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Violence

München
Nationaltheater
02/23/2026 -  et 26 février, 1er, 5 mars 2026
Richard Strauss : Salome, opus 54
Asmik Grigorian (Salomé), Wolfgang Koch (Jochanaan), Gerhard Siegel (Hérode), Claudia Mahnke (Hérodias), Joachim Bäckström (Narraboth), Avery Amereau (Un page d’Hérodias), Ya‑Chung Huang (Premier Juif), Tansel Akzeybek (Deuxième Juif), Frederick Ballentine (Troisième Juif), Jinxu Xiahou (Quatrième Juif), Roman Chabaranok (Cinquième Juif), Wilhelm Schwinghammer (Premier Nazaréen), Lucas van Lierop (Second Nazaréen), Pawel Horodyski (Premier Soldat), Bálint Szabó (Second Soldat), Armand Rabot (Un Cappadocien), Iana Aivazian (Une esclave)
Bayerisches Staatsorchester, Thomas Guggeis (direction musicale)
Krzysztof Warlikowski (mise en scène), Marielle Kahn (assistante à la mise en scène), Malgorzata Szczęsniak (décors, costumes), Felice Ross (lumières), Kamil Polak (vidéo), Claude Bardouil (chorégraphie)


A. Grigorian (© Geoffroy Schied)

L’Opéra de Munich affiche quatre représentations à guichets fermés la reprise de la production de Salomé réalisée en 2019 par Krzysztof Warlikowski.


Le public connait bien cette conception qui situe l’action dans la Pologne de la Seconde Guerre mondiale et fait de nombreuses références à la synagogue en bois de Chodorów, détruite par les Nazis. Si l’on accepte ce cadre – et il demande une certaine adhésion intellectuelle –, le travail réalisé d’une grande profondeur. La Personenregie est particulièrement soignée, riche de détails finement travaillés : le jeu de séduction de Salomé envers Narraboth et le Page, ou encore la scène de la dispute des Juifs, traitée avec un sens du comique précis et jamais appuyé. Il n’est pas clair de savoir si Warlikowski s’est déplacé pour cette reprise et il faut probablement savoir gré à Marielle Kahn d’avoir permis de reconstruire avec une distribution presque complétement nouvelle un travail d’une telle richesse.


A la direction musicale, la différence d’approche entre Kirill Petrenko et Thomas Guggeis apparaît nettement. Là où le premier faisait ressortir la modernité de la partition, laissant déjà poindre un monde sonore annonçant Schönberg, le second met davantage l’accent sur la violence intrinsèque de l’œuvre et sur une forme de brutalité expressive. L’orchestre, sous Guggeis, se montre plus intense, avec un volume sonore sensiblement plus élevé. Cette lecture, plus directe, crée une tension permanente, parfois au détriment du confort des chanteurs, là où Petrenko privilégiait une plus grande retenue et un travail de détail très attentif. Seul point de détail, Guggeis étire un peu les tempi à plusieurs moments et pourrait être plus proche des indications très précises que Strauss a mis sur sa partition.


Le rôle-titre permet une comparaison éclairante entre Marlis Petersen et Asmik Grigorian. Petersen, qui n’est pas une soprano dramatique au sens traditionnel, compense par un travail extrêmement précis sur le texte : chaque mot reste intelligible, chaque intention clairement dessinée mais ce n’est pas une Salomé naturelle. Grigorian propose une approche très différente, plus expressive, plus dramatique aussi, mais avec un texte parfois moins lisible. Elle aborde Salomé avec une certaine légèreté initiale, presque mozartienne, avant de laisser progressivement émerger une intensité croissante. Sa présence scénique est indéniable : dès qu’elle est sur scène, le regard se fixe naturellement sur elle. Elle prend le temps de construire son personnage, partant d’une figure presque enfantine pour aller vers l’explosion finale.


Gerhard Siegel propose un Hérodias très attentif au texte, sensiblement différent de l’approche de Wolfgang Ablinger-Sperrhacke entendue sous Petrenko, avec une caractérisation plus incisive et plus directe. Joachim Bäckström en Narraboth a une belle projection et sera Siegmund à Munich cet été. Parmi les autres rôles, Wolfgang Koch en Jochanaan apparaît quelque peu fatigué. Les interventions hors scène laissent entendre un vibrato prononcé, tandis que la projection se stabilise davantage lorsqu’il est sur le plateau. Rien d’alarmant toutefois : les chanteurs ne sont pas des machines, et cette humanité fait aussi partie du théâtre vivant.


Dans les rôles secondaires, le niveau est, comme souvent à Munich, remarquable. Mention particulière à Wilhelm Schwinghammer, Pawel Horodyski et Ya‑Chung Huang, qui marquent chacun leurs interventions par une présence et une précision exemplaires. La distribution dans son ensemble se situe à un niveau très élevé, sans maillon faible évident.


La soirée s’achève par une standing ovation dans une salle comble. A Munich, Strauss reste chez lui, et le public le lui rend bien.



Antoine Lévy-Leboyer

 

 

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