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Berlin, années 20 Lille Opéra 05/09/2026 - et 11, 14, 16, 19, 21, 23, 24*, 26 mai 2026 Wolfgang Amadeus Mozart : Die Zauberflöte, K. 620 Mingjie Lei (Tamino), Natasha Te Rupe Wilson (Pamina), Jarrett Ott (Papageno), Regina Koncz*/Alma Ruoqi Sun (La Reine de la Nuit), Adrien Mathonat (Sarastro, L’Orateur), Elmar Gilbertsson (Monostatos), Judith Fa (Papagana), Julie Goussot (Première dame), Polly Leech (Deuxième dame), Alexandra Urquiola (Troisième dame), Lucas Pauchet (Premier homme d’armes), Alexandre Baldo (Second homme d’armes), Michael Mulroy (Premier garçon), Alex Bradburn (Deuxième garçon), Elliott Bergs (Troisième garçon)
Chœur de l’Opéra de Lille, Virginie Déjos (chef de chœur), Galina Ermakova (pianoforte), Orchestre national de Lille, Riccardo Bisatti (direction musicale)
Suzanne Andrade, Barrie Kosky (mise en scène), Paul Barritt (animation), Esther Bialas (costumes), Diego Leetz (lumières)
 (© Frédéric Iovino)
Dernier opéra de la saison : l’Opéra de Lille monte cette fameuse Flûte enchantée (1791) de Suzanne Andrade et Barrie Kosky, créée au Komische Oper de Berlin. Nous avions vu, et admiré, en 2014, à Düsseldorf, cette mise en scène qui a été reprise, depuis lors, de nombreuses fois, ailleurs dans le monde. C’est devenu un classique, une de celles qui marquent l’histoire des représentations d’une œuvre, au même titre que le Ring de Patrice Chéreau ou le Tristan et Isolde de Bill Viola. La revoir plus de dix ans plus tard nous permet de prendre vraiment conscience de son originalité et de son inventivité. Et le charme opère, une fois de plus.
La mise en scène repose sur un concept fort : rendre hommage à l’effervescence artistique du Berlin des années 1920, haut lieu du film muet et du cinéma d’animation. Les images animées de Paul Barritt, les costumes d’Esther Bialas, sans oublier les lumières conçues par Diego Leetz, nous replongent dans cette époque, avec des références à des acteurs comme Buster Keaton, Louise Broks, à des cinéastes comme Friedrich Wilhelm Murnau, Robert Wiene, Lotte Reiniger. Cette mise en scène amusante et rythmée respecte l’esprit de ce singspiel plein de profondeur et de fantaisie, même si les dialogues en allemand sont remplacés par des animations et des petits textes, comme dans les films muets. Et elle exige un jeu d’acteur d’une grande précision, afin que la gestuelle et les expressions sur le visage soient parfaitement synchronisées avec l’animation.
Les représentations lilloises tirent profit d’une distribution épatante, bien qu’elle ne comporte pour ainsi dire aucun nom très connu, et d’une direction enthousiasmante. Les chanteurs possèdent les moyens requis pour leur rôle et plusieurs d’entre eux affichent même un timbre et une technique de haut niveau, comme le Tamino de Mingjie Lei et le Papageno de Jarrett Ott, quasiment parfaits, et entourés de partenaire à la hauteur, comme la Pamina de Natasha Te Rupe Wilson et le Monostatos, qui ressemble à Nosferatu, d’Elmar Gilbertsson ou encore le Sarastro d’Adrien Mathonat. Regina Koncz se démarque dans le rôle très, trop sans doute, attendu de la Reine de la Nuit, chanté plus que correctement, avec en tout cas ce qu’il faut d’abattage et de puissance.
Si les chanteurs nous réjouissent, la direction pleine de justesse et d’autorité d’un chef pourtant fort jeune, Riccardo Bisetti, davantage encore. Ce dernier obtient de l’Orchestre national de Lille une sonorité qui rappelle celle des formations jouant sur des instruments d’époque, et il trouve quasiment tout le temps le ton juste, avec des tempi qui paraissent aller de soi, ni trop rapides, ni trop lents, et des sonorités idéales, ni trop maigres, ni trop lourdes. Cette exécution équilibrée demeure ainsi limpide et naturelle, et elle se distingue par la clarté des intentions et la cohérence de l’approche, dans un équilibre remarquablement maintenu avec le plateau. N’oublions pas au pianoforte de saluer la prestation pleine d’esprit de Galina Ermakova qui se substitue avec finesse et humour aux dialogues parlés, notamment en empruntant à d’autres pages de Mozart.
Sébastien Foucart
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