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05/09/2026 Richard Wagner : Das Rheingold [1] – Die Walküre [2] – Siegfried [3] – Götterdämmerung [4] Mark Delavan (Wotan), Stefan Margita (Loge), Deniz Uzun (Fricka, Waltraute), Laura Wilde (Freia), Jamez McCorkle (Froh), Hunter Enoch (Donner), Tamara Mumford (Erda, 1. Norn), Tómas Tómasson (Alberich), Michael Laurenz (Mime), Liang Li (Fasolt), Andrew Harris (Fafner), Valentina Farcas (Woglinde, Stimme des Waldvogels), Kimberly Gratland James (Wellgunde), Renée Tatum (Flosshilde, Grimgerde), Christopher Ventris (Siegmund), Sara Jakubiak (Sieglinde), Stephen Milling (Hunding, Hagen), Lise Lindstrom (Brünnhilde), Alexandra Loutsion (Gerhilde), Miriam Clark (Ortlinde), Jennifer Johnson Cano (Schwertleite, 2. Norn), Kathryn Henry (Helmwige, 3. Norn, Gutrune), Sun‑Ly Pierce (Siegrune), Melody Wilson (Rossweisse), Daniel Johansson (Siegfried), Roman Trekel (Gunther), Dallas Symphony Chorus, Anthony Blake Clark (chef de chœur), Dallas Symphony Orchestra, Fabio Luisi (direction)
Enregistré à Dallas (1er & 4 mai et 13 octobre 2024 [1], 2 & 5 mai et 15 octobre 2024 [2], 5 & 17 octobre 2024 [3] et 8 & 20 octobre 2024 [4]) – 888’50
Coffret de treize disques Delos DE3642 (distribué par Outhere)

A Dallas, l’univers impitoyable du Ring est assurément à sa place : du pétrole texan à l’or des Nibelungen, les démêlés entre clans rivaux du feuilleton américain des années 1980 n’ont pas grand‑chose à envier à la lutte féroce que se livrent dieux, géants et nains dans la tétralogie wagnérienne. Mais qu’en est‑il lorsque l’Orchestre symphonique de Dallas donne le cycle complet à plusieurs reprises en concert en mai et octobre 2024 au Morton H. Meyerson Symphony Center ?
Sous la baguette de Fabio Luisi (né en 1959), music director depuis 2020, les choses démarrent mal avec un Or du Rhin qui ne tient pas la longue distance et fait du sur‑place : de fait, le tempo est très lent (plus de 2 heures et demie) et l’ensemble est plombé par les deux principaux rôles masculins. La belle présence dramatique du Wotan de Mark Delavan et de l’Alberich de Tómas Tómasson ne suffit pas à faire oublier qu’ils ne chantent pas beaucoup, sont vite essoufflés dans l’aigu et pâtissent d’un vibrato permanent mais aussi, pour le premier, d’un allemand assez moyennement idiomatique. Dans cette histoire, l’orchestre, sans éclat particulier, parfois pris en défaut mais où les cuivres se distinguent bien mieux que les cordes, est bien le seul à ne pas vibrer : on regrette que la direction du chef suisse manque autant de souffle pour ne se réveiller subitement qu’à l’issue des imprécations d’Alberich dans la dernière scène.
Il faut donc se raccrocher à ce qu’on peut dans cette distribution presque entièrement américaine, pas tant au Donner de Hunter Enoch, qui souffre, à un moindre degré, des mêmes défauts que Wotan et Alberich, mais, pour en rester aux voix graves, aux géants, avec le Fafner d’Andrew Harris meilleur que le Fasolt de Liang Li. Le Loge de Stefan Margita, au timbre enfantin, très facétieux, souvent parlando, est atypique mais convaincant et le Froh de Jamez McCorkle a une tenue très noble. Il est des Erda (et plus tard Première Norne) aux graves plus consistants que Tamara Mumford et des Freia aux aigus moins tendus que Laura Wilde, mais la Fricka impériale et redoutable de Deniz Uzun (qui sera ensuite Waltraute) domine le plateau avec une ligne et un timbre impeccables. Les Filles du Rhin sont inégalement séduisantes, les Woglinde de Valentina Farcas (qui sera ensuite la voix de l’Oiseau) et Flosshilde de Renée Tatum se situant nettement au‑dessus de la Wellgunde très relâchée de Kimberly Gratland James.
Mais avec une durée totale de 14 heures et 45 minutes qui se situe dans la moyenne, les choses accélèrent donc quelque peu après ce Prologue poussif, sans que ce soit la fougue qui caractérise une Walkyrie solide sur ses appuis... sinon, encore une fois, l’un de ses rôles principaux, la Brünnhilde de Lise Lindstrom, certes puissante, endurante, spectaculaire et pleine de caractère, mais trop souvent dans le cri et la stridence, manquant de corps et abusant du vibrato. La différence n’en est que plus saillante avec la Sieglinde intense et exacte de Sara Jakubiak, entourée du Siegmund un peu fragile mais touchant de Christopher Ventris et du terrible Hunding de Stephen Milling (le futur et non moins inquiétant Hagen).
L’excellente surprise vient d’un Siegfried où le public rit de bon cœur (sans doute à la lecture des surtitres) et où la direction, dans les deux premiers actes, trouve enfin du tonus, peut‑être stimulée par des prestations vocales de premier ordre : excellent Mime, pas caricatural et bien chanté, de Michael Laurenz et Siegfried à la voix d’airain de Daniel Johansson. Le Crépuscule des dieux est moins stimulant, avec l’apparition du Gunther vacillant de Roman Trekel et de la Gutrune trop acide de Kathryn Henry. Le Chœur de l’Orchestre symphonique de Dallas, qui donne l’impression d’être venu en nombre tout en étant relégué un peu retrait par la prise de son, tient bien sa place.
Chacun appréciera selon le principe du verre à moitié vide ou à moitié plein : un Ring sans Wotan ni Alberich et (presque) sans Brünnhilde ; un Ring avec de remarquables Siegfried, Sieglinde, Loge, Fricka et Mime ; un Ring conduit avec une motivation inégale.
Le site de l’Orchestre symphonique de Dallas
Laurent Petit-Louis
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