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Les élégances de Serse

Paris
Théâtre des Champs Elysées
11/12/2003 -  15, 17, 21, 23, 25 novembre
Georg Friederich Haendel : Serse
Anne Sofie von Otter (Serse), Elisabeth Norberg-Schulz (Romilda), Sandrine piau (Atalanta), Silvia Tro Santafé (Amastre), Lawrence Zazzo (Arsamene), Giovanni Furlanetto (Ariodate), Antonio Abete (Elviro)
Gilbert Deflo (mise en scène), William Orlandi (décors et costumes), Jean-Pascal Pracht (lumières)
Orchestre et Choeur Les Arts Florissants, William Christie (direction)

Malgré la célébrité du titre, il s'agissait, sauf erreur, de la première représentation à Paris dans une production scénique de ce bijou que Winton Dean résumait d'un mot célèbre : " les Noces de Figaro de Haendel. " Œuvre de la maturité, caressant le souvenir de l'opéra vénitien, où comédie et drame s'entrelacent en de fines miniatures déjouant les repères habituels du genre seria - ariettes échangées d'une voix à l'autre, surprises et rebondissements musicaux à foison sous l'apparente sobriété de l'inspiration mélodique. Il est facile de convaincre en prenant Serse au premier degré comme une fable orientale vive et enjouée, pus ardu d'en mettre à jour les reflets doux-amers et la profondeur des mécanismes psychologiques, ces inhibitions pudiques qui retiennent les personnages de se livrer aux grands éclats habituels, et donnent d'autres couleurs à la passion, à la jalousie, à la douleur et à la soif de liberté. Des couleurs, le spectacle de Gilbert Deflo et William Orlandi n'en manque pas, et son premier mérite est de ne pas aller à contresens de l'œuvre. Cadre scénique en toiles peintes et praticables tout de légèreté (mais rendu prosaïque par des éclairages peu imaginatifs), silhouettes aux mouvements étudiés. Ceux parmi les chanteurs qui ont su habiter d'un univers personnel leurs jolis costumes sont admirablement servis, on reste par ailleurs sur sa faim. Plus de bonheur évidemment à l'orchestre, dont la clarté très française et les délicates volutes filent une fantaisie mélancolique très séduisante, mais manquant parfois de puissance - on croit savoir que William Christie, forcé pour des raisons familiales à de fréquents allers-retours avec les Etats Unis, n'a pas eu la possibilité d'assurer toutes les répétitions, ceci explique peut-être cela. Une distribution irréprochable eût suffi à transcender ces faiblesses, mais c'est précisément le manque d'homogénéité du plateau qui pose problème. Rien d'indigne ni de spectaculaire dans les voix graves, mais une Amastre embarrassante de Silvia Tro Santafè, dont le timbre engorgé et cuivré peut avoir ses défenseurs, mais pas la vocalisation anarchique. Lawrence Zazzo impose une vraie présence, la projection est facile et les couleurs pleines, cependant de multiples accidents d'intonation laissent supposer une méforme qu'on souhaite passagère. La catastrophe de la soirée provient d'Elisabeth Norberg-Schultz, dans un rôle qui est le pivot dramatique de l'ouvrage : absence de soutien, phrasé et virtuosité passés à la moulinette, personnage indifférent. On regrette que le rôle ne soit pas allé plutôt à Sandrine Piau, qui perd dans la tessiture d'Atalante les avantages du timbre, mais conduit une ligne fluide et déliée en dépit de quelques extrapolations inutiles dans l'aigu. C'est donc Anne-Sofie Von Otter qui fera passer les seuls frissons de la soirée, malgré un volume toujours réduit que l'acoustique du Théâtre des Champs Elysées ne favorise pas. Dès " Ombra mai fu ", le phrasé parfaitement maîtrisé, le goût des ornements et des accents, la limpidité des aigus filés piano (quelques notes moins contrôlées par la suite), l'aisance dans une tessiture qui lui est naturelle emportent l'adhésion. Magnifique d'allure avec son habit et ses favoris noirs, elle trouve un équilibre idéal entre le comte Dracula et l'adolescent fleur bleue, l'inquiétant et le ridicule, l'ironie et l'émotion. L'élégance aérienne de chaque pas se fissure dans un dernier air de fureur formidablement chorégraphié, qui à lui seul cristallise la force théâtrale dont toute la production aurait dû être irriguée.


Vincent Agrech

 

 

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