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Hyperactivité d’un cinquantenaire Vienna Musikverein 01/28/2026 - et 27 janvier 2026 (Paris) Ludwig van Beethoven : Triple Concerto, opus 56
Antonín Dvorák : Symphonie n° 8, opus 88, B. 163 Martha Argerich (piano), Gautier Capuçon (violoncelle)
Chamber Orchestra of Europe, Renaud Capuçon (violon et direction)
 R. Capuçon, G. Capuçon, M. Argerich (© Julia Wesely)
Si Renaud Capuçon célébrait ses 50 ans sur la scène parisienne la veille, dans le même programme, nul doute que nombre d’auditeurs s’étaient aussi déplacés pour son invitée, Martha Argerich, 84 ans, dont la démarche est devenue plus précautionneuse qu’autrefois, mais dont les doigts et l’imagination sont plus agiles que jamais. Avec Gautier Capuçon, ce sont trois amis de longue date qui se retrouvent pour le simple plaisir de musizieren – ce verbe allemand qui condense si bien l’idée de faire de la musique ensemble. Entre le violoncelle opulent, lyrique, au vibrato généreux de Gautier Capuçon, le violon plus épuré, d’une élégance classique, de Renaud Capuçon et les relances incandescentes de Martha Argerich, le trio de solistes mise sur les contrastes. C’est la pianiste argentine toutefois qui mène le jeu : accents et rubatos surgissent avec une spontanéité improvisatrice, aussi imprévisible qu’un Thelonious Monk en jazz. Pas un arpège du mouvement lent qui ne semble échapper à la routine ou ne réserve une surprise. Les tempi sont vifs, et il faut des instrumentistes de la trempe des frères Capuçon pour maintenir un semblant de sang‑froid dans cette ambiance survoltée, qui laisse assez peu de place aux moments d’attente et de mystère – il est vrai rares dans cette partition résolument optimiste. L’introduction et le crescendo initial projettent ainsi l’auditeur, tambour battant, au cœur de l’action, jusque dans le finale d’une exubérance haydnienne.
Après l’entracte, Renaud Capuçon revient sur le podium pour diriger la Huitième Symphonie de Dvorák, dans un rôle de chef d’orchestre déjà partiellement assumé durant le concerto. On retrouve, comme en première partie, la transparence vif‑argent de l’Orchestre de chambre d’Europe, au vibrato parcimonieux et à l’articulation impérieuse, rappelant combien l’héritage d’Harnoncourt demeure présent. Les respirations sont naturelles, la différenciation des timbres des pupitres exceptionnelle, faisant surgir une profusion de détails propre à ravir tout amateur de haute‑fidélité orchestrale. L’hyperactivité du chef ménage en revanche trop peu d’espace, négligeant ces instants de flânerie nécessaires pour faire affleurer la nostalgie dans ces pages si typiquement tchèques. L’esprit dansant et expressif est globalement préservé, mais le troisième mouvement perd en grâce, tandis que le finale tend à lisser les contrastes. C’est d’autant plus regrettable qu’il ne semble manquer que peu de chose, la surabondance gestuelle du désormais quinquagénaire Renaud Capuçon laissant deviner un geste naturellement éloquent et potentiellement efficace – nul besoin, à son âge, d’en rajouter pour affirmer sa vitalité musicale.
Dimitri Finker
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