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Sous des cieux tragiques Oviedo Auditorio Príncipe Felipe 11/04/2026 - et 30 (Bruxelles), 31 (Antwerpen) octobre, 1er (Madrid), 2 (Séville) novembre 2026 Joseph Haydn : Missa in angustiis en ré mineur « Lord Nelson », Hob. XXII:11
Wolfgang Amadeus Mozart : Requiem en ré mineur, K. 626 Gwendoline Blondeel (soprano), Marie Henriette Reinhold (alto), Raffaele Giordani (ténor), Sebastian Myrus (basse)
Ensemble Vox Luminis XL, Lionel Meunier (basse et direction), CAMERATA Salzburg, Gregory Ahss (violon et direction)
 (© Stéphane Guy)
La soirée a débuté par un hommage, prononcé par on-ne-sait-qui en direct depuis les coulisses ou pré‑enregistré, à la compositrice Marisa Manchado (1956‑2026), décédée dans le terrible accident ferroviaire d’octobre dernier près de Tolède. On ne pouvait qu’en être touché car, formée par Luis de Pablo et Franco Donatoni, rare compositrice, très engagée dans la promotion des femmes en musique, elle avait notamment écrit un troisième opéra tiré du grand roman réaliste, parfois comparé à Madame Bovary et se déroulant à Oviedo même, signé de Leopoldo Alas, dit « Clarín » : La Regenta. L’œuvre, particulièrement ambitieuse, avait été créée à Madrid en 2023 après vingt et un ans de gestation et redonnée dans la capitale de la Principauté des Asturies en 2025. Il est indiqué dans l’allocution que le Requiem de Mozart, programmé en seconde partie du concert, est dédié à la compositrice.
Mais la première partie du programme, donné les jours précédents à Séville puis Madrid avant d’être proposé à Salzbourg, est d’abord consacrée à l’une des quatorze messes de Joseph Haydn (1732‑1809), connue sous le nom de Messe Nelson. On pourrait évidemment être consterné de voir un chef français, Lionel Meunier, diriger une œuvre d’un compositeur autrichien, anglophile, célébrant un amiral anglais vainqueur de tristes batailles navales remportées sur la France. On se rassurera en rappelant que le nom de la messe est en fait un surnom donné a posteriori, semble‑t‑il à la suite du concert donné à l’occasion du passage de Nelson à Vienne en 1800. Elle avait été composée initialement auparavant en 1798 pour, simplement, des « temps d’angoisse » (Missa in angustiis), ce qui n’est pas la même chose. En tout cas, l’œuvre constitue une des compositions liturgiques majeures du compositeur. C’est ce qu’il faut retenir.
Lionel Meunier a choisi la version de 1803, celle aux effectifs plus étoffés où les cordes ont remplacé l’orgue prévu à l’origine pour des raisons économiques. Le chœur est placé en fer à cheval de part et d’autre de l’orchestre, les quatre solistes, membres aussi de son ensemble vocal belge Vox Luminis XL, étant au centre de la scène et se déplaçant sur un petit podium situé devant pour leurs interventions principales. Si la soprano, au rôle plus important que les autres solistes, ne convainc pas toujours, on est frappé par l’extraordinaire tenue de l’orchestre et du chœur, d’autant plus qu’il n’y a pas véritablement de chef. Le premier violon israélien Gregory Ahss se lève simplement pour les départs et Lionel Meunier, la partition complète en mains, signale depuis sa place de basse dans le chœur la battue de temps en temps. Tout le monde se cale sur tout le monde. C’est un tour de force qui impressionne autant que ces pages admirables, notamment le Credo, marquées par des contrastes qui semblent indiquer qu’il se passe décidément quelque chose de tragique dans cette Europe encore ravagée par les guerres, entre dix‑huitième et dix‑neuvième siècles.
Après la pause – occasion de remodeler le plateau et d’y positionner au centre un petit orgue –, est proposé le Requiem (1791) de Wolfgang Amadeus Mozart (1756‑1791), dans sa version la plus connue, complétée en catastrophe à la demande de Constance, veuve du compositeur, par Franz Xaver Süssmayr pour honorer la commande. Le couplage avec l’œuvre du contemporain et ami Haydn se comprenait naturellement tant la filiation paraît évidente. Si on signale traditionnellement que Mozart a pu s’inspirer du Requiem en do mineur de Michael Haydn, le frère de Joseph, celui‑ci connaissait à l’évidence fort bien l’œuvre de son cadet décédé sept ans auparavant.
Les interprètes en livrent une lecture d’une grande éloquence. La puissance sonore produite par les effectifs n’empêche pas la grâce. Tout est mesuré et remarquablement équilibré. C’est d’emblée le cas dans l’Introitus. Les artistes soulignent moins la religiosité de ces pages que leur force tragique mais avec sobriété, humilité. Ils ne s’appesantissent jamais. Le Lacrimosa n’est nullement larmoyant. Rien n’est lourd. Il faut simplement continuer de marcher vers la mort semblent‑ils dire. C’est du grand art et l’absence de chef dans cette lecture historiquement informée n’empêche pas que tout fonctionne parfaitement. Les cuivres sont à nouveau exceptionnels, notamment dans le Benedictus.
Le concert aurait pu s’arrêter là mais les applaudissements, hautement justifiés, conduisent les musiciens et chanteurs, dans les mêmes conditions, à proposer l’Ave verum du même Mozart. Le démarrage précipité est raté – absence de chef cette fois ? – mais les choses sont rapidement rétablies grâce à une même exigence, un même soin, un même esprit collectif. La saison musicale d’Oviedo commence fort.
Prochains concerts à l’Auditorium Príncipe Felipe, avec d’autres Français : Jean‑Guihen Queyras et Alexandre Tharaud le 19 novembre et Véronique Gens le 27 novembre.
Le site de Vox Luminis
Le site de la CAMERATA Salzburg
Stéphane Guy
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