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03/03/2026 Johann Sebastian Bach : Partita n° 2 en do mineur, BWV 826
Robert Schumann : Davidsbündlertänze, opus 6 Hélène Fouquart (piano)
Enregistré à la Maison de la Sirène, Avranches (14 et 15 juillet 2025) – 59’16
Sirène Records SRN 003 – Notice en français et anglais
Sélectionné par la rédaction

Artiste discrète, mais si talentueuse, Hélène Fouquart signe ici son premier enregistrement. Bach, Schumann, excusez du peu... et de ces compositeurs, les œuvres les plus exigeantes.
Bach épuré, décanté, ni faussement baroque ni exagérément romantique, apparaît dans toute sa complexe simplicité. Le chemin de la pianiste est droit, authentique ; rien ne vient entacher sa conception limpide, aucune ornementation superflue, aucun laisser aller ni abandon. Il y a quelque chose de moral dans cette interprétation, au bon sens du terme, comme si d’autres versions s’étaient un peu égarées. Les tempi sont exemplaires, notamment dans les mouvements vifs, comme la clarté digitale dans les échanges de voix des épisodes fugués qui nous emportent dans un élan irrésistible.
La Sinfonia s’ouvre avec une majesté poignante, une réelle autorité, mais sans lourdeur ; l’Andante, très chanté, avec une belle ligne de basse offre un magnifique contraste avant l’arrivée de la fugue, magnifiquement préparée, enthousiasmante de vie. L’Allemande et la Sarabande, moments de réflexion dans l’œuvre, s’expriment avec une grande simplicité, de manière très recueillie, où l’on goûte la vocalité du jeu de l’interprète, tandis que le Rondeau, rebondissant à souhait et le Capriccio final permettent à Hélène Fouquart de déployer un jeu virtuose et très dynamique.
La pianiste entreprend la grande histoire des Danses des compagnons de David avec foi et passion. On sait ce que cette partition requiert d’imagination, de questionnements, d’engagement de la part de l’interprète. Rester à la limite de la folie, de la bipolarité de Schumann, en faire une œuvre troublante, caractérielle, changer de climat à chaque épisode, s’engager sans sombrer, être à la fois Eusébius et Florestan, tels sont les enjeux confiés aux interprètes. En ce sens, faite de spontanéité et de profondeur, la vision d’Hélène Fouquart nous convainc totalement.
La grande constante de cette version est la narration, le chant toujours phrasé, respiré, éloquent. L’un des plus bel exemple serait la danse n° 2, la tendresse au bout des doigts... ou encore la n° 5, si simple et touchante. Hélène Fouquart se jette à corps perdu dans les épisodes fantasques, Sehr rasch, Frisch, Mit Humor, ose quelques foucades, quelques impatiences, s’attache à respecter les phrasés, les contrechants, les caprices de tempo, avec le souci constant de l’expressivité et de la construction. A cet égard, la danse n° 18 opère un timing parfait lors du souvenir de la danse n° 2 puis à l’arrivée de la coda Nach und nach schneller, ce qui est si schumannien... Hélène Fouqart évite de se livrer à une démonstration de grosse machine pianistique ; tout est en finesse, avec un goût, une maîtrise et des intuitions très sûrs.
Certains pourraient être déroutés à l’écoute de ce Bechstein modèle B n° 94714 (1909) au disque. Si l’on ne peut qu’applaudir l’idée de fixer les sonorités de modèles anciens de marques prestigieuses, encore faut‑il que tous les éléments soient vraiment réunis. Sans bouder son plaisir de goûter cette sonorité patinée, d’une grande clarté dans les aigus, rond dans le médium, mais peut‑être un peu terne dans ses basses, il semble que l’on pâtit de certaines irrégularités d’enfoncement et de justesse ; la prise de son est un peu étouffée, manquant tant soit peu d’ampleur, mais on se console en se disant que ce sont des choses que l’on n’aurait sans doute pas entendues en direct.
En guise de conclusion, j’emprunterai les quelques mots qu’un ami critique m’a confiés récemment au sujet de cet enregistrement : « On a affaire, à mon humble avis, à une personnalité très intéressante, très intelligente et réellement douée, une vraie musicienne. » C’est mon avis, également.
Christian Lorandin
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