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03/27/2026
Edouard Lalo : Le Roi d’Ys
Judith van Wanroij (Rozenn), Kate Aldrich (Margared), Cyrille Dubois (Mylio), Jérôme Boutillier (Karnac), Nicolas Courjal (Le Roi d’Ys), Christian Helmer (Saint Corentin, Jahel), Nemzeti Enekkar, Csaba Somos (chef de chœur), Nemzeti Filharmonikus Zenekar, Győrgy Vashegyi (direction)
Enregistré au Műpa, Budapest (9‑11 janvier 2024) – 102’19
Livre et deux disques PBZ 1060 – Notice et livret en anglais et en français


Sélectionné par la rédaction





Le chef‑d’œuvre lyrique d’Edouard Lalo, Le Roi d’Ys (1888), a fait un retour remarqué sur la scène de Strasbourg (voir ici), quelques mois après l’édition d’un nouveau livre‑disque du Palazzetto Bru Zane, avec un plateau vocal différent. Les équipes du Centre de musique romantique française n’ont malheureusement pas eu l’opportunité de proposer la mouture initiale en quatre actes, composée entre 1875 et 1878 : il n’existe en effet aucune source permettant de reconstituer cette version, réduite par la suite à deux actes (et environ 2 heures de musique) pour en faire le succès que l’on connaît, en 1888. Paradoxalement, c’est ce travail de coupures drastiques qui donne au Roi d’Ys sa vitalité unique, en enchaînant les péripéties sans temps mort. L’élan narratif se double d’une inspiration mélodique au tempérament souvent éruptif, qui résonne longtemps après l’écoute. Tous les principaux thèmes de l’opéra sont annoncés dès la brillante Ouverture, qui mériterait de figurer au répertoire des concerts à l’instar de la Symphonie espagnole (1875) et du Concerto pour violoncelle (1877).


Pour ceux qui ont eu la chance d’assister au spectacle strasbourgeois, la comparaison entre les deux directions est passionnante, tant Győrgy Vashegyi prend l’exact contrepied de celle de Samy Rachid : le chef hongrois allège ainsi les textures, étire les tempi et lisse les aspérités pour faire ressortir des trésors de subtilité, tout en mettant en valeur les couleurs de son orchestre. On perd ainsi en nervosité et en contrastes ce que l’on gagne en musicalité ouateuse et rêveuse : voilà deux lectures diamétralement opposées, à même d’éclairer des visions complémentaires de l’ouvrage.


Le disque bénéficie d’une prise de son somptueuse de détail, notamment audible pour l’excellent Chœur national hongrois, tout aussi à l’aise dans la diction française que son équivalent baroque, le Chœur Purcell (voir notamment Les Abencérages de Cherubini). Mais c’est peut‑être plus encore la distribution qui fait tout le prix de cet enregistrement : on ne dira jamais assez de bien du timbre suave et de l’émission souple de Judith van Wanroij (Rozenn), qui forme un couple harmonieux avec le diseur surdoué qu’est Cyrille Dubois (Mylio). Si on peut s’interroger sur le manque de volume du ténor français dans ce répertoire, les micros permettent de compenser ce désagrément, à l’instar de Jérôme Boutillier (Karnac). Comme Dubois, Boutillier émerveille par sa capacité à souligner le sens de chaque mot, sculpté amoureusement. Kate Aldrich (Margared) fait valoir toute la noirceur de son rôle avec un bel aplomb, tandis que Nicolas Courjal (Le Roi d’Ys) fait oublier son vibrato par sa force de conviction, très à‑propos.


Florent Coudeyrat

 

 

 

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