Back
08/27/2025 Antonio Vivaldi : Concerto pour violoncelle, cordes et basse continue en ré majeur, RV 403 – Concertos pour violon « Le quattro stagioni », opus 8 n°s 1 à 4 : « La primavera », RV 269 [1], « L’estate », RV 315 [2], « L’autunno », RV 293 [3], et « L’inverno », RV 297 [4] – Sonate en ré mineur « La Follia », opus 1 n° 12, RV 63 Sara Kuijken [1], Luís Otávio Santos [2], Dmitry Badiarov [3] (violon), La Petite Bande, Sigiswald Kuijken (violon [4], violoncelle, direction)
Enregistré au Studio Galaxy de Mol, Belgique (8‑10 novembre 2006) – 60’
Accent ACC 24413 – Notice (en anglais, français et allemand) de Sigiswald Kuijken

Antonio Vivaldi : Concerto pour deux violons et violoncelle en sol mineur, RV 578a – Concertos pour violon en si bémol majeur « Per signora Chiara », RV 372, et en si mineur RV 390 – Concertos pour violon « Le quattro stagioni », opus 8 n°s 1 à 4 : « La primavera », RV 269, « L’estate », RV 315, « L’autunno », RV 293, et « L’inverno », RV 297
Gli Incogniti, Amandine Beyer (violon et direction)
Enregistré en l’église protestante allemande de Paris (14‑18 janvier 2008) – 70’54
Alpha 1047 (distribué par Outhere) – Notice (en français, anglais et allemand) d’Olivier Fourés
Must de ConcertoNet

« Opus 8 Vol. 1. The Four Seasons & Other Concertos »
Antonio Vivaldi : Concertos pour violon « Le quattro stagioni », opus 8 n°s 1 à 4 : « La primavera », RV 269, « L’estate », RV 315, « L’autunno », RV 293, et « L’inverno », RV 297 – Concerto pour violon, cordes et basse continue en mi bémol majeur « La tempesta di mare », opus 8 n° 5, RV 253, en ut majeur « Il piacere », opus 8 n° 6, RV 180, et en ut majeur, RV 170 – Concerto pour deux violons, cordes et basse continue en mi bémol majeur, RV 515
La Serenissima, Adrian Chandler (violon et direction)
Enregistré au Cedars Hall de la Wells Cathedral School, Angleterre (11‑14 février 2024) – 83’07
Signum Classics SIGCD886 – Notice (en anglais) d’Adrian Chandler

Antonio Vivaldi : Prélude en mi majeur (d’après la cadence du Concerto pour violon en mi majeur, RV 268) – Concertos pour violon « Le quattro stagioni », opus 8 n°s 1 à 4 : « La primavera », RV 269, « L’estate », RV 315, « L’autunno », RV 293, et « L’inverno », RV 297 – Nulla in mundo pax sincera, RV 630 : 1. air « Nulla in mundo pax sincera » – Concertos pour violon, cordes et basse continue en mi majeur, RV 264, en sol mineur, RV 155, et en fa majeur, RV 292 – Concerto pour basson en fa mineur, RV 491 : 2. Largo (transcription pour violon) – Concerto pour violon en ut mineur, RV 202 : 2. Largo
Gregorio Lambranzi : Danze da « Nuova e curiosa scuola de’ balli teatrali » (adaptation pour duo et trio Fourés et Langlois de Swarte)
Giorgio Gentili : Sonate en trio en la majeur, opus 1 n° 1 : 1. Adagio
Julie Roset (soprano), Orchestre Le Consort, Théotime Langlois de Swarte (violon et direction)
Enregistré dans la grande salle de l’Arsenal de Metz (juillet 2024) – 90’
Album de deux disques Harmonia Mundi HMM 902757.58 – Notice (en français, anglais et allemand) de Théotime Langlois de Swarte et d’Olivier Fourés
Sélectionné par la rédaction

Passées depuis longtemps comme l’archétype de la « musique d’ascenseur », au sens propre comme au sens figuré, Les Quatre Saisons d’Antonio Vivaldi ne cessent d’exercer leur pouvoir d’attraction. Alors que le célèbre compositeur avait déjà publié ses recueils L’estro armonico en 1711 et La stravaganza en 1714, la publication du nouveau recueil Opus 8 intitulé Il cimento dell’armonia e dell’inventione (« Le Combat entre l’Harmonie et l’Invention ») devait atteindre une popularité qui ne s’est jamais démentie avec, en son centre, cet ensemble de quatre concertos pour violon, cordes et basse continue que sont donc Les Quatre Saisons. En voici quatre versions qui, on va le voir, témoignent de l’inventivité des interprètes alors même que les enregistrements se comptent aujourd’hui par dizaines.
