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Historique

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La Monnaie
06/11/2011 -  et 14, 15, 17, 19*, 21, 23, 24, 26, 28, 30 juin 2011
Giacomo Meyerbeer : Les Huguenots
Marlis Petersen*/ Henriette Bonde-Hansen (Marguerite de Valois), Mireille Delunsch*/ Ingela Brimberg (Valentine), Yulia Lezhneva*/Blandine Staskiewicz (Le page Urbain), Eric Cutler*/John Osborn (Raoul de Nangis), Philippe Rouillon (Comte de Saint-Bris), Jean-François Lapointe (Comte de Nevers), Arnaud Rouillon (De Retz), Jérôme Varnier*/François Lis (Marcel), Xavier Rouillon (Cossé), Avi Klemberg (Tavannes), Marc Labonnette (Thoré), Frédéric Caton (Méru), Camille Merckx (Une dame d’honneur, Une Bohémienne), Tineke Van Ingelgem (Une coryphée, Une Bohémienne), Ronan Collett (Maurevert, Un moine), Olivier Dumait (Bois-Rosé, Un moine), Marc Coulon (Un valet), Marta Beretta*, Françoise Renson*/ Birgitte Bonding, Adrienne Visser (Deux jeunes filles catholiques), Jacques Does (Un archet du guet), Alain-Pierre Wingelinckx (Un étudiant catholique, Un coryphée), Charles Dekeyser (Un moine), Bernard Giovani, Pascal Macou (Deux coryphées)
Chœurs de la Monnaie, Martino Faggiani (chef des chœurs), Orchestre symphonique de la Monnaie, Marc Minkowski (direction)
Olivier Py (mise en scène), Pierre-André Weitz (décors et costumes), Bertrand Killy (éclairages)




Pour conclure sa saison, la Monnaie met les petits plats dans les grands et joue la carte de l’audace en proposant une nouvelle production des Huguenots (1836) de Meyerbeer qu’elle réalise avec l’Opéra national du Rhin, qui la présentera, à son tour, dans une distribution sensiblement différente, du 14 au 28 mars prochain à Strasbourg puis les 13 et 15 avril à Mulhouse. Marc Minkowski rêvait depuis des années de diriger cet opéra si populaire en son temps, si négligé ensuite à cause, pour l’essentiel, du succès rencontré par Verdi et Wagner, lequel n’épargnera d’ailleurs pas son auteur. Si l’on en croit les Mille et un opéras de Piotr Kaminski (Fayard), le chiffre de mille représentations aurait été atteint à l’Opéra de Paris au tout début du siècle dernier mais, selon les archives digitales, la Monnaie a représenté pour la dernière fois Les Huguenots… en 1935. La « grande boutique » n’a pas fait mieux depuis. Un vrai purgatoire, en somme. Débouté par « un grand théâtre parisien », pour reprendre le terme qu’il utilise ironiquement dans un entretien reproduit dans le programme, le fondateur des Musiciens du Louvre a pu compter sur le flair de Peter de Caluwe dont l’excellence du travail à la tête de la maison n’est plus à démontrer. Pour concrétiser ce projet, la mise en scène est confiée à un homme de talent : persuadé, à juste titre, de la valeur de cet ouvrage, Olivier Py apparaît à l’affiche de ce théâtre pour la première fois.


Le « grand opéra » est pétri de conventions et de codes malaisés à comprendre aujourd’hui. Il convient de s’en accommoder avec un regard neuf, ce que réalise le metteur en scène qui ne recherche pas la reconstitution historique au sens strict mais opte pour l’évocation d’un passé légendaire en jouant sans complexe sur les anachronismes. La thématique centrale des Huguenots – le conflit entre catholiques et protestants – est traitée avec acuité, en illustrant les répercussions que peuvent engendrer les relations amoureuses sur l’Histoire. L’opéra joue d’ailleurs de façon passionnante sur les contrastes entre l’intimité et la foule, entre légèreté et gravité, ce que souligne avec un rare bonheur ce spectacle, grandiose comme un péplum mais sans pompe et démesure excessives. Monumental et évoquant ces machineries d’antan qui ont contribué au succès du genre, le décor de Pierre-André Weitz, collaborateur régulier d’Olivier Py, recrée des façades Renaissance dans une matière semblable au bronze. Les costumes, et dans une certaine mesure les objets (mitraillettes...), évoquent tantôt un passé lointain, tantôt les heures les plus sombres du XXe siècle, comme dans la scène du cinquième acte qui représente le massacre sommaire de la Saint-Barthélémy, d’un effet absolument saisissant lorsqu’une sorte de Robocop doré frappe violemment des croix de bois sur une table renversée. Dans ce contexte pour le moins tragique et politiquement tendu, le plaisir des hommes et la sensualité des femmes ont malgré tout droit de cité, ce qu’illustrent les deux premiers actes, sur les terres du comte de Nevers, où se tiennent des réjouissances durant lesquelles ces messieurs ne peuvent s’empêcher de se mettre torse nu, puis dans le parc du château de Chenonceau dans lequel se prélassent Marguerite de Valois, une femme de toute évidence libérée, et sa suite. Evocatrice de la Grèce antique, la nudité des servantes, certes explicite, n’a rien de déplacé. Comme le chef recourt à une édition en cours apparemment fort complète possible, le spectacle dure cinq heures, pauses comprises, mais il est fort à parier que le public ne les voie pas passer.



