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Marina Viotti illumine Les Nuits d’été

Lausanne
Salle Paderewski
01/29/2026 -  
Richard Dehmel : Zwei Menschen (poème)
Arnold Schoenberg : Verklärte Nacht, opus 4
Hector Berlioz : Les Nuits d’été, opus 7

Marina Viotti (mezzo-soprano), Edmond Vullioud (comédien)
Sinfonietta de Lausanne, David Reiland (direction)


M. Viotti, D. Reiland (© Julie Dekimpe)


La Salle Paderewski était pleine à craquer, et pour cause : le public s’est déplacé nombreux pour écouter la mezzo‑soprano Marina Viotti interpréter pour la première fois Les Nuits d’été accompagnée par un orchestre, en l’occurrence le Sinfonietta de Lausanne. Les spectateurs n’ont pas été déçus : la chanteuse a livré une prestation remarquable. Sa voix chaude, riche et agile lui a permis de transmettre avec brio toute la palette des émotions contenues dans les six poèmes de Théophile Gautier mis en musique par Berlioz, allant de la légèreté de la « Villanelle » aux accents plus sombres de « Sur les lagunes » ou « Au cimetière », tout en évitant l’excès pour privilégier la délicatesse et la sincérité. La voix de Marina Viotti impressionne tout d’abord par sa plénitude et sa puissance, emplissant instantanément tout l’auditoire. Mais l’instrument est merveilleusement contrôlé et la technique tellement maîtrisée qu’elle offre à l’artiste la possibilité de déployer son chant tout en nuances et en expressivité, avec notamment des pianissimi ensorcelants, mais aussi de jouer sur chaque mot et sur chaque phrase, sans jamais rien perdre en fluidité ni en naturel. Les graves sont corsés et sonores – on reste sous le choc de l’abyssal « linceul » de la troisième mélodie (« Sur les lagunes ») – alors que les aigus sont faciles et lumineux, Marina Viotti ayant scrupuleusement choisi la tonalité qui convient le mieux à sa voix. La diction est aussi impeccable. Une approche d’une grande finesse de phrasé et très expressive, qui a mis en lumière toute la poésie des mélodies du cycle.


Avant Les Nuits d’été, c’est La Nuit transfigurée de Schönberg, dans sa version pour orchestre à cordes révisée en 1943, qui a ouvert ce programme « nocturne » du Sinfonietta de Lausanne. Le chef, David Reiland, a eu l’excellente idée de faire précéder l’exécution de l’ouvrage par la déclamation – dans une traduction française – du poème Zwei Menschen (Deux êtres) de Richard Dehmel, un texte qui a inspiré le compositeur. Amoureux de Mathilde, la sœur de son professeur de piano, Alexander von Zemlinsky, Schönberg a composé en 1899, à l’âge de 25 ans, La Nuit transfigurée en trois semaines, sur la base du poème de son ami Richard Dehmel. Le texte raconte l’histoire d’une femme qui, lors d’une promenade nocturne, avoue à son amant qu’elle porte l’enfant d’un autre. Pour sa dernière saison à la tête du Sinfonietta de Lausanne, David Reiland a proposé une lecture sensible, raffinée, poétique et sensuelle tout à la fois de l’ouvrage de jeunesse de Schönberg. A noter que la soirée s’est voulue inclusive avec des interprétations en langue des signes pour les malentendants. Une belle initiative qu’il convient de saluer.



Claudio Poloni

 

 

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