Commençons tout d’abord par la réédition d’une version qui, à titre personnel, nous était jusqu’alors inconnue, signée Sigiswald Kuijken. Homme de découvertes musicologiques s’il en est, issu de cette école d’Europe du Nord (Belgique, Pays‑Bas...) qui a tant fait pour la musique baroque, Sigiswald Kuijken retient ici deux options radicales. D’une part, l’effectif de La Petite Bande est réduit à celui d’un ensemble chambriste : trois violons (dont un, tenu successivement au fil de chaque saison par Sara Kuijken, Luís Otávio Santos, Dmitry Badiarov et Sigiswald Kuijken lui‑même, qui joue la partie soliste), un alto, un violoncelle et un clavecin soit, en tout et pour tout, six musiciens. D’autre part, la partie de violoncelle est jouée non par un violoncelle au sens où nous l’entendons communément mais par un violoncello da spalla (un « violoncelle d’épaule »), l’instrument étant tenu horizontalement devant la poitrine, sur ou contre l’épaule droite, et pendu par une lanière autour du cou ou fixé aussi à un bouton du gilet comme le détaille la notice extrêmement intéressante (mais dont la traduction en français reste perfectible...). Et le fait est que le résultat est des plus convaincants : dès le concerto introductif du disque, RV 403, on a à faire à un beau volume sonore où le violoncelle d’épaule joue sur des sonorités nous faisant penser à un alto grave plus qu’à un véritable violoncelle, certaines semblant même s’échapper d’un basson (impression assez forte dans les premier et troisième mouvements). Les Quatre Saisons bénéficient là d’une interprétation très allante. Le Printemps est joué sans affectation, sans mièvrerie, certes sans non plus force fioritures mais quel naturel, quel chant même si, dans le mouvement lent, le violoncelle aurait sans doute gagné à jouer davantage piano, l’instrument s’avérant un peu trop sonore face à la soliste. L’Eté se caractérise également par un grand sens de l’équilibre, le troisième mouvement étant pris à une allure qui nous enthousiasme même si, là aussi, on a pu connaître plus ébouriffant. L’Automne est sans doute le concerto des Quatre Saisons ici le plus ajouré par le soliste ; peut-être est‑ce aussi, paradoxalement, le moins convaincant en raison d’un premier mouvement un peu raide mais l’Allegro conclusif est réjouissant à souhait, sous réserve d’un clavecin peut‑être un rien trop présent ; on ne sait si Vivaldi a voulu peindre là une danse festive consécutive à des vendanges mais là, on fait la fête et cela s’entend. L’Hiver est une petite merveille : l’entrée en matière dans l’Allegro non molto est très mystérieuse et Kuijken, qui en est le soliste, est remarquable. Si le Largo aurait mérité un accompagnement en pizzicati plus discret (on a davantage l’impression d’entendre une grosse pluie d’automne que de doux flocons de neige...), le dernier mouvement confirme l’excellence globale de cette version à redécouvrir absolument. Quant au complément, la célèbre Follia, on est de nouveau sous le charme : la dextérité des musiciens, la diversité des couleurs, l’élan, tout y est. On en redemande !
On passera très rapidement sur la seconde réédition du disque réalisé par Amandine Beyer et ses comparses de Gli Incogniti, en premier lieu Alba Roca (second violon solo) et Anna Fontana qui, brillante comme toujours, assure vaillamment une partie de la basse continue soit au clavecin, soit à l’orgue. Que dire de ce disque si ce n’est réitérer les compliments qu’on avait pu lui adresser à sa sortie lorsqu’il avait été publié chez Zig‑Zag Territoires ou lorsqu’il fut une première fois réédité chez Alpha ? L’interprétation coule de source, les couleurs sont superbement peintes, l’élan et l’imagination d’Amandine Beyer au sommet de ses moyens (sans jamais trahir le texte, encore moins le style de Vivaldi) en font toujours une interprétation parmi les plus marquantes et les plus recommandables des Quatre Saisons. Quant au complément, trois concertos qui étaient alors enregistrés en première mondiale, l’enchantement est du même acabit.
