasthof Riehen, Bâle (1er‑4 novembre 2024) – 54’27
Naïve OP 8877 (« Vivaldi Edition » vol. 73) – Notice (en français, anglais, italien et allemand) de Cesare Fertonani


Sélectionné par la rédaction





« Concerti per vari strumenti II »
Antonio Vivaldi : Concerto pour flûte, hautbois, basson, cordes et basse continue en fa majeur « Tempesta di mare », RV 570 – Concerto pour deux violons, deux hautbois, deux flûtes, basson, cordes et basse continue en ut majeur, RV 557 – Concerto pour violon, hautbois, cordes et basse continue en fa majeur, RV 543 – Concerto pour quatre violons, alto et basse continue en si bémol majeur, RV 553 – Concerto pour deux hautbois, cordes et basse continue en ré mineur, RV 535 – Concerto pour divers instruments en ut majeur, RV 555

Les Musiciens du Prince – Monaco, Gianluca Capuano (direction)
Enregistré dans la galerie de Hauser & Wirth, Monaco (janvier 2025) – 46’24
Naïve OP 9025 (« Vivaldi Edition » vol. 75) – Notice (en français, anglais, italien et allemand) de Cesare Fertonani





Avec ces trois disques, l’« Edition Vivaldi » poursuit son aventure, pas à pas, exhumant pièces récemment découvertes et consacrant également des piliers du répertoire du compositeur vénitien, butinant dans le registre concertant comme dans le fonds vocal, illustrant tout à la fois l’étendu du génie d’Antonio Vivaldi (1678‑1741) et ce qu’il nous reste à découvrir d’une œuvre protéiforme mais reconnaissable entre toutes. Soulignons à cette occasion l’abnégation d’un éditeur musical qui, lorsque le projet lui semble intéressant, sait tracer son sillon lorsque tant d’autres auraient soit renoncé, soit abandonné en cours de route. Ne serait‑ce que pour cela, ces trois volumes méritent d’être amplement salués, quand bien même ils ne revêtiraient pas tous le même intérêt.


Le disque dirigé par Giulio Prandi à la tête du Chœur et de l’Orchestre Ghislieri est, et c’est à peine croyable, le premier de cette édition à s’aventurer dans l’œuvre sacrée de Vivaldi, pourtant si riche en pièces maîtresses (que l’on songe au Gloria ou au Dixit Dominus) : autant dire que plusieurs volumes devraient suivre ! Même si l’on ne peut que se féliciter de cette introduction, avouons être quelque peu déçu par un album qui a pourtant le mérite de nous faire entendre le Dixit Dominus RV 807, lequel ne doit pas être confondu avec le bien plus célèbre Dixit Dominus RV 594 (partition qui n’est d’ailleurs pas sans parenté avec le Gloria RV 589). Comme l’explique savamment Michael Talbot dans la remarquable notice d’accompagnement, la partition ne se trouve pas à Turin (où se trouve la collection vivaldienne la plus importante au monde) mais à Dresde où elle a été envoyée à la suite du subterfuge d’un faussaire du XVIIIe siècle qui a pu la faire passer pour une composition de Baldassare Galuppi, avant d’avoir été redécouverte il y a peu. Les onze séquences de ce Dixit Dominus nous permettent avant tout d’entendre tous les détails orchestraux (les détails de l’orgue ou du théorbe dans le « Tecum principium ») d’une partition où la simplicité apparente de la mélodie va de soi, où tout coule de source et dans laquelle les chanteurs n’ont guère à forcer pour intervenir à tour de rôle, souvent en alternance avec le chœur. On retiendra en particulier la voix ample, à la puissance sous‑jacente parfaitement maîtrisée, de Margherita Maria Sala dans le « De torrente in via bibet » ainsi que l’agilité du ténor dans le passage « Dominus a dextris tuis », outre un excellent chœur à la réactivité et à la justesse au‑dessus de tout éloge.


Si le Confitebor tibi Domine convainc un peu moins en raison d’attaques tant du hautbois que du ténor parfois trop dures, on jettera tout de même une oreille attentive au trio conclusif (contralto, ténor et basse), « Et in sæcula sæculorum », très virtuose, où la scansion nous rappellerait presque un ensemble concluant quelque opéra de Rossini. Si les deux œuvres suivantes n’appellent guère de commentaire (soulignons tout de même l’éclat, une fois de plus, de Margherita Maria Sala dans le Vos invito, barbaræ faces), ce disque se conclut par un Magnificat RV 611 globalement terne et sans grand élan. Contrairement, par exemple, à la version dirigée par Vittorio Negri (Philips), le chœur ne possède pas ici le caractère recueilli souhaité, tandis que les solistes sont un peu à la peine (voix tremblotante, souffle court), ne pouvant rivaliser avec la version certes ancienne mais à notre sens difficilement surpassable de Negri : il faut dire que les trois sopranos solistes s’appelaient alors Margaret Marshall, Felicity Lott (dont nous saluons à cette occasion la mémoire, la grande chanteuse venant de nous quitter en ce 15 mai 2026) et Sally Burgess.


La « sérénade » était, au temps de Vivaldi, un genre musical à part entière. Jouée aussi bien en plein air que dans le cadre de salons princiers, elle requérait alors un effectif de quelques musiciens (bien souvent seulement des cordes, l’ensemble pouvant néanmoins nécessiter quelques souffleurs si besoin était) et de deux à quatre chanteurs, l’exercice se prêtant parfois à n’être qu’un opéra en miniature (pour davantage de détails sur ce genre musical, on se reportera notamment aux ouvrages La Venise de Vivaldi de Patrick Barbier, Grasset, octobre 2002, pp. 254 s. et Vivaldi de Sylvie Mamy, Fayard, juin 2011, pp. 408 s.). Assez étrangement, sur les huit sérénades composées par Vivaldi (RV 687 à 694), quatre ont un lien avec la France ; aux côtés de La Sena festeggiante, sans doute la plus connue, nous avons eu l’occasion de rendre compte il y a trois ans dans ces colonnes de l’enregistrement de la sérénade Mio cor, povero cor.


