About us / Contact

The Classical Music Network

La Chaux-de-Fonds

Europe : Paris, Londn, Zurich, Geneva, Strasbourg, Bruxelles, Gent
America : New York, San Francisco, Montreal                       WORLD


Newsletter
Your email :

 

Back

Kantorow à l’épreuve du « live »

La Chaux-de-Fonds
Salle de musique
03/31/2026 -  et 1er, 2*, 14 (Kansas City), 16 (Cleveland), 17 (Worcester), 19 (Atlanta), 21 (New York), 23 (Berkeley), 25 (San Diego), 28 (Los Angeles) avril, 2 mai (Kalamazoo), 4 (London), 5 (Oxford) juin 2026
Johann Sebastian Bach / Franz Liszt : Variations sur « Weinen, Klagen, Sorgen, Zagen », S. 180
Nikolaï Medtner : Sonate pour piano en fa mineur, opus 5
Frédéric Chopin : Prélude en ut dièse mineur, opus 45
Charles-Valentin Alkan : Préludes pour piano, opus 31 : 8. « Chanson de la folle au bord de la mer »
Alexandre Scriabine : Vers la flamme, opus 72
Ludwig van Beethoven : Sonate pour piano n° 32 en do mineur, opus 111

Alexandre Kantorow (piano)


(© Xavier Voirol)



Après un récital à la Philharmonie de Paris et avant une tournée aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne, le pianiste Alexandre Kantorow a fait halte à La Chaux-de-Fonds, en Suisse, pour y réaliser une performance unique : l'enregistrement de son tout premier album « live ». Séduit par l'acoustique exceptionnelle de la célèbre Salle de musique et son Steinway de 1966 (utilisé autrefois par Claudio Arrau), le musicien français y a déjà enregistré deux disques (sans public) depuis sa découverte des lieux en 2022. Pour ce projet « live », le même programme a été donné trois soirs consécutifs, histoire de réduire la pression pour l’artiste ; un programme au demeurant très éclectique et ambitieux, risqué serait-on tenté de dire, et dont le fil conducteur est la réunion d’œuvres de compositeurs qui comptaient parmi les plus grands pianistes de leur temps et qui avaient à cœur de transcender la virtuosité pure. Les captations ont été complétées par des raccords techniques pour garantir une perfection sonore et corriger les quelques bruits parasites du public tout en conservant l'énergie et la spontanéité du concert comme base structurelle du disque. Arrivé à La Chaux-de-Fonds la veille du premier récital, Alexandre Kantorow a passé plusieurs heures seul sur scène pour tester trois pianos différents, afin de sélectionner celui qui répondait le mieux à l'acoustique de la salle et aux exigences du programme. Il a hésité jusqu’à la dernière minute et a finalement décidé de ne pas utiliser le piano sur lequel a joué Claudio Aarau, préférant un clavier plus moderne, qui, selon lui, offrait la meilleure projection pour le public tout en conservant une intimité sonore pour l'enregistrement.


Le programme concocté par Alexandre Kantorow a permis de mettre superbement en lumière tout à la fois la virtuosité technique et la profondeur expressive du pianiste. Des torrents d’arpèges et des cascades de gammes ont parcouru le clavier avec une précision presque irréelle, mais très vite quelque chose de plus profond a affleuré : le pianiste a construit un voyage intérieur et le temps a semblé se dilater. La soirée a été tout simplement mémorable. Dans l’œuvre monumentale que sont les Variations sur « Weinen, Klagen, Sorgen, Zagen » de Johann Sebastian Bach / Franz Liszt, le musicien a abordé la partition avec une impressionnante maîtrise de l'architecture sonore, soulignant le passage de l'affliction baroque à la puissance dramatique romantique propre à Liszt. Alexandre Kantorow a voulu placer Nikolaï Medtner au centre de son programme, un musicien qu’il considère comme le Chopin du XXe siècle. La Sonate en fa mineur op. 5 exige une endurance et une clarté extrêmes. Le pianiste y a déployé beaucoup d’énergie ainsi qu’une immense palette de couleurs, oscillant entre lyrisme nostalgique et complexité rythmique. En seconde partie de soirée, l'enchaînement de pièces techniquement et émotionnellement éprouvantes sans véritable coupure a pu créer une sensation de saturation pour une partie du public, un sentiment renforcé par le fait que le premier bis (une transcription de la « Mort d’Isolde » de Wagner composée par Liszt) a immédiatement suivi la dernière œuvre du programme « officiel », la Sonate n° 32 de Beethoven, encore une fois sans réelle pause entre les deux. Dans la page introspective qu’est le Prélude op. 45 de Chopin, Alexandre Kantorow a privilégié la subtilité des nuances et une liberté de phrasé, créant une atmosphère suspendue avant les tempêtes suivantes. La Chanson de la folle au bord de la mer de Charles-Valentin Alkan a été l’occasion pour le pianiste d'explorer des sonorités quasi-orchestrales et une tension psychologique saisissante dans les registres extrêmes du clavier. Dans Vers la flamme de Scriabine, Alexandre Kantorow a fait preuve d'une intensité incandescente, gérant l'accélération progressive et l'accumulation de sons jusqu'à l'explosion finale. L'ultime sonate de Beethoven a constitué le sommet de la soirée. Le pianiste a confronté la violence du premier mouvement à l'ascension spirituelle de l'« Arietta », exigeant une grande maturité interprétative. Tout au plus pourrait-on reprocher à Alexandre Kantorow des contrastes particulièrement marqués et une vitesse parfois excessive dans les traits rapides, une approche qui nuit quelque peu à la clarté structurelle de l'œuvre. Malgré ces légères réserves, la prestation est à saluer pour sa poésie et son intensité dramatique. A la fin du récital, le public ne s’y est pas trompé, qui a fait une véritable ovation au pianiste après ce récital exceptionnel à bien des égards.



Claudio Poloni

 

 

Copyright ©ConcertoNet.com