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08/21/2025 Johannes Brahms : Vier ernste Gesänge, opus 121 – Fünf Lieder, opus 47 : 8. « Sonntag » – Lieder und Gesänge, opus 58 : 1. « Blinde Kuh » & 5. « Schwermut » – Lieder und Romanzen, opus 14 : 8. « Sehnsucht » – Lieder und Gesänge, opus 59 : 8. « Dein blaues Auge » – Sechs Gesänge, opus 7 : 5. « Die Trauernde » – Deutsche Volkslieder, WoO 33 : 6. « Da unten im Tale » & 41. « Es steht ein Lind »
Hugo Wolf : Goethe-Lieder : 1. « Harfenspieler I », 2. « Harfenspieler II » & 3. « Harfenspieler I » – Drei Gedichte von Michelangelo – Sechs Gedichte von Scheffel, Mörike, Goethe und Kerner : 5. « Wanderers Nachtlied » – Mörike-Lieder : 7. « Das Verlassene Mägdlein » & 39. « Denk es, o Seele! » – Eichendorff-Lieder : 19. « Die Nacht » – Goethe-Lieder : 19. « Anakreons Grab » & 49. « Prometheus » Florian Boesch (baryton), Malcolm Martineau (piano)
Enregistré à Kilberry (12‑14 juin 2023) – 68’36’
Linn CKD 751 (distribué par Outhere)
Must de ConcertoNet

Cet excellent récital confronte les deux génies et rivaux à l’animosité avouée du lied romantique viennois, Brahms et Wolf. De plus, avec leurs chants du cygne respectifs que sont les Quatre Chants sérieux et les Trois Sonnets de Michel‑Ange. Ces deux monuments ainsi qu’un choix assez large de lieder des deux compositeurs, dont les « Chants du harpiste » de Wolf, sont parfaitement servis par le tandem que forment désormais le baryton autrichien Florian Boesch et le pianiste écossais Malcolm Martineau, qui se sont distingués au studio comme au concert avec Mahler, Schumann et Schubert, dont ils ont enregistré les trois cycles.
Il faut souligner d’emblée l’originalité de la technique vocale et de l’interprétation de Florian Boesch : cette facilité d’alléger le son, parfois à l’aide d’un léger détimbrage mais le plus souvent grâce à une virtuosité permettant de passer des éclats de la mezza voce parfaitement contrôlée aux demi‑teintes les plus infimes. Cela fait merveille dans les Quatre Chants sérieux, particulièrement dans la résolution de « O Tod, wie bitter bist du » et dans la complexité d’humeurs de « Wenn ich mit Menschen und mit Engelszungen redete ». Les trois gris « Chants du harpiste » de Goethe suivent, presque murmurés, à peine timbrés, superbement rehaussés dans leur narration et leur éclairage par l’accompagnement impeccable de bout en bout de Malcolm Martineau, mais tout particulièrement dans ces trois lieder par lesquels Wolf était entré en Goethe bien avant Mignon.
C’est avec les testamentaires Trois Poèmes de Michel-Ange que l’entente et la complicité des deux interprètes est la plus évidente. Boesch en donne une lecture sobre, sombre, presque désespérée mais suivant toutes les humeurs de ces textes.
Le choix de Wolf s’achève avec une sélection de lieder des trois poètes qui l’ont le plus inspiré, Mörike (« Das verlassene Mägdlein », quasi murmuré), Eichendorff (« Die Nacht », aux limites extrêmes de la matière vocale) et Goethe bien sûr, avec un « Prometheus » qui couronne l’ensemble et montre Boesch à l’autre extrême de ses possibilités vocales, avec une puissance d’évocation majestueuse.
La sélection de lieder de Brahms qui fait le pont entre les deux monuments wolfiens est parfaitement choisie et interprétée avec autant de tendresse (« Dein blaues Augen ») que de recueillement (dans les deux Volkslieder) et d’humour (« Blinde Kuh »).
Malcolm Martineau, accompagnateur attitré du baryton pour ses enregistrements, se montre parfait d’un bout à l’autre de ce passionnant récital, soutien et inspirateur de la voix avec un souci constant du style romantique de Brahms et de la versatilité si singulière du piano de Wolf.
Olivier Brunel
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