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Salzburg
Felsenreitschule
03/27/2026 -  et 1 er*, 4 avril 2026
Richard Wagner : Das Rheingold
Christian Gerhaher (Wotan), Gihoon Kim (Donner), Thomas Atkins (Froh), Brenton Ryan (Loge), Leigh Melrose (Alberich), Thomas Cilluffo (Mime), Le Bu (Fasolt), Patrick Guetti (Fafner), Catriona Morison (Fricka), Sarah Brady (Freia), Jasmin White (Erda), Louise Foor (Woglinde), Yajie Zhang (Wellgunde), Jess Dandy (Flosshilde)
Berliner Philharmoniker, Kirill Petrenko (direction musicale)
Kirill Serebrennikov (mise en scène, décors, costumes), Recycle Group (sculptures, décors), Sergey Kucher (lumières), Yurii Karikh (vidéo), Slavna Martinovic (costumes), Olga Pavluk (décors), Ivan Estegneev, Delavallet Bidiefono (chorégraphie), Daniil Orlov (dramaturgie)


(© Frol Podlensyi)


Le retour des Berliner Philharmoniker au Festival de Pâques de Salzbourg, fondé en 1967 par Herbert von Karajan et inauguré alors avec La Walkyrie, est en soi un événement. Que Kirill Petrenko et Nikolaus Bachler aient choisi d’entamer ce nouveau cycle par L’Or du Rhin n’est probablement pas sans signification : il s’agit de repartir du commencement.


La situation salzbourgeoise actuelle n’est pas sereine. Le départ/renvoi de Markus Hinterhäuser, directeur artistique du festival d’été, annoncé la semaine dernière est dans l’esprit de nombreux mélomanes. Le contraste avec le Festival de Pâques ne saurait être plus marqué : les quatre prochaines années paraissent solidement tracées avec ce Ring, entrecoupé du Moïses et Aaron de Schoenberg entre La Walkyrie et Siegfried.


Le Grosses Festspielhaus étant en travaux et réservé aux seuls concerts, cet Or du Rhin est donné à la Felsenreitschule  – choix de salle qui s’avère une heureuse surprise. L’acoustique y est remarquable : l’orchestre s’entend avec une clarté et un naturel rares, et le décor de roche taillée confère à la représentation un cadre visuel d’une saisissante beauté.


La conception de Kirill Serebrennikov est résolument personnelle. L’Or du Rhin s’ouvre sur des vidéos tournées en Islande : Alberich évolue dans un monde post‑apocalyptique en noir et blanc, images assez saisissantes qui collent assez bien au Prélude. La dramaturgie se déplace ensuite vers des paysages africains, dont les images et les artefacts culturels tissent un dialogue avec la mythologie wagnérienne. Le propos n’est pas politique comme Kratzer l’a récemment fait à Munich ou Chéreau en son temps à Bayreuth, mais il traite avec sérieux la question du pouvoir et des rapports de force, dans un esprit assez proche d’une certaine tradition wagnérienne.


Cela dit, la mise en scène souffre d’une certaine surcharge. Les personnages sont doublés, parfois triplés et la vidéo se rajoute à un ensemble déjà très riche. Loin de l’hyper‑saturation d’un Schlingensief dans son Parsifal à Bayreuth, la mise en scène n’en suscite pas moins un léger vertige : il est dommage que Serebrennikov n’ait pas réduit ses intentions, car le travail accompli impressionne par sa densité autant qu’il frustre par sa profusion.


La direction d’acteurs révèle des trouvailles : Alberich découvrant son reflet dans un miroir, le double de Loge tentant de garder l’anneau, ou encore – geste d’une cruauté froide – Wotan tendant un couteau avec la plus grand indifférence à Loge pour qu’il tranche le doigt d’Alberich afin de récupérer l’anneau. Voici un Or du Rhin objectivement fort, et d’une grande originalité mais qui aurait bénéficié de plus de « focus ».


Le niveau vocal est élevé, quoiqu’inégal. Brenton Ryan campe un Loge plus parlé que chanté, ce qui n’est pas sans précédent dans le rôle mais laisse sur sa faim. Les Filles du Rhin et même Freia auraient pu gagner en couleur. En revanche, Catriona Morison impose une Fricka au timbre chaud et pleinement projeté et Leigh Melrose un Alberich solide avec une réelle présence scénique. Les deux géants – Le Bu (Fasolt) et Patrick Guetti (Fafner) – se distinguant par leur projection et leur crédibilité sont particulièrement réussis.


Christian Gerhaher en Wotan était l’enjeu central de la soirée. L’attente de cette prise de rôle mêlait curiosité et quelque inquiétude. Certaines pages réclameraient davantage de puissance mais la complexité du personnage est rendue avec une intelligence du texte et une ambiguïté dramatique. Chaque mot est compris, chaque intention perçue. Au fil de la soirée, la justesse du choix s’impose.


Le Philharmonique de Berlin sous la direction de Kirill Petrenko constitue le sommet incontesté de la soirée. C’est la quatrième production du Ring que Petrenko dirige depuis ses débuts à Meiningen, à Bayreuth puis à Munich. Tant de détails surgissent dans une partition que l’on croyait connaître : les bois en particulier déploient une palette d’une subtilité insoupçonnée. L’accompagnement respecte scrupuleusement le chant sans jamais le couvrir. C’est un Wagner résolument moderne, très attentif aux équilibres, aux timbres et au texte. Ce sont les grands triomphateurs de cette soirée


La distribution évoluera et l’an prochain, La Walkyrie accueillera Lise Davidsen en Brünnhilde et Christopher Maltman en Wotan.



Antoine Lévy-Leboyer

 

 

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