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Sancho Panza München Herkulessaal 01/29/2026 - et 30 janvier 2026 Hans Werner Henze : Erlkönig
Joseph Haydn : Symphonie n° 49 « La passione », Hob. I:49
Richard Strauss : Don Quixote, opus 35 Steven Isserlis (violoncelle), Emiko Yuasa (alto)
Symphonieorchester des Bayerischen Rundfunks, Daniel Harding (direction)  E. Yuasa, S. Isserlis (© Bayerische Rundfunk/Astrid Ackermann)
C’est à Paris que Marek Janowski a créé en 1997, avec l’Orchestre philharmonique de Radio France, cette orchestration du Roi des aulnes de Schubert réalisée par Hans Werner Henze. L’œuvre, écrite pour un orchestre dense, témoigne d’une véritable science de l’orchestration. De cette formation compacte émerge une partie de percussions particulièrement sophistiquée. Si le lied original de Schubert est déjà tragique, le résultat s’avère ici encore plus sombre, presque cauchemardesque.
Changement de formation et de style ensuite avec un effectif de chambre pour cette Quarante-neuvième Symphonie de Haydn. Les musiciens cherchent quelque peu leurs marques au début ; l’Adagio initial est un peu trop sage, voire légèrement raide dans son classicisme. L’ensemble trouve davantage de caractérisation et de théâtralité dans les mouvements suivants. Les mouvements rapides sont particulièrement exigeants pour les cordes, mais Harding et ses musiciens apportent une attention remarquable à l’articulation et à la netteté des phrasés. L’entrée discrète du cor – à nouveau Carsten Duffin au pupitre – à la fin du deuxième mouvement (Allegro di molto) était d’une élégance consommée.
Daniel Harding a donné Don Quichotte à Paris début janvier, puis la semaine suivante à Vienne. Comme l’avait souligné Didier van Moere, la maîtrise que déploie le chef anglais est remarquable. Dans sa conception, se manifeste une certaine modernité. On perçoit déjà une violence et une tension qui ne sont pas sans évoquer Elektra, que Strauss composera dix ans plus tard. Surtout, Harding n’oublie jamais que Strauss, dans cette œuvre, nous raconte une histoire avec toutes ces variations débordant de caractère et d’imagination.
Strauss est chez lui dans cette ville et avec cet orchestre. On apprécie le soyeux des cordes, la subtilité des bois – en particulier le hautbois de Stefan Schilli –, le rayonnement de la harpe de Magdalena Hoffmann, et surtout ces équilibres entre pupitres si naturels. Les tutti sont clairs et colorés dans cette salle que les musiciens connaissent intimement.
Il convient néanmoins d’apporter un bémol. Si le violoncelle de Steven Isserlis trouve de beaux phrasés et se montre assez émouvant dans les pages finales, il manque quelque peu de volume dans certains passages – problème que semble avoir rencontré également Kian Soltani à Paris. On pourrait davantage ressentir la douleur de Don Quichotte lorsque celui-ci est vaincu dans l’avant‑dernière variation. Peut-être le souvenir de Rostropovitch, entendu il y a bien longtemps dans ma jeunesse, reste‑t‑il inoubliable.
La prestation de Sancho Panza par Emiko Yuasa constitue en revanche une réussite exceptionnelle. La cheffe de pupitