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Un bien terne Chevalier

London
Covent Garden
04/13/2004 -  et les 19*, 22, 24, 27 et 30 avril 2004.
Richard Strauss : Der Rosenkavalier

Angelika Kirchschlager (Octavian), Felicity Lott (Maréchale), Kurt Rydl (Baron Ochs), Simone Nold (Sophie), Eike Wilm Schulte (Faninal), Elizabeth Gale (Marianne), Adrian Thompson (Valzacchi), Kari Hamnoy (Annina), Piotr Beczala (le chanteur italien), Thomas Barnard, Donaldson Bell, John Heath et Andrew Sinclair (les laquais de la Maréchale), Ann Tudor Williams (une noble veuve), Celeste Gattai, Anna Sollerman et Andrea Hazell (trois nobles orphelines), Ha Young Lee (une modiste), Alan Duffield (un marchand d’animaux & un docteur), Alan Fairs (un notaire), Ray Hatch (un coiffeur), David Sullivan (Leopold), Harry Nicoll (majordome de Faninal), Alasdair Elliot (un aubergiste), Jeremy White (un commissaire de police), Tobi Oslbamowo (Mohammed).
William Dudley (décors), Maria Björnson (costumes), Robert Bryan (lumières), John Schlesinger (mise en scène)
Choeur et Orchestre du Royal Opera House
Charles Mackerras (direction)

Der Rosenkavalier compte parmi les plus belles pages musicales jamais écrites et c’est un opéra qui requiert une distribution de tout premier plan. L’affiche de cette nouvelle reprise au Covent Garden est à la hauteur des espérances car elle rassemble Felicity Lott, Maréchale ô combien troublante et imposante, et la mezzo autrichienne Angelika Kirschschlager, Octavian à la voix charmeuse…



La mise en scène de John Schlesinger (qui avait signé dans ces mêmes murs des Contes d’Hoffmann magnifiques, repris en janvier dernier) est très classique, voire trop. Certes on aurait tort de rester de marbre devant une production qui privilégie la lumière, les accessoires, les robes somptueuses, etc… quand les mises en scène actuelles donnent plutôt à voir des décors sombres et déprimants. Mais l’ennui, qui s’installe assez vite, est surtout dû à une direction d’acteurs assez inexistante et qui n’éclaire pas vraiment l’ouvrage. Les personnages sont assez statiques, sauf dans le troisième acte, et une certaine lenteur se dégage alors de la scène. Les décors de William Dudley sont absolument somptueux et remplissent entièrement le plateau du Covent Garden. Le premier acte se situe dans la chambre de la Maréchale et un lit à baldaquin trône au milieu de la pièce dont les murs sont richement ornés à l’aide de tissus du 18ème: au fond se détachent des représentations de scènes de chasse. Le second acte présente l’entrée du palais de Faninal et il faut reconnaître que c’est vraiment magnifique: deux escaliers en fer forgé vert-gris se rejoignent pour former une balustrade et les murs sont remplis des différents objets que collectionne le maître de maison mais sans que ce soit non plus un bric-à-brac, on remarque des tableaux serrés les uns contre les autres et des porcelaines rangées sans goût, signe du riche parvenu. Le troisième acte, le plus convaincant et scéniquement et musicalement, a lieu dans l’auberge, légèrement transformée en cabinet particulier d’où sortent des personnages avec des masques blancs d’animaux. Très joli et très efficace! Les costumes sont également très beaux puisque la Maréchale arrive dans toute sa splendeur au dernier acte avec une robe orange, remplie de broderie argentée. Sophie a aussi une très belle robe grise au deuxième acte qu’elle échange contre une robe de mousseline pour la conclusion de l’intrigue. Les femmes plus âgées ont généralement des robes noires mais totalement brodées.


Felicity Lott a déjà beaucoup chanté le rôle de la Maréchale et, même si la voix n’est plus aussi brillante que dans ses apparitions précédentes, elle sait utiliser la pureté de son instrument pour conférer une douleur à cette femme qui renonce à l’amour et, dans un certain sens, à la vie. Elle brosse le portrait d’une dame noble qui veut rester jeune (sorte de Belle Hélène) au début de l’opéra, comme en témoigne la légèreté de sa voix sur “du bist mein Bub”, mais qui comprend bien vite après la visite du Baron que son “bonheur” est éphémère et qu’elle n’est plus une jeune fille: la voix s’assombrit alors et Felicity Lott prend des attitudes plus graves notamment dans la phrase “wo ist sie jetzt” où elle prend une voix assez alanguie. Après avoir assez mal commencé le trio final “Hab’ mir’s gelobt”, elle se rattrape merveilleusement dans les mesures suivantes et elle soutient l’ensemble avec des sons tenus d’une grande clarté. La chanteuse apporte aussi beaucoup de sens aux mots comme dans la scène où elle pousse Octavian vers Sophie et qu’elle parle de “Medizin”: les “i” sont alors très vifs et scintillants tandis que toutes les syllabes sont détachées. Une bien touchante Maréchale!
Angelika Kirschschlager reprend le rôle d’Octavian avec un grand succès mais elle semble moins en forme qu’à la Bastille en 2002. Elle campe un superbe chevalier tout de blanc vêtu pour la présentation de la Rose et apporte une fraîcheur au personnage. Mais il est parfois difficile de reconnaître le timbre si particulier et chaleureux de sa voix si ce n’est dans le superbe début “Wie du warst” où elle commence très doucement sur un crescendo. En revanche elle est excellente dans son interprétation de Mariandel, revenant par quelques gestes furtifs à Octavian, et ses “nein, nein, ich trink’kein Wein” sont remplis d’humour et elle n’hésite pas à nasaliser les notes ou à enlaidir les “è”.
Kurt Rydl est un des meilleurs Ochs que l’on peut entendre actuellement et il en fait ce soir la démonstration. Il apporte tout son talent à ce rôle qu’il connaît parfaitement et s’y montre très à l’aise autant scéniquement que vocalement. Il est un Baron assez repoussant, voire grossier, dans la scène avec Sophie où il lui chante sa valse, mais il sait aussi être assez ridicule dans le dernier acte et surtout complètement dépassé par la suite d’événements qui se précipitent entre ses “enfants” qui se mettent à crier, l’arrivée de Faninal, etc… Mais c’est surtout en fiancé désagréable qu’il se montre le plus convaincant et le plus attachant car pour chanter sa chanson, qui devient alors une sorte de rengaine, il allège la voix, traîne sur certaines notes… Scéniquement Kurt Rydl est un blessé criant de vérité quand il reçoit un coup d’épée malencontreux d’Octavian et il se jette alors dans un fauteuil sous l’effet de la douleur et de l’humiliation. Un grand chanteur et un acteur subtil!
Sophie est agréablement chantée par la jeune Simone Nold qui débute d’ailleurs au Covent Garden. Si elle peine un peu dans les aigus de la présentation de la Rose, elle déploie un superbe medium, fourni et riche de couleurs dans les parties plus centrales. La chanteuse présente une Sophie assez déterminée et qui sait ce qu’elle veut, et notamment ne pas épouser le Baron.
Eike Wilm Schulte est excellent dans le rôle de Faninal: il donne l’image d’un père assez aimant et il est aux petits soins pour le Baron, quitte à être un petit peu ridicule quand il sautille de contentement à l’arrivée de Ochs. Vocalement il appuie certains mots pour les mettre en relief notamment dans son entrée en scène ou quand il se met en colère contre Sophie avec les notes piquées, sur “Sir heirat’ihn!”, empreintes d’un énervement à peine contenu. Le chanteur parvient ainsi à dégeler quelque peu l’ambiance assez froide de ce deuxième acte.
Les rôles plus secondaires sont très bien tenus à commencer par ceux des entremetteurs Annina et Valzacchi. Si Adrian Thompson dévoile un timbre assez ingrat, mais qui convient parfaitement à ce personnage, Kari Hamnoy possède des graves veloutés et éblouissants et il serait très intéressant de la réentendre dans un rôle plus long. Piotr Beczala fait une apparition remarquée, mais courte, dans le rôle du ténor ridicule: la mise en scène est assez inventive à ce moment puisque le chanteur arrive, la gorge ostensiblement emmitouflée dans un foulard, accompagné de son impresario et fait des manières avant d’exécuter son air. Vocalement il cerne parfaitement le personnage et apporte le ridicule nécessaire à cette page et toute l’émotivité déplacée qu’il faut y placer notamment en faisant sonner ses aigus et en les tenant démesurément. Le commissaire de Police est chantée par Jeremy White qui présente une voix puissante, stable: dommage que son rôle ne soit pas plus long…A noter aussi l’interprétation savoureuse du maître d’hôtel, Alasdair Elliot, et celle des trois orphelines, Celeste Gattai, Anna Sollerman et Andrea Hazell, qui entament leur chanson sur un rythme assez plaintif mais ironique.


La direction de Charles Mackerras semble très prometteuse dès les premières notes et il interprète avec beaucoup d’élégance et de douceur l’ouverture. Mais dès l’entrée des solistes, tout devient assez confus et cette impression dominera le reste de la représentation. Ce n’est que lorsque le chef n’a à accompagner qu’un seul chanteur que l’on retrouve ses grandes qualités comme dans le fameux “Da geht er hin” où, avec Felicity Lott, ils font de ce passage un véritable hymne à la vie passée, très mélancolique. Quelques beaux passages sont à signaler comme la valse du Baron, thème récurrent dans l’opéra, à laquelle Charles Mackerras confère une certaine douleur.



Cette reprise du Rosenkavalier possédait tous les atouts pour être un événement musical passionnant mais malgré de bons moments, on sort de l’opéra avec une impression assez mitigée, sans trop savoir pourquoi: des chanteurs pas au mieux de leur forme, un chef talentueux mais qui n’arrive pas à discipliner un orchestre, une mise en scène fastueuse mais inefficace… Dommage!







A noter:
- Warner Music vient d’éditer en DVD une représentation de Der Rosenkavalier enregistrée en 1985 au Covent Garden dans cette même production avec Kiri te Kanawa, Anne Howells et Barbara Bonney sous la direction de Georg Solti.
- Felicity Lott et Angelika Kirchschlager seront au Théâtre des Champs-Elysées le 11 mai 2004 pour des duos Brahms, Schubert, Schumann…


Manon Ardouin

 

 

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