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Joie de vivre

Paris
Salle Pleyel
03/19/2012 -  
Béla Bartók : Chansons paysannes hongroises, sz. 100, BB 107 – Concerto pour piano n° 2, sz. 95, BB 101
Franz Schubert : Symphonie n° 9 en do majeur, D. 944, «La Grande»

Dezsö Ránki (piano)
Budapesti Fesztiválzenekar, Iván Fischer (direction)


I. Fischer (© Sonja Werner)


Il est dommage que le public ne soit pas venu plus nombreux salle Pleyel pour cet unique concert parisien donné par l’Orchestre du Festival de Budapest, phalange créée par Iván Fischer et Zoltán Kocsis en 1983. Peut-être le nom de Béla Bartók continue-t-il d’effrayer certains par la modernité de ses tons et couleurs? Toujours est-il que c’est bien lui qui est encore au programme de la première partie de ce concert, compositeur qui fait véritablement office de pain quotidien pour Iván Fischer et les siens, que ce soit au concert ou au disque.


En guise d’ouverture étaient données les Chansons paysannes hongroises (1933), œuvre originellement destinée au piano dont il existe également une version pour flûte et orchestre à cordes de la main de Béla Bartók (1881-1945) lui-même. On ne compte plus ses compositions qui puisent leurs racines et leurs inspirations dans le folklore hongrois, à commencer par sa célèbre Suite de danses (1923). La première partie de ces Chansons paysannes est une «Ballade» qui, d’emblée, donne à l’orchestre toute sa mesure. Etrangement disposé (les vents occupent les premiers rangs, les cordes ceux à partir du deuxième, les timbales sont presque au milieu de l’ensemble, le fond de la scène étant occupé par une rangée impeccable de six contrebasses), l’Orchestre du Festival de Budapest fait entendre des cordes somptueuses au volume impressionnant. La deuxième partie (la plus longue même si elle ne fait que six minutes environ sur une œuvre qui n’en dépasse pas dix) est immédiatement folklorique dans ses tonalités, qu’il s’agisse des cuivres ou des bois, notamment le hautbois qui, un peu à l’image de ce que l’on entend dans le dernier mouvement du Concerto pour orchestre, lance l’ensemble des musiciens dans la dernière partie de l’œuvre avec une vigueur communicative.


Plus connue évidemment, la deuxième œuvre au programme, le Deuxième Concerto pour piano (1930-1931), se voulait, dans l’esprit du compositeur, un contrepoids au très âpre Premier Concerto (1926). Béla Bartók, souhaitant notamment que son nouvel opus comporte «moins de difficultés pour l’orchestre», choisit de les confier au soliste. En remplaçant András Schiff, souffrant, Dezsö Ránki récidive, lui qui, voilà près de quinze ans, avait déjà été choisi pour remplacer au pied levé Zoltán Kocsis dans ce même concerto au cours d’un concert qui comportait notamment... les Chansons paysannes hongroises! Il est fort regrettable que ce pianiste hongrois peu connu ne le soit pas davantage et ne joue pas plus fréquemment en France car le résultat fut époustouflant: quelle leçon! Virtuose dans les deux mouvements extrêmes, rêveur à la limite d’une apparente indifférence dans le deuxième, il embrasse le concerto avec une incroyable maîtrise, sans effusion aucune, ses mains allant toujours plus vite, l’une passant par dessus l’autre avec virtuosité, ses doigts jonglant avec les innombrables difficultés techniques de la partition. Dezsö Ránki rend ainsi pleinement justice aux intentions diversifiées de la partition, accompagné au surplus par un excellent orchestre (trompettes, percussions, flûte). Le Finale enflamme définitivement la salle qui, rejointe immédiatement par les musiciens sur scène, acclament le soliste à juste raison. Au bout de quatre rappels, celui-ci offrit tout de même un cadeau au public, interprétant avec beaucoup de finesse «Doctor Gradus ad Parnassum», première pièce de Children’s corner de Claude Debussy, un de ses bis de prédilection (voir ici).


Après un tel sommet, la Neuvième Symphonie (1826) de Franz Schubert (1797-1828) a donné un sentiment d’inachevé. Encore une fois, on ne peut que louer la très bonne tenue de l’orchestre qui, après une magnifique entrée du cor solo dans le premier mouvement (Andante - Allegro ma non troppo), a de nouveau permis aux bois (quels hautbois et clarinette solos!) et aux cordes de faire montre de tous leurs talents. En revanche, la conception d’Iván Fischer est difficile à suivre et l’on regrette en plus d’une occasion une direction nonchalante, pour ne pas dire clownesque, en tout cas volontairement grandiloquente, sans qu’un surcroît d’efficacité s’en ressente. Pour autant, le résultat fut globalement bon et chaleureusement salué par les spectateurs. Après leur avoir demandé en français s’ils souhaitaient que le bis soit de Schubert ou de Bartók, Iván Fischer et l’Orchestre du Festival de Budapest n’en donnent pas moins de quatre (deux bis en hommage à chaque compositeur), de très courtes pièces aux couleurs dansantes ou poétiques. Et si un jour on lui proposait de diriger à Vienne un 1er janvier: le résultat pourrait sans nul doute être plus qu’intéressant...


Le site de l’Orchestre du Festival de Budapest



Sébastien Gauthier

 

 

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