Voici la troisième, La Gloire et l’Hyménée, serenata per soprano, alto, archi e basso continuo, fruit d’une commande passée à Vivaldi par Jacques-Vincent Languet, comte de Gergy (1667‑1734), diplomate de haut vol et alors ambassadeur de France auprès de la Sérénissime, pour célébrer le mariage du jeune roi Louis XV avec la princesse polonaise Marie Leszczynska en septembre 1725. Assez classique dans sa forme (cinq airs dévolus à la Gloire, quatre à l’Hyménée, auxquels il faut ajouter deux duos, des récitatifs et une sinfonia introductive qui a disparu mais qui est ici remplacée par le Concerto RV 138), cette sérénade bénéficie d’une interprétation de très haute volée sous la direction alerte d’Andrea Buccarella. Les treize musiciens de l’Ensemble Abchordis offrent un soutien sans faille aux deux solistes, étalant une palette de nuances aussi infinies que subtiles, Buccarella sachant parfaitement donner ici un peu d’élan, là retenir un brin le tempo avant de relancer délicatement l’orchestre, offrant ainsi une dynamique de chaque instant à ce petit bijou musical. Mention spéciale à Jonas Nordberg, qui, par quelques cordes pincées à l’archiluth ou à la guitare baroque, distille à lui seul toute la délicatesse de cette partition à la gloire des jeunes époux royaux. La Gloire, précisément, est incarnée par Teresa Iervolino dont la voix compte de plus en plus depuis quelques années dans la paysage musical : qu’il s’agisse d’incarner Rosmira dans Partenope dirigée par Ivor Bolton (voir ici), de chanter le rôle de Mrs Quickly sous la baguette de Daniel Harding (voir ici) ou, récemment, celui de Suzuki sous celle de Kirill Petrenko (voir ici), elle joue à chaque occasion de sa voix charnue, de sa technique éprouvée et de talents de comédienne avérés. C’est encore le cas dans le présent disque où elle se taille la part du lion avec deux airs notamment, « Al seren d’Amica calma » (près de huit minutes !) et « Ognor colmi d’estrema dolcezza », qui illustrent tout à la fois le génie de Vivaldi et l’éclat de Teresa Iervolino, à laquelle aucune nuance, ni aucune chausse‑trappe ne résiste. Plus célèbre que sa consœur, le contre‑ténor italien Carlo Vistoli n’est pas en reste : voix chaude, projection idéale, il nous livre un des plus beaux moments de la sérénade avec l’air « Care pupille », envoûtant au possible. Quant au duo conclusif, il couronne la totale réussite d’une équipe vocale et instrumentale qui signe ici la version de référence de cette sérénade vivaldienne : on ne peut que souhaiter les retrouver au sein de cette « Edition Vivaldi ».


Dernier arrivé au sein de cette édition, le troisième disque présenté ici rassemble plusieurs concertos pour divers instruments, où la part belle est réservée aux hautbois et aux flûtes. Difficile de trouver un point commun à ces divers concertos, si ce n’est qu’ils sont tous dévolus à deux ou davantage d’instruments solistes, les partitions requérant un orchestre relativement foisonnant qui permet ainsi aux Musiciens du Prince – Monaco de signer là leur premier disque Vivaldi sous la direction de leur directeur musical, Gianluca Capuano. On a déjà eu l’occasion d’entendre l’ensemble monégasque, qui a bénéficié du parrainage ô combien musical et médiatique de Cecilia Bartoli (voir ici ou ici), l’orchestre ayant également eu l’occasion de cheminer seul avec un succès indéniable. La dextérité et la musicalité des solistes sont évidentes, qu’il s’agisse par exemple des deux flûtes dans le sublime Largo du Concerto RV 557 ou des deux hautboïstes dans le Concerto RV 535, le premier soliste n’étant autre que Pier Luigi Fabretti, que l’on connaît bien notamment pour être le hautbois solo des Arts Florissants. L’interprétation de ces six concertos se distingue par son élégance et par un art consommé de l’équilibre qui évite certes les excès du jeune Giovanni Antonini à la flûte (dans le Concerto RV 570) lorsqu’il grava ce même concerto pour Teldec au début des années 1990, mais qui n’est pas toujours aussi virevoltant ou enthousiasmant que pouvait par exemple l’être un Jean‑Christophe Spinosi par exemple (dans le Concerto RV 555 enregistré dans un magnifique disque édité chez Pierre Verany en décembre 1995). Si l’on peut savoir gré à Gianluca Capuano d’être sorti des sentiers battus pour nous donner à entendre des concertos globalement peu connus (retenons notamment le Concerto RV 553 où ne brillent pas moins de quatre violons solistes), on regrettera tout de même un minutage des plus chiches alors qu’il aurait été facile d’enregistrer une, deux, voire trois œuvres supplémentaires. La multiplicité des concertos composés par Vivaldi l’aurait permis sans peine.


Le site de Carlotta Colombo
Le site de Valerio Contaldo
Le site de Teresa Iervolino
Le site du Chœur et de l’Ensemble Abchordis
Le site des Musiciens du Prince – Monaco et de Gianluca Capuano


Sébastien Gauthier

 

 

 

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