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08/22/2025
« La Serenissima (Venetian Silhouettes) »
Antonio Lotti : Giove in Argo : « Con fiamme, e con straggi »
Antonio Caldara : Temistocle : « Chi mai d’iniqua stella »  – Caio Marzio Coriolano : « Per combatter con lo sdegno »
Antonio Vivaldi : L’Atenaide, RV 702 : « Qual demone, qual furia » – La Silvia, RV 734 : « Mio cor, s’io ti credessi » – Concerto pour violon en la mineur, opus 4 n° 4, RV 357  – Ottone in villa, RV 729 : « L’ombre, l’aure, e ancora il rio » – Zeffirettie, che sussurrate, RV 749.21
Benedetto Marcello : Arianna : « Come mai puoi vedermi piangere »
Francesco Gasparini :Bajazet : « Vendetta sì, farò » – Ambleto : « Sì, ti sente l’alma mia »
Tomaso Albinoni : Andromeda liberata : « Si, rinforzi in te la spene »
Giovanni Porta : Ifigenia in Aulide : « Madre diletta, abbracciami »

Sophie Junker (soprano), {oh!} Orkiestra, Martyna Pastuszka (violon et direction)
Enregistré à l’auditorium Józef Świder du conservatoire de Jastrzębie-Zdrój, Pologne (19‑24 avril 2022) – 73’
Aparté AP337 – Notice (en anglais et en français) de Sophie Junker, Martyna Pastuszka et Pedro-Octavio Diaz





Si l’on suit la notice d’accompagnement du disque signée Pedro-Octavio Diaz, ce disque se veut une suite de pérégrinations au cœur de Venise, où l’on croise au fil d’une journée imaginaire diverses silhouettes, divers personnages, diverses apparitions comme on peut toujours aujourd’hui les deviner lorsque, par exemple, on déambule tranquillement dans la célèbre cité, un petit matin de février ou de mars, le léger brouillard qui enveloppe la lagune laissant alors deviner l’activité naissante au fin fond d’une ruelle ou au détour d’un petit canal. Ici, ce sont bien entendu des silhouettes musicales qui s’offrent à nous, autant d’héroïnes (Cassiopée, Iphigénie, Iside, Ariane...) croquées en quelque sorte par une flopée de compositeurs dont les célèbres Vivaldi ou Caldara, qui ne doivent pas éclipser les également très talentueux Lotti, Albinoni ou Porta. Chanteuse remarquée depuis quelques années, Sophie Junker signe là un disque de très haut niveau mais qui, compte tenu de son précédent récital händelien que nous avions alors porté aux nues, déçoit néanmoins.


Là où Sophie Junker est la plus convaincante, ce sont sans doute dans les airs les moins connus de ce disque, deux étant d’ailleurs enregistrés en première mondiale (celui dû à la plume de Lotti et l’un des deux airs composés par Gasparini). Illustrant parfaitement la rage d’Iside dans l’extrait de Giove in Argo d’Antonio Lotti (1667‑1740) ou la jalousie d’Ildegarde dans un air issu d’Ambleto de Francesco Gasparini (1668‑1727) où les plaintes du violon solo en viennent presque à voler la vedette à la voix, la jeune chanteuse nous éblouit véritablement. C’est d’ailleurs dans ce type d’airs (servant de prétexte à quelque lamentation ou réflexion rêveuse) qu’elle donne le meilleur d’elle‑même, par son sens des mots, par la délicatesse du chant et par la pleine incarnation des personnages qu’il lui revient de peindre. L’air « Chi mai d’iniqua stella » chanté par Aspasie est à ce titre un modèle du genre, accompagné de manière idoine par des cordes tout en retenue, bénéficiant seulement çà et là d’une légère relance qui n’entame en rien le climat général porté par la voix. Il en va de même dans deux autres petits bijoux que sont l’air d’Ariane tiré d’Arianna de Benedetto Marcello (air dans lequel Sophie Junker doit tout de même, à notre sens, céder le pas devant l’interprétation encore plus habitée de Patricia Petibon, accompagnée par Andrea Marcon chez Deutsche Grammophon) et, plus encore, l’air d’Iphigénie issu de l’opéra du même nom composé par Giovanni Porta (1675‑1755), un petit chef‑d’œuvre à lui seul.


Si les autres airs peuvent également se révéler satisfaisants, on émettra tout de même une certaine réserve concernant tous les choix portés sur le plus célèbre des compositeurs vénitiens, Antonio Vivaldi. Le bref air « Qual demone, qual furia » extrait de L’Aténaïde ne présente guère d’intérêt contrairement, il est vrai, à l’air issu de La Silvia, rehaussé par un jeu tout en subtilité de la part des cordes. Mais pourquoi avoir ensuite choisi un air certes très agréable, « L’ombre, l’aure, e ancora il rio » (Ottone in villa), mais qui bénéficie déjà de belles interprétations au disque et qui ne révèle aucune particularité dans l’œuvre de Vivaldi, lui qui a su nous habituer à ce type d’airs extrêmement bien faits, aux silences et aux interventions millimétrées propres à nous toucher dès la première seconde ? Quant à l’air bien connu « Zeffirettie, che sussurrate », Sophie Junker en donne à l’évidence une très belle version mais on aurait préféré davantage d’incarnation comme Sandrine Piau (Naïve) ou Cecilia Bartoli (Decca), par exemple, ont su le faire par le passé. Pourquoi ne pas avoir opté pour le rare et sublime air « Sin nel placido soggiorno », pour la cantate Che giova il sospirar, povero core ou pour le très bel air tiré de Semiramis « E prigioniero e re » ? Enfin – et pourtant que le vivier est riche ! – on peut s’étonner de voir jeté au milieu de ces airs chantés un concerto pour violon de Vivaldi, issu du recueil de La stravanganza ; l’interprétation qu’en donne Martyna Pastuszka est excellente et témoigne des talents d’une musicienne (et d’un orchestre) que l’on ne connait guère en France mais, hormis cette volonté de mettre en avant la cheffe d’orchestre de ce disque (où l’on ne peut que regretter par ailleurs l’absence de traduction des textes chantés), était‑ce forcément une bonne idée ?


Sophie Junker est une excellente chanteuse et ce disque en témoigne une nouvelle fois. Gageons néanmoins qu’ils seront des récitals ou des intégrales d’opéras où elle aura l’occasion de le démontrer avec encore plus d’éclat.


Le site de l’ensemble {oh!} Orkiestra


Sébastien Gauthier

 

 

 

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