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Avec style Strasbourg Palais de la Musique et des Congrès 04/28/2026 - et 29* avril 2026 Gottfried Huppertz : Metropolis (extraits)
David Reyes : The Fox and the Child : Suite symphonique
Ennio Morricone : C’era una volta il West : Thème principal
Michel Legrand : Les Parapluies de Cherbourg : Finale
Georges Delerue : Le Mépris : Thème de Camille
Nino Rota : The Godfather : Love theme & Waltz
Maurice Jarre : Lawrence of Arabia : Suite
John Williams : Schindler’ List : Thème principal
Joe Hisaishi : Le Château ambulant : « The Merry‑Go‑Round »
John Barry : Out of Africa : Thème principal
Ennio Morricone : Mission : « Gabriel’s Oboe »
Howard Shore : The Lord of the Rings : « Concerning Hobbits »
John Powell : Dragons : « How to Train Your Dragon »
John Williams : Star Wars : Thème principal & Marche impériale
Klaus Badelt : Pirates of the Caribbean : « He’s a Pirate »
Lalo Schiffrin : Mission: Impossible : Thème principal Louisa Stirland (soprano), Samuel Retaillaud (hautbois)
Orchestre philharmonique de Strasbourg, Aziz Shokhakimov (direction)
 A. Shokhakimov (© David Amiot)
A Toulouse en début d’année comme à Strasbourg, on se réjouit de constater que les programmes dédiés à la musique de film sont donnés à guichet fermé, ce qui est d’autant plus remarquable que le même programme est proposé sur deux soirées consécutives. La musique pure domine cette fois, en se passant de présentateur : la première partie « classique » fait la part belle au répertoire européen du XXe siècle, là où la seconde se tourne résolument vers les grands succès commerciaux américains de notre époque.
De quoi contenter les publics avides de s’étourdir des grands titres, à l’instar des innombrables tubes de John Williams, qui mettent en avant ses talents d’orchestrateur, sans parler de son don mélodique. Le souffle épique audible dès les premières mesures du Seigneur des Anneaux de Howard Shore laisse aussi entendre des parties plus tendres, dévolues à l’univers plus naïf des Hobbits, rapidement rattrapées par les aspects percussifs évocateurs du travail des nains dans les montagnes. Cette optique descriptive se retrouve également dans les surprenantes envolées du dessin animé Dragons, qui permettent d’entrevoir tout le déhanché provocateur de ses outrances adolescentes. La fin plus prévisible déploie un motif héroïque, sans contrechants, à l’instar des extraits de Pirates des Caraïbes, au ton sauvage et volontairement brut dans les verticalités. On préfère de loin les ambiances délicieusement jazzy de Mission: Impossible et du bis, tiré de James Bond, qui offrent à la trompette et à la guitare basse des « bœufs » aussi brillants que virtuoses. Auparavant, la classe majestueuse et enveloppante de John Barry avait séduit par son évidence sereine, de même que le simple mais inoubliable thème d’Ennio Morricone écrit pour le hautbois solo. Parmi les contrastes bienvenus, l’épure diaphane de Joe Hisaishi se colore de rythmes de danse au parfum ensorcelant, malgré une fin quelque peu abrupte.
En première partie, l’entrée fiévreuse de Metropolis nous plonge d’emblée dans les souvenirs visuels de ce chef‑d’œuvre expressionniste, à l’esthétique Art déco. La dénonciation de la déshumanisation abrutissante du travail des ouvriers s’exprime par les sonorités mécaniques et répétitives, avant qu’un langage postromantique convenu n’irrigue le reste de la partition. Mais c’est peut-être plus encore le morceau suivant, la Suite du film Le Renard et l’Enfant, qui surprend par sa poésie piquante et évocatrice. Le début minimaliste, aérien et féerique, laisse place à des passages mystérieux, volontiers brutistes aux percussions. Le lyrisme final apporte une touche d’émotion bienvenue, permettant au compositeur David Reyes de venir saluer le public, manifestement aussi ravi que lui. La manière, davantage économe en comparaison, de Morricone résonne de ses « ouh‑ouh » obsessionnels, interprétés par la soprano Louisa Stirland avec une agilité soyeuse. Michel Legrand n’échappe pas non plus à la simplification des moyens, réduits à une mélodie répétée à l’envi. Dans le même esprit, le thème inoubliable du Mépris résonne de toute sa mélancolie, tout en nous rappelant la disparition récente de son interprète iconique, Brigitte Bardot (1934‑2025). Le morceau suivant, extrait du Parrain, évoque quant à lui une autre égérie, en la personne de Dalida, qui l’a repris dans l’une de ses chansons, « Parle plus bas » (1971). Enfin, la première partie se conclut avec les effluves orientalisants de Maurice Jarre, qui fait valoir tout le tempérament du compositeur français.
Directeur musical de l’Orchestre philharmonique de Strasbourg depuis 2021, Aziz Shokhakimov (né en 1988) se régale de ce répertoire sans jamais appuyer les effets, ni surcharger les masses requises. Son style élégant cisèle les parties apaisées en ralentissant ostensiblement les tempi, pour mieux les accélérer ensuite dans les passages verticaux, sans jamais surjouer le pathétique. Assurément une direction d’une grande lisibilité, au service du respect des équilibres entre les pupitres.
Florent Coudeyrat
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