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Lortzing révolutionnaire Leipzig Oper 04/25/2026 - et 2*, 13, 17 mai, 12 juin 2026 Albert Lortzing : Regina Oliver Weidinger*/Peter Dolinsek (Simon), Jacquelyn Wagner*/Netta Or (Regina), Mathias Hausmann*/Henryk Böhm (Stephan), Andreas Hermann*/Matthias Stier (Richard), Marian Müller/Vincent Turregano* (Wolfgang), Dan Karlström*/Daniel Arnaldos (Kilian), Nora Lentner*/Mirjam Neururer (Beate), Marie‑Luise Dressen/Nina Schumertl* (Barbara), Máté Gál/Ruben Olivares* (Un maréchal libre)
Chor der Oper Leipzig, Komparserie der Oper Leipzig, Thomas Eitler de Lint (chef de chœur), Gewandhausorchester, Constantin Trinks (direction musicale)
Bernd Mottl (mise en scène), Friedrich Eggert (scénographie), Alfred Mayerhofer (costumes), Thomas Hupe (lumières), Inken Meents (dramaturgie)
 M. Hausmann, J. Wagner (© Tom Schulze)
Parmi les partitions les plus ambitieuses de Lortzing, Regina (1848) apporte un éclairage passionnant sur la période révolutionnaire qui a agité toute l’Europe au milieu du XIXe siècle. La répression des barricades viennoises provoqua l’arrestation et la fusillade de Robert Blum, venu prêter main forte aux insurgés après son élection comme député à l’assemblée constituante de Francfort. Pourtant chantre du légalisme et de l’action non violente, le promoteur de l’unification des pays de langues germaniques allait voir ses rêves s’effondrer, en même temps que sa vie. Pour son ami Lortzing, la reprise en main du pouvoir allait signifier l’impossibilité de monter sur scène un sujet aussi sulfureux que Regina, finalement oublié pour de nombreuses années. Après la création de 1899 dans une version remaniée, il fallut attendre 1998 pour une représentation complète donnée à Gelsenkirchen, à l’occasion du cent cinquantième anniversaire de la révolution avortée de Vienne.
Ecrit par le compositeur, le livret de Regina plonge d’emblée l’auditeur dans les revendications salariales et sociétales des ouvriers de l’usine d’armement de Simon. Sa fille est convoitée par ses deux contremaîtres, que tout oppose : le contestataire Stephan et l’ambitieux Richard. Entre désirs ambivalents d’émancipation et de conformisme, le cœur de Regina balance, avant que les événements ne prennent une tournure tragique. Suite au refus paternel de lui offrir Regina, Stephan l’enlève, puis brûle l’usine avec ses troupes. Le II offre une parenthèse plus légère avec l’hilarant chœur des soldats drogués, où la muse de Lortzing se joue du ralentissement de tempo. Avant d’abattre son ravisseur sans état d’âme, Regina surprend par son volontarisme politique, en rêvant d’une société fondée sur la paix (à l’instar de Hans, dans l’opéra‑comique L’Armurier. Si le deuxième acte apparaît le plus réussi, le dernier peut prêter à sourire par la précipitation des événements, avec un ultime chœur patriotique plutôt incongru pour célébrer le sauvetage des munitions.
La mise en scène de Bernd Mottl a pour atout de renforcer l’intrigue, en donnant à voir des sous‑textes pendant les interludes orchestraux, principalement dévolus aux motivations psychologiques de Regina. A cet égard, ses sentiments ambigus face à son futur ravisseur sont développés au I, de même que son dégoût ostensible du militarisme, lors de la scène finale. La scénographie monumentale joue de la froideur du bureau de Simon, comme de l’amoncellement spectaculaire des bombes, au III. Le rétrécissement de la scène dans un espace volontairement étouffant au II permet des effets cocasses bienvenus, du fait du rapprochement des interprètes.
Parmi les satisfactions de la soirée, le chant ardent et parfaitement projeté de Mathias Hausmann (Stephan) s’impose par la clarté de son articulation, au service du sens. On aime aussi les phrasés altiers d’Oliver Weidinger (Simon), tandis que Jacquelyn Wagner (Regina) n’est pas en reste dans la musicalité, au service d’une composition théâtrale subtile. On est beaucoup moins séduit par le médium étranglé et hors style d’Andreas Hermann (Richard), qui trouve davantage de respiration en pleine voix, sans toutefois convaincre. Si les seconds rôles se montrent à la hauteur de l’événement, notamment Nina Schumertl et ses accents cuivrés, les chœurs confirment les qualités entendues lors des spectacles précédents, surtout en termes de cohésion. Enfin, à la tête du toujours excellent Orchestre du Gewandhaus, Constantin Trinks n’évite pas quelques raideurs dans les verticalités, se rattrapant par son attention au plateau, jamais couvert.
Florent Coudeyrat
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