About us / Contact

The Classical Music Network

CD

Europe : Paris, Londn, Zurich, Geneva, Strasbourg, Bruxelles, Gent
America : New York, San Francisco, Montreal                       WORLD


Newsletter
Your email :

 

Back

04/11/2012
Anton Bruckner : Symphonies n° 4 en mi bémol «Romantique» (édition Nowak), n° 7 en mi (édition Nowak) et n° 9 en ré mineur (Finale complété par William Carragan)
Philharmonie Festiva, Gerd Schaller (direction)
Enregistré en concert à l’Abteikirche d’Ebrach (29 juillet 2007 [Quatrième], 29 juillet 2008 [Septième] et 1er août 2010 [Neuvième] – 214’16
Coffret de quatre disques Profil Hänssler PH 11028 (distribué par Intégral) – Notice bilingue (allemand et anglais) de Wolfgang Teubner et Andrea Braun





Même si la profusion des festivals de musique classique en période estivale peut en partie l’expliquer, force est de constater que le festival d’Ebrach demeure très confidentiel. Bourgade d’à peine 2000 habitants nichée au cœur de la Bavière, Ebrach, connue pour ses monuments de style rococo, notamment une immense église cistercienne, abrite donc également un festival de musique qui, sous la houlette du chef Gerd Schaller, explore les contrées des répertoires baroque, classique et romantique. Au cours de l’été 2012, outre notamment Mozart, Schubert, Vivaldi et Mendelssohn, le festival permettra d’entendre également la très rare Missa pro defunctis en ré mineur de Franz von Suppé et la Huitième Symphonie d’Anton Bruckner (1824-1896). Le maître de Saint-Florian est d’ailleurs un des compositeurs de prédilection de ce festival comme en témoigne le présent coffret qui regroupe ses trois symphonies les plus célèbres, la parution des trois premières symphonies étant d’ores et déjà annoncée chez Profil Hänssler au cours de l’année 2012.


Même si la discographie est évidemment d’une grande richesse où les références absolues ne se comptent plus, ce coffret n’en constitue pas moins une très belle surprise, à commencer par la Quatrième Symphonie, qui est magnifique. Natif de Bamberg, exerçant essentiellement son activité en Allemagne tant à l’opéra que dans le répertoire instrumental, Gerd Schaller demeure en grande partie un chef inconnu en France; il en va de même pour la Philharmonie Festiva qui, à l’instar d’un certain nombre d’ensembles (l’Orchestre du KlangVerwaltung ou celui du festival de Lucerne par exemple), est un orchestre de circonstance qui ne se forme que pour jouer lors du Festival d’Ebrach. Pourtant, ce manque de visibilité «médiatique» ne donne pas moins de très beaux résultats dans la Romantique, l’orchestre étant de tout premier ordre (à commencer évidemment par les cuivres!). Le premier mouvement (Bewegt, nicht zu schnell) est magnifiquement conduit, Schaller prenant son temps pour donner à chaque phrase tout son sens. Apaisés dans le second mouvement, vifs dans le Scherzo, Schaller et son orchestre emportent totalement la conviction dans un Finale (Bewegt, doch nicht zu schnell) confondant de beauté et de solennité.


Tout aussi convaincante, la Septième Symphonie, peut-être l’œuvre la plus connue d’Anton Bruckner. Dès l’entrée en scène des violoncelles dans l’Allegro moderato, l’ampleur des cordes flatte l’oreille et souffre assez aisément la comparaison avec des phalanges autrement plus prestigieuses. Schaller conduit l’ensemble du mouvement avec une très grande finesse, menant notamment les crescendo avec une tenue extraordinaire. L’Adagio est parfaitement réussi, le chef laissant l’orchestre respirer et le son s’épanouir comme il convient (le contraste entre les forte des cuivres et la finesse des cordes vers 19’). Si le troisième mouvement est également d’une superbe facture, le dernier mouvement tend pour sa part à se perdre un peu, le chef n’ayant semble-t-il pas l’inspiration qui présidait au reste de la symphonie: on ressent quelques tunnels qui font de cette version une très bonne version alors qu’elle aurait pu être de tout premier ordre.


Plus discutable, la Neuvième Symphonie conclut ce coffret de manière inédite puisque Schaller dirige la version avec son Finale établi par le musicologue William Carragan et datant de 2010, mouvement sur lequel le compositeur travaillait le jour même de sa mort en octobre 1896. Se fondant sur divers notes et manuscrits de Bruckner lui-même, esquisses plus ou moins achevées, complété par de nouvelles découvertes faites ces dernières années (notamment en 2003), ce Finale comprend indéniablement des accents dignes de la main même de Bruckner mais... Mais, même si le Requiem de Mozart a été complété par Süssmayr, même si la Dixième Symphonie de Mahler l’a été par Cooke, même si la Troisième Symphonie de Elgar l’a été par Payne, faut-il applaudir à la présente reconstitution? A notre avis, cette intention, aussi louable soit-elle, n’est pas convaincante à deux égards (pas plus d’ailleurs que les précédentes qu’ont pu, par exemple, diriger Nikolaus Harnoncourt à la tête du Philharmonique de Vienne ou Eliahu Inbal à la tête de l’Orchestre symphonique de la radio de Francfort). D’une part, on sait combien Bruckner a pu, à maintes et maintes reprises, remettre ses symphonies sur le métier, n’étant sûr de rien, en proie aux vicissitudes du compositeur insatisfait et perméable à tout avis extérieur. Comment, dès lors, accepter que soit figé tout un mouvement de symphonie alors que Bruckner n’en était qu’aux esquisses? D’autre part, et c’est là certes un goût personnel, comment admettre que cette symphonie, explicitement dédiée «à Dieu», qui se termine habituellement par cet immense Adagio totalement aérien et surnaturel, ne se conclut cette fois-ci par des cuivres éclatants? Outre ces éléments subjectifs, la présente gravure souffre d’une pesanteur excessive notamment dans le premier mouvement (Feierlich. Misterioso), qui nuit à l’élan de l’œuvre, le statisme guettant en plus d’une occasion (notamment au début du troisième mouvement).


Pour autant, il n’en demeure pas moins que, compte tenu de leur réussite globale dans ce répertoire, la Philharmonie Festiva et son chef Gerd Schaller sont des artistes à suivre: on attend avec impatience les prochains opus de cette intégrale brucknérienne.


Le site de Gerd Schaller
Le site du Festival de musique d’Ebrach


Sébastien Gauthier

 

 

 

Copyright ©ConcertoNet.com