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William Christie enchante Lausanne Lausanne Théâtre de Beaulieu 10/28/2026 - et 29* octobre 2026 Georg Friedrich Haendel : Le Messie, HWV 56 Ana Vieira Leite (soprano), Bethany Horak-Hallett (mezzo-soprano), Hugh Cutting (contre-ténor), James Way (ténor), Padraic Rowan (baryton-basse)
Ensemble Vocal de Lausanne, Pierre-Fabien Roubaty (préparation), Orchestre de Chambre de Lausanne, William Christie (direction)
 W. Christie (© humansproject.ch)
Il y avait comme un parfum d’événement au Théâtre de Beaulieu. La venue de William Christie à Lausanne, où le fondateur des Arts Florissants ne s’est pas produit souvent, a suffi à aiguiser la curiosité. A la tête de l’Orchestre de Chambre de Lausanne et de l’Ensemble Vocal de Lausanne, le grand maître du baroque s’est emparé du Messie de Haendel avec cette autorité naturelle et cette intelligence musicale qui ont fait sa réputation. Au terme de la soirée, le public ne s’y est pas trompé, réservant des applaudissements nourris et une ovation debout au maestro ainsi qu’à tous les participants au concert.
Il est des chefs dont la seule présence donne à une soirée une dimension particulière. William Christie est de ceux‑là. Avec lui, Haendel n’est jamais une affaire de monument figé ou de pompe décorative. Le Messie, composé en 1741, a retrouvé toute sa vitalité théâtrale et sa puissance expressive. Car le maestro ne considère pas cet oratorio comme une succession de morceaux sacrés destinés à édifier les fidèles ; il y voit plutôt une grande fresque humaine, traversée par des émotions contradictoires. Son approche privilégie la lisibilité du discours, la vivacité des rythmes, la transparence des textures et l’articulation du texte. Rien de pesant ni d’emphatique, les contrastes sont soigneusement dessinés, les phrases respirent et les interventions chorales gagnent en relief. Le célèbre « Hallelujah » n’a pas besoin d’être surdimensionné pour faire son effet, sa force résidant dans l’élan collectif qui l’anime.
A la tête de l’Orchestre de Chambre de Lausanne, William Christie impose une direction à la fois précise et souple, attentive aux équilibres et à la respiration de la musique. Il ne cherche jamais à impressionner par des effets de manche. Gestuelle économe, autorité tranquille, solistes couvés du regard, tout semble aller de soi, alors que rien n’est laissé au hasard. L’orchestre répond avec élégance à ses intentions, offrant une palette de couleurs et une vivacité qui servent idéalement cette partition.
L’Ensemble Vocal de Lausanne constitue l’autre grande satisfaction de la soirée. Précision des attaques, cohésion des pupitres, homogénéité du son, la formation se montre à la hauteur de ce rendez‑vous. Les ensembles respirent avec naturel, les lignes sont nettes et la dynamique parfaitement maîtrisée. On aurait toutefois souhaité davantage de présence et d’assise dans le pupitre des basses, parfois un peu en retrait face à l’ampleur des autres registres.
Le quintette vocal mérite également tous les éloges. Ana Vieira Leite séduit par une voix lumineuse et claire, d’une belle agilité, notamment dans les vocalises, exécutées avec une grande aisance. Bethany Horak‑Hallett lui oppose un instrument plus corsé, puissant et généreusement projeté, sans sacrifier les nuances ni la subtilité expressive. Le ténor James Way impressionne par la conduite impeccable de sa ligne vocale, la longueur de son souffle et l’art de ciseler les nuances. Les vocalises, qu’il aborde avec une décontraction souveraine, semblent ne lui poser aucune difficulté. Padraic Rowan impose une voix expressive, ample et solidement projetée, apportant au plateau une présence vocale affirmée. Quant au contre‑ténor Hugh Cutting, il joue sur deux registres : une agilité aérienne, presque séraphique, et des sauts d’octave spectaculaires qui témoignent d’une maîtrise technique impressionnante. Cinq personnalités vocales bien différenciées, qui contribuent à la richesse et à la diversité des couleurs de cette interprétation. Mais au‑delà des qualités individuelles, c’est bien la vision d’ensemble qui donne à cette interprétation sa cohérence. L’accueil du public au terme de la soirée a largement dépassé le simple succès d’un concert réussi. William Christie n’a rien perdu de son magnétisme et Lausanne lui a fait fête.
Claudio Poloni
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