(© Clärchen und Mathias Baus)


L’impression d’intense satisfaction ressentie à l’issue de la représentation provient également de l’excellence avec laquelle la musique est défendue. Le défi consiste à dénicher sept voix d’exception, pas moins, pour défendre les rôles principaux avec toute la force mais aussi l’agilité requises. Meyerbeer avait pour habitude d’écrire sur mesure pour les chanteurs de son temps, il s’agit de ne pas l’oublier, aussi faut-il se réjouir de la distribution qui dispose des moyens requis et, de surcroît, soigne la prononciation française, au point que la lecture des sous-titres s’avère souvent superflu. Les dames, d’abord, qui abordent leur personnage pour la première fois : Marlis Petersen (Marguerite de Valois), dans une robe blanche suggestive au deuxième acte, procure de stimulants moments de bel canto – le timbre reste affaire de goût – au même titre que Mireille Delunsch (Valentine), mais celle qui retient le plus l’attention est la toute jeune Yulia Lezhneva (née en 1989), protégée de Minkowski : (vraiment) petite par la taille mais grande par le talent, elle croque un page Urbain absolument adorable et au sourire malicieux. Dans le rôle de Raoul de Nangis, Eric Cutler fait bon usage de sa technique, notamment lorsqu’il s’engage dans les aigus, et réalise une prestation creusée et sincère. Philippe Rouillon, dont les fils Xavier et Arnaud participent également à l’aventure, met son art consommé de la déclamation au service d’un mémorable Comte de Saint-Bris, un personnage qu’il a déjà eu l’occasion d’interpréter. Jean-François Lapointe ne manque pas d’impressionner dans le rôle du Comte de Nevers grâce à un style impeccable. Jérôme Varnier, authentique basse chantante, compose quant à lui un Marcel de premier ordre, une prise de rôle réussie et accueillie comme il se doit lors des saluts. Qui oserait encore affirmer qu’il n’existe plus de voix pour ce répertoire ?


Préparés par Martino Faggiani, les Chœurs de la Monnaie livrent une prestation charpentée et convaincante. Ils n’ont plus rien à prouver depuis longtemps, de même que l’Orchestre symphonique de la Monnaie, qui se montre sous un très grand jour : pâte homogène, à la fois consistante et transparente, jeu collectif engagé, svelte et nerveux, dans le bon sens du terme. Les nombreuses interventions solistes (violoncelle, contrebasse, clarinette, flûte, basson, pour n’en citer que quelques uns) se distinguent par leur précision et leur éloquence. Au risque de se répéter, les partitions d’orchestre du répertoire lyrique du début du XIXe siècle, souvent et incorrectement jugées trop faibles, nécessitent d’être défendues avec conviction et un solide savoir-faire. Le mérite revient à Marc Minkowski dont la direction amoureuse, scrupuleuse mais aussi idéalement tendue conduit à un résultat stupéfiant de beauté, sans toute cette vulgarité et cette platitude que des préjugés aussi injustes que tenaces pouvaient faire craindre. Oui, Les Huguenots comporte des pages d’une réelle poésie. Le « grand opéra » bénéficie-t-il d’un regain d’intérêt pour de bon ? Suite à cette production historique, et pourquoi pas sous l’impulsion du Palazzetto Bru Zane, il est permis de l’espérer.



Sébastien Foucart

 

 

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