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Rareté wébérienne

Toulouse
Théâtre du Capitole
04/19/2011 -  et 22, 24*, 26, 29 avril 2011
Carl Maria von Weber : Oberon, J. 306

Klaus Florian Vogt (Huon de Bordeaux), Ricarda Merbeth (Rezia), Tansel Akzeybek (Obéron), Arttu Kataja (Scherasmin), Roxana Constantinescu (Fatime), Silvia de La Muela (Puck), Adrineh Simonian (Une nymphe), Volker Muthmann (Récitant)
Chœur du Capitole, Alfonso Caiani (chef de chœur), Orchestre National du Capitole, Rani Calderon (direction musicale)
Daniele Abbado (mise en scène), Angelo Linzalata (décors), Giada Palloni (costumes), Guido Levi (lumières), Luca Scarzella (vidéo), Simona Bucci (chorégraphie)


R. Merbeth (© Patrice Nin)


C’est une vraie rareté que propose en ce moment le Théâtre du Capitole avec Obéron, l’ultime chef-d’œuvre de Carl Maria von Weber. Créé en 1826 au Covent Garden de Londres en anglais, cet «opéra romantique» est cependant quasiment toujours donné de nos jours dans la traduction allemande que Theodor Hell conçut pour l’Opéra de Leipzig où l’œuvre fut présentée quelques mois après sa première londonienne. Les représentations capitolines n’échappent malheureusement pas à cette règle. Les dialogues parlés originaux ont par ailleurs été remplacés par un texte écrit par la dramaturge Ruth Orthmann et confiés à un comédien. Il est vrai que monter cet opéra est un véritable casse-tête pour n’importe quel théâtre lyrique tant il existe de versions différentes et tant l’histoire d’Obéron, avec sa multitude de personnages et ses situations hybrides, rendent épineuse sa reprise à la scène.


Mais c’est avec brio que Daniele Abbado, fils du divin Claudio, relève la gageure en résolvant les embûches dramaturgiques inhérentes au testament de Weber. C’est sur un plateau presque nu les trois actes durant (hors une passerelle descendant de temps à autre des cintres et portant les choristes) que se déroule le spectacle. Grâce à une solide direction d’acteurs et surtout à l’utilisation efficace et suggestive d’images vidéo projetées sur le fond de scène (évoquant les différents lieux/éléments où l’action est censée se dérouler), le metteur en scène italien anime sans cesse le plateau. Force est de reconnaître qu’il est formidablement aidé en cela par le Narrateur-Acteur Volker Muthmann (magnifique!) qui unit et explicite, avec un talent et une présence remarquables, les différents tableaux aussi bigarrés que complexes qui émaillent l’ouvrage. Mentionnons également l’important travail chorégraphique de Simona Bucci qui, loin d’égarer l’attention des spectateurs, enrichit au contraire de prolongements inattendus une musique aux délicates arabesques et à l’atmosphère fantastique.


Pour rendre pleinement justice à cette musique raffinée, chaînon manquant entre le dernier Mozart (Die Zauberflöte) et le premier Wagner (Die Feen), le Capitole a su engager un plateau vocal sans faille. A commencer par le Huon de Klaus Florian Vogt, dont la beauté des pianissimi n’a d’égale que la pureté d’un timbre à nul autre pareil. Splendide Adolar la saison dernière à la Halle aux grains (dans l’Euryanthe du même Weber), le ténor allemand déploie à nouveau son prodigieux phrasé et assume crânement les périlleuses vocalises dont est hérissé son grand air du I («Von Jugend auf in dem Kampfgefild»). La Prière de l’Acte II («Vater!») est pour sa part susurrée et transporte bien loin l’auditoire. Seuls quelques aigus insuffisamment contrôlés (fatigue passagère?) viennent porter quelquefois une légère ombre à une prestation en tout autre point fascinante.


La Rezia de Ricarda Merbeth atteint les mêmes sommets. Après les vocalises complexes et flamboyantes (et parfaitement négociées!) de son premier air «Warum musst du schlafen», elle délivre le fameux «Ozean! Du Ungeheuer» du II avec le déferlement sonore attendu, en se jouant par ailleurs des redoutables écarts qu’il comporte. La cavatine du III («Traure, mein Herz»), sublime complainte mélancolique, est enfin délivrée avec lyrisme et émotion, la soprano allemande offrant ainsi un portrait aussi complet que convaincant, vocalement parlant, du rôle de Rezia. Seul (petit) bémol, la voix accuse désormais un léger vibrato en début de prestation, mais, une fois échauffée, ce problème disparaît assez vite.


Le ténor turc Tansel Akzeybek offre au roi des elfes, alias Obéron, un timbre chaleureux et un chant à la souplesse admirable, d’une musicalité toute mozartienne. L’acteur n’est pas en reste et confère beaucoup de noblesse à ce personnage fantasmatique. La mezzo roumaine Roxana Contantinescu incarne une Fatime de bonne tenue, au chant charnu et à la prestance naturelle.
Dans le rôle de Sherasmin, écuyer de Huon (personnage qui fait étrangement écho, autant vocalement que dramatiquement, à celui de Papageno), le baryton finlandais Arttu Kataja en impose avec sa voix puissamment timbrée, presque trop vaillante. De même, la mezzo d’origine espagnole Silvia de La Muela donne un beau relief au personnage de Puck, complice dévoué d’Obéron. Le court rôle de la Nymphe de la mer est lui aussi fort bien tenu par la mezzo irano-arménienne Adrineh Simonian.


Après nous avoir pleinement convaincu dans l’exécution en version concertante de la non moins rare Euryanthe l’an passé, Rani Calderon fait une nouvelle fois preuve de ses affinités particulières avec la musique de Weber, qu’il sert avec intelligence et probité. A la tête d’un Orchestre National du Capitole de Toulouse des grands jours, le chef israélien lorgne plus vers Mozart que vers Wagner – ce qui nous semble devoir être mis à son crédit – à travers une lecture musicale visant à un maximum de transparence, comme pour mieux mettre en exergue les innombrables sonorités nouvelles d’une partition visionnaire qui n’en finit pas d’étonner. Le Chœur du Capitole s’avère enfin, comme à l’accoutumée, irréprochable, admirablement préparé par Alfonso Caiani.


Un souhait en guise de conclusion: qu’une scène de l’Hexagone monte enfin l’ouvrage dans sa version anglaise, la dernière production scénique de la mouture originale datant, sauf erreur de notre part, de 1986, quand John Eliot Gardiner avait dirigé l’œuvre à l’Opéra de Lyon.



Emmanuel Andrieu

 

 

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