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04/11/2026 « The Unreleased Recordings. Decca Masters and Radio Tapes 1970‑2002 »
Wolfgang Amadeus Mozart : Quatuors avec piano n° 1, K. 478, et n° 2, K. 493 [1] – Sonate pour piano en ut majeur, K. 545 [5] – Concerto pour piano n° 18, K. 456 [9]
Franz Schubert : Sonates pour piano en ut majeur « Reliquie », D. 840 [2], et en ré majeur « Gasteiner », D. 850 [3]
Joseph Haydn : Variations en fa mineur, Hob. XVII:6 – Sonates pour piano en ré majeur, Hob. XVI:37, et en ut mineur, Hob. XVI:20 [12]
Robert Schumann : Etudes symphoniques, opus 13 [13] – Faschingsschwank aus Wien, opus 26 [10] – Sonate pour piano n° 1, opus 11 [8]
Frédéric Chopin : Scherzo n° 1, opus 20 – Nocturnes, opus 27 [4]
Béla Bartók : Szabadban, Sz. 81 [6]
Aaron Copland : Sonate pour piano [7]
Modeste Moussorgski : Tableaux d’une exposition [11]
Claude Debussy : D’un cahier d’esquisses [14] Radu Lupu (piano), Chaim Taub (violon), Daniel Benyamini (alto), Uzi Wiesel (violoncelle), SWR Sinfonieorchester Baden‑Baden und Freiburg, Kazimierz Kord (direction)
Enregistré en studio à Londres (12‑14 août 1976 [1]) et à Corseaux (11 décembre 1992 [2] et 14‑18 août 1995 [3]) et en public à Leeds (19 avril 1970 [4]), Aldeburgh (7 juin 1970 [5], 24 juin 1971 [6] et 18 juin 1972 [7]), Ludwigsburg (29 septembre 1973 [8]), Karlsruhe (14 novembre 1980 [9]), Amsterdam (29 mai 1983 [10] et 1er avril 1984 [11]), Londres (3 septembre 1988 [12] et 1er juillet 1991 [13]) et Stuttgart (19 avril 2002 [14]) – 389’05
Coffret de six disques Decca 487 1494
Must de ConcertoNet

A quelques jours de ce qui aurait été le quatre-vingtième anniversaire du pianiste roumain Radu Lupu (1945‑2022), la publication, chez son éditeur exclusif Decca, d’un coffret de six disques d’inédits a sonné comme un testament. Avec le plein accord de ses héritiers, il s’agit de bandes de studio Decca dont il n’avait jamais approuvé la parution et, surtout, de bandes radio de concerts européens (il en resterait tant à publier...), moisson qui vient enrichir le – relativement (si on le rapporte à sa longue carrière) – maigre butin de studio que Decca a réédité en un coffret de dix disques en 2015. Radu Lupu avait cessé d’enregistrer dès 1993 alors que sa carrière scénique a duré jusqu’en 2018. Aussi peut‑on parler de trésor même si tout n’est pas du même niveau d’intérêt et de qualité. Mais les deux points forts indiscutables de ce coffret sont un disque de musique de chambre incompréhensiblement écarté par le pianiste de son planning de parution et quelques œuvres de Bartók, Moussorgski, Chopin – et même Copland ! – auxquelles on n’associe pas forcément le répertoire du pianiste roumain.
S’il est courant de dire qu’avec des prises de son peu flatteuses, les techniciens de Decca n’ont jamais gâté Lupu, celles de ce coffret varient du meilleur (live à Amsterdam) au pire (archives du concours de Leeds remporté en 1969, dont on rappelle qu’il n’a jamais plus récompensé par la suite, à l’exception de Murray Perahia en 1972, un lauréat de la trempe de Lupu). C’est d’autant plus fâcheux que Lupu était un magicien du son, un véritable sorcier capable des plus grands raffinements dans la recherche de nuances et de couleurs et dont le répertoire privilégié était Schubert, Schumann, Brahms et Mozart.
Etablir une hiérarchie objective de ces six galettes est quasiment impossible. Disons qu’on placerait au sommet pour sa rareté le premier disque, qui regroupe les deux Quatuors avec piano de Mozart, enregistrés à Londres en août 1976 avec des membres du Quatuor de Tel Aviv String Quartet. Si le son est impeccable, la prestation de Lupu est exceptionnelle, lumineuse, miraculeuse de couleurs et de nuances, d’une très grande intériorité dans les mouvements lents et explosive dans les finals de ces deux pièces, et ses partenaires d’une grande beauté sonore. Le fait qu’elles aient été écartées de la publication demeure une énigme.
Les deux sonates de Schubert du deuxième, la courte Reliquie inachevée et la longue Gasteiner, enregistrées en Suisse en 1992 et 1995, complètent un ensemble de studio qui n’est pas une intégrale, avec ce mélange de contrôle des émotions et de recherche de beauté sonore, particulièrement dans les mouvements lents, qui est sa signature.
Plus exceptionnel, le troisième disque, reflet de concerts anglais (live BBC du Wigmore Hall 1988, Aldeburgh 1970 et St John’s Smith Square London 1991), aligne deux sonates de Haydn très énergiques et pétillantes d’humour et un Andante avec variations d’une fraîcheur incomparable, la Sonate K. 545 de Mozart d’une simplicité biblique et les Etudes symphoniques de Schumann dans leur version définitive avec les cinq variations posthumes.
Le quatrième disque, également issu de bandes de la BBC, comporte un brillant Premier Scherzo de Chopin ainsi que les deux Nocturnes opus 27 (Leeds, avril 1970) dans une prise de son médiocre mais très poétiques, En plein air de Bartók exceptionnel (Aldeburgh, juin 1971) et la Sonate pour piano de Copland (Aldeburgh 1972), qui constituent deux rareté absolues dans le répertoire de Lupu.
Le cinquième disque comporte deux enregistrements live de récitals au Concertgebouw d’Amsterdam de mai 1983 et avril 1984 avec Carnaval de Vienne de Schumann et d’hallucinants Tableaux d’une exposition de Moussorgski.
Le dernier disque comporte la seule œuvre concertante, le Dix‑huitième Concerto de Mozart avec l’Orchestre symphonique du Südwestfunk de Baden‑Baden et Fribourg (Karlsruhe, novembre 1980, live), la Première Sonate de Schumann (Ludwigsburg, septembre 1973, live) et, probablement un bis de concert, D’un cahier d’esquisses de Debussy (Stuttgart, avril 2002, live), où il se montre aussi un magicien de la sonorité.
L’excellent texte du livret signé Jessica Duchen comporte une belle iconographie (quelques photos inédites, y compris sur les six pochettes individuelles des disques, sur lesquelles on constate que Lupu n’a pas toujours eu un look raspoutinien mais, dans sa jeunesse, des faux airs de Cat Stevens !) et des hommages élogieux de collègues aussi prestigieux que Riccardo Chailly, Stephen Hough, Paavo Järvi, Lang Lang, Zubin Mehta et Murray Perahia ainsi que du producteur Michael Haas et de l’impresario Marco Riaskoff.
Olivier Brunel
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