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02/07/2026 « Minimalist »
Philip Glass : Etude n° 4
Szymon Nehring : Bridge
Henryk Górecki : Concerto pour piano et orchestre à cordes, opus 40
Simeon Ten Holt : Canto Ostinato
Giya Kancheli : Valse Boston
Arvo Pärt : Variationen zur Gesundung von Arinuschka – Für Anna Maria
Wojciech Kilar : Concerto pour piano Szymon Nehring (piano), Orkiestra Polskiego Radia w Warszawie, Michal Klauza (direction)
Enregistré au studio Witold Lutoslawski de la Radio polonaise (10 et 12 janvier 2024 et 31 janvier-2 février 2024) – 79’
Ibs Classical 132024 – Notice en anglais, espagnol, allemand et français
Sélectionné par la rédaction

Le pianiste et compositeur polonais Szymon Nehring (né en 1995) nous propose avec ce disque des pages de sept compositeurs, dont lui‑même, se rattachant au mouvement minimaliste. D’où le titre.
Philip Glass, un des pères fondateurs du courant, né en 1937, est représenté par sa Quatrième Etude. Désormais, les enregistrements des Études du maître américain s’accumulent fortement. Vanessa Wagner en a livré par exemple une interprétation remarquée dernièrement. Szymon Nehring ne se distingue cependant pas particulièrement dans la Quatrième. Bridge de Nehring, la pièce qui suit, est quant à elle trop courte pour inspirer beaucoup plus de commentaires. Le reste intéresse davantage.
La mélodie fort simple du Canto Ostinato du compositeur néerlandais Simeon Ten Holt (1923‑2012) est par exemple une sorte de ballade, pour l’essentiel tonale, qui touche malgré ses répétitions. Il en existe plusieurs versions, sur trois pianos et orgue électronique, ou quatre pianos ou quatuor de saxophones ou encore huit violoncelles notamment, mais c’est un seul piano qui est retenu ici. Si la pièce peut être répétée durant plus d’une heure, elle est réduite ici à sept minutes mais c’est suffisant pour l’apprécier pleinement.
La Valse Boston qui suit, du Géorgien Giya Kancheli (1935‑2019), est de loin beaucoup plus longue : vingt‑cinq minutes. C’est la pièce la plus longue de l’album mais aussi sans doute la plus minimaliste. Il s’agit d’une valse triste et désenchantée, très lente, agrémentée de trilles ou de thèmes caucasiens, jouant sur les résonnances, mais qui est brisée par des accès de brutalité sur le clavier du piano, renforcés par l’orchestre à cette occasion, et qui débouche comme sur une interrogation musicale sans réponse.
Avec les Variations en la mineur pour la guérison d’Arinuschka, on reconnaît le minimalisme et le recueillement de l’Estonien Arvo Pärt, né comme le compositeur précédent en 1935. C’est moins le cas avec son Pour Anna Maria, miniature plus charmante et légère que mystique, composée en 2006 pour le dixième anniversaire de la fille d’un couple d’amis.
Le Concerto pour piano d’Henryk Górecki (1933‑2010) écrase quant à lui. Composé après sa célébrissime Symphonie des chants plaintifs, il comporte deux mouvements : un premier mouvement fait de martellements au piano et un second, sorte de perpetuum mobile, pas loin de Bohuslav Martinů dans sa texture mais presque rigolard.
Il n’a pas grand-chose à voir avec celui de Wojciech Kilar (1932‑2013). A son intériorité plus religieuse, l’orchestre à cordes jouant le rôle d’un fond sonore imitant plus ou moins l’orgue au début ou dans le choral central, succèdent des saccades qui passent du piano à l’orchestre dans une toccata finale assez brillante.
Au total, l’intérêt de l’album tient à ce qu’il nous fait découvrir à côté de pages connues (Etude de Glass et Canto Ostinato de Ten Holt). Il n’y a pas que le minimalisme américain. Celui‑ci a aussi essaimé de ce côté de l’Atlantique et en Europe de l’Est. Dans ce voyage, on apprécie la qualité du jeu de Szymon Nehring, jeune pianiste mais déjà primé au Concours Rubinstein (2017) et finaliste du Concours Chopin de Varsovie (2022). Son approche, toujours claire, et son engagement hors de sentiers battus sont vraiment dignes d’éloges. L’orchestre, qui suit le plus souvent, assume son rôle secondaire de soutien avec dignité.
Stéphane Guy
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