On avait plutôt dit du bien du disque réalisé par La Serenissima sous la direction d’Adrian Chandler consacré à divers concertos baroques : on n’en dira pas autant ici. On retrouve pourtant en quelque sorte nos marques par rapport au disque de Sigiswald Kuijken puisque Chandler, soliste des Quatre Saisons et des autres concertos pour violons proposés ici, est accompagné de quinze musiciens, effectif « habituel » à nos oreilles. Mais contrairement à ses confrères belges, Chandler a dû se dire qu’il lui fallait inventer quelque chose pour cette énième gravure du chef‑d’œuvre de Vivaldi : or, loin de séduire, le résultat hérisse le poil, fait rire ou met en colère, c’est selon. Dans Le Printemps, l’introduction orchestrale du premier mouvement est bien faite mais très rapidement le jeu soliste perturbe l’ensemble tant il est maniéré (à partir de 2’05) ; il en va de même dans le deuxième mouvement, où la caricature inonde ces broderies, volutes, traits imaginatifs mais totalement inutiles. Et que dire de l’Allegro con sordine, où Chandler est caricatural de la première à la dernière note, piquant ses notes à l’extrême, faisant un sort à chacune d’entre elles ? Dommage car l’accompagnement est plutôt agréable. L’Eté laisse une impression plus mitigée : si le premier mouvement se veut plein de facétie mais en devient très vite irritant, le mouvement lent appelant les mêmes reproches que dans Le Printemps, le Presto conclusif est totalement enivrant, emportant tout sur son passage et suscitant une jubilation totale. Pour sa part, L’Automneest un ratage total : artificiel dans le phrasé, le premier mouvement suscite un rire nerveux tant c’est a‑musical au possible ! Si l’Adagio molto évoque surtout (mais sans le vouloir) Les Quatre Saisons revues par Max Richter, l’Allegro final s’avère tour à tour, raide, pesant (un comble chez Vivaldi !), caricatural une nouvelle fois (à partir de 2’35 notamment) : à fuir ! L’Hiver souffre d’un Largo où seul l’accompagnement nous permet de nous raccrocher à la partition de Vivaldi, les deux autres mouvements alternant bons passages et ennui profond. Les quatre concertos qui complètent ce disque sont mieux réussis grâce à une soudaine et inattendue sobriété de la part de Chandler et, reconnaissons‑le, en raison également d’un manque de concurrence comme c’est le cas pour le très beau Concerto RV 253, le premier mouvement étant magnifique. Si le Concerto RV 180 s’avère assez neutre (écoutez, en comparaison ce qu’en fait Andrew Manze chez Harmonia Mundi), les deux concertos conclusifs méritent une écoute bienveillante mais ne rachètent pas un disque qu’on préfère vite oublier.
Dernier venu dans ce florilège de Quatre Saisons, l’excellent Théotime Langlois de Swarte, dont nous avons déjà pu souligner les affinités avec la musique de Vivaldi. Que dire sinon que nous en tenons là une interprétation assez idéale ? Epaulé par un bel effectif orchestral, Théotime Langlois de Swarte déroule un jeu à la fois sûr (technique infaillible) mais sans ostentation, presque en retrait dans certains mouvements (le premier mouvement du Printemps par exemple), l’imagination du jeune soliste ne heurtant jamais la logique, ni la beauté de la partition (le premier mouvement de L’Automne en étant une illustration parmi d’autres). Mais là où la réussite est patente, c’est avant tout dans le dialogue entre le soliste et l’Orchestre Le Consort (qui, pour une fois, dépasse ses quatre membres fondateurs habituels) : on est admiratif face à cette fluidité, cette entente, ce sentiment d’évidence qui donne à l’ensemble tout son naturel, un trait fondamental à notre sens dans la musique de Vivaldi. La souplesse de l’orchestre et les interventions solistes de Sophie de Bardonnèche dans Le Printemps, la tension (comme on ne l’a jamais entendue !) dans l’Adagio - Presto de L’Eté, des traits facétieux ou des détails orchestraux (le luth) dans le premier mouvement de L’Automne... Autant de moments qui témoignent de cette alchimie ou le soliste est davantage un primus inter pares qu’un musicien jouant accompagné par un ensemble. Au‑delà des seules Quatre Saisons, ces deux disques offrent des compléments de toute première qualité qui puisent bien sûr chez Vivaldi mais pas seulement. Si le choix de donner un seul air du motet Nulla in mundo pax sincera peut sembler étrange, ne boudons pas notre plaisir et profitons de la très belle voix de Julie Roset, très fluide, traduisant parfaitement la mélancolie du discours ainsi chanté. Les trois concertos de Vivaldi RV 264, RV 155 et RV 292, pas parmi les plus courus, sont interprétés avec beaucoup de naturel, Théotime Langlois de Swarte déployant une technique et une musicalité encore fois hors de pair. Concluons enfin sur cette révélation qu’est cette série de danses (adaptées par Olivier Fourés et Théotime Langlois de Swarte lui-même) de Gregorio Lambranzi, auteur d’un traité intitulé Nuova e curiosa scuola de’ balli teatrali, consultable ici, et qui décrit par quelques notes et de superbes gravures tous les genres et tous les styles possibles de la danse au XVIIIe siècle. Les adaptations que l’on peut entendre ici, pour duo ou trio, sont réjouissantes, épaulées par les percussions toujours alertes de Marie‑Ange Petit, qui apporte sa pierre à cet édifice de la plus haute qualité.
Le site de Sigiswald Kuijken et de La Petite Bande
Le site d’Amandine Beyer et de l’ensemble Gli Incogniti
Le site d’Adrian Chandler et de l’ensemble La Serenissima
Le site du Consort
Sébastien Gauthier
|