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Vive la Pologne, Monsieur !

Paris
Salle Pleyel
11/11/2011 -  
Karol Szymanowski : Ouverture de concert en mi majeur, opus 12
Frédéric Chopin : Concerto pour piano et orchestre n° 2 en fa mineur, opus 21
Felix Mendelssohn : Symphonie n° 4 en la majeur «Italienne», opus 90

Rafal Blechacz (piano)
Sinfonia Varsovia, Grzegorz Nowak (direction)


G. Nowak>


Beau concert polonais dans le cadre de la présidence européenne. De Menuhin à Marc Minkowski, le Sinfonia Varsovia s’est maintenu à un incontestable niveau d’excellence, pouvant désormais aborder tous les répertoires. On eût aimé qu’il offre, pour ce concert parisien, un programme entièrement polonais : plutôt que d’entendre pour la énième fois la Symphonie italienne, nous aurions pu, par exemple, (re)découvrir un poème symphonique de Karlowicz… Mais Grzegorz Nowak, principal chef associé du London Philharmonic, qui mène depuis longtemps une brillante carrière internationale, s’y est montré si convaincant qu’on a vite rendu les armes. Dès l’Allegro vivace, tout séduit : l’équilibre des plans sonores, la clarté des lignes, la vivacité du geste. L’Andante con moto ne se dilue pas, ensuite, dans une lenteur excessive, il coule de source. Dans l’effervescence du Saltarello final, le chef se montre aussi coloriste que rythmicien, ferme et souple, attentif aux détails. On aime décidément beaucoup cette approche chambriste et pourtant généreuse, bondissante et structurée. Mendelssohn confirmait à la fois une technique et un tempérament, qu’avait d’abord révélés l’Ouverture de concert de Szymanowski, dont l’exaltation dionysiaque et conquérante, très straussienne d’esprit, ne pouvait trouver meilleur interprète. Poussé dans ses limites, notamment par des tempos vifs, l’orchestre suivait le chef sans faiblir.


L’orchestre du Second Concerto de Chopin, du coup, si souvent cantonné à un accompagnement condescendant, prenait un singulier relief, où l’on reconnaissait la patte d’un chef habitué au théâtre. Un orchestre digne du lauréat du Concours Chopin 2005, aujourd’hui âgé de vingt-six ans, qui n’a cessé de mûrir et d’enrichir son répertoire. On retrouve ici le Rafal Blechacz du CD dirigé par Jerzy Semkow (voir ici), avec un Maestoso auquel le jeune pianiste donne son juste poids, d’une fraîcheur, d’une clarté, d’une précision rappelant que Chopin fréquentait assidûment son Bach et son Mozart. Le jeu reste pourtant très concentré, n’a rien de superficiel ; quelque chose rappelle ici une certaine tradition polonaise, illustrée par un Rubinstein ou par un Zimerman, à l’opposé des libertés fantasques d’un Paderewski. C’est ainsi qu’on doit jouer les Concertos de Chopin, sans anticiper sur la grande maturité. Le Larghetto rappelle heureusement la passion du musicien pour le bel canto, avec ce qu’il faut de dramatisation dans le récitatif de la partie centrale. L’Allegro vivace final a la légèreté bondissante de certaines mazurkas. Superbe Polonaise en la bémol comme premier bis, notamment par la maîtrise de la main gauche dans l’obstination des octaves, débarrassée de toute exaltation patriotique, rendue à la musique comme le voulait Szymanowski. Poétique Mazurka en la mineur, enfin, pure de son, sans surenchère dans la nostalgie. Rafal Blechacz sera sans doute l’un des grands pianistes de demain.



Didier van Moere

 

 

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