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Sortir des sentiers battus

Gijón
Teatro Jovellanos
08/11/2026 -  
Serge Prokofiev : Ouverture sur des thèmes juifs, opus 34
Ralph Vaughan Williams : Fantasia on « Greensleeves »
Bohuslav Martinů : Nonette n° 2, H. 374
Aaron Copland : Appalachian Spring : « The Gift to Be Simple »

Ensemble 4.70 : Paula García (flûte), Juan Ferriol (hautbois), Iván Cuervo (clarinette), Tolo Mayor (basson), Jesús López (cor), Katya Kaminski, Silvia Cánovas, Amparo Cánovas, Tai Ling (violon), David Roldán, Iván Carriedo (alto), Marta Martínez, Guillermo López (violoncelle), Hans Stockhausen (contrebasse), Mirian del Río (harpe), Penélope Aboli (piano)


(© Stéphane Guy)


L’Ensemble 4.70, au nom curieux tiré de celui d’un bar, a été créé en 2020. Il rassemble des musiciens appartenant à l’Orchestre symphonique de la Principauté des Asturies, à l’Orchestre philharmonique d’Oviedo, à l’Orchestre symphonique de Bilbao, ou enseignant à l’Ecole supérieure de musique Reina Sofía et au Centre supérieur de musique du Pays basque (Musikene). Leur objectif est de sortir des sentiers battus et de faire découvrir des œuvres de notre temps. Il s’agit de renoncer aux grands formats et d’imaginer des programmes mettant en valeur différentes combinaisons de timbres. C’est chose faite avec le programme de ce soir, placé sous le titre de « Musique de ton siècle » mais malheureusement très mal annoncé sur les différents supports médiatiques locaux.


Court puisque sans pause et d’une durée d’une heure, il débute par l’Ouverture sur des thèmes juifs (1920) de Serge Prokofiev (1891‑1953). Les six musiciens rassemblés sur scène, au piano, à la clarinette et au quatuor à cordes, mettent d’emblée de bonne humeur. Ils apportent un grand soin à l’équilibre de ces marches enjouées et imaginées par le compositeur russe avant le déferlement d’antisémitisme qui allait ravager bientôt l’Europe et l’Union soviétique. On ne peut manquer de goûter les interventions de Juan Antonio Ferriol à la clarinette.


On avait déjà entendu en 2010 la Fantaisie sur « Greensleeves » (1934) de Ralph Vaughan Williams (1872‑1958) à Salas, non loin d’Oviedo, mais on réécoute ensuite avec plaisir ces balades, pourtant maintes fois exploitées par des compositeurs relevant, au passage, d’univers fort différents (jazz, folk, musique celtique ou classique). Les onze musiciens de l’Ensemble 4.70 présents sur scène en livrent une lecture tout en délicatesse.


Le Second Nonette (1959) écrit par Bohuslav Martinů (1890‑1959) à la fin de sa vie est pour sa part une œuvre plutôt rare au concert. La coordination, difficile compte tenu de l’effectif requis, est encore exemplaire et chacun des instrumentistes, au violon, au violoncelle, à l’alto, à la contrebasse, au cor, au basson, à la clarinette, au hautbois et à la flûte, trouve à s’exprimer dans ces pages ultimes mais légères, entre paysages champêtres et élégies sereines. La flûtiste Paula García est notamment remarquable. La pianiste Penélope Aboli comme Jesús López Muniz au cor font de leur côté bien attention à ne pas écraser leurs camarades. C’est vraiment du beau travail.


Et le concert se termine par une page d’Aaron Copland (1900‑1990), « Le Don de la simplicité » (1944). David Roldán, directeur de l’ensemble et altiste, qui s’est chargé de tous les changements de plateau comme s’il n’y avait personne d’autre pour les réaliser, l’introduit avec humour en indiquant que, souvent, les chefs d’orchestre ne servent à rien, que leur rôle est notablement exagéré, alors qu’ils sont surpayés, et que donc l’Ensemble 4.70 s’en passe d’habitude mais que, là, il en fallait un. Un des musiciens sorti du rang a donc été désigné volontaire. La coordination des douze musiciens présents est toujours impeccable et l’œuvre, assez étrange, entre contrepoint baroque revisité – héritage de Nadia Boulanger ? – et évocation de grands espaces américains, captive de bout en bout.


On retient que les instrumentistes de cet Ensemble 4.70 sont manifestement réunis par un véritable amour de la musique et décidés à la faire vivre sur des terres pas toujours ouvertes en la matière comme en témoignait une présence dans la salle assez modeste alors que la saison touristique de Gijón (plus de 270 000 habitants) battait son plein avec une Feria drainant beaucoup de monde. Ils sont plus que méritants et on ne peut que leur souhaiter un succès croissant, sans dévier de leur courageuse approche initiale.


Le site de l’Ensemble 4.70



Stéphane Guy

 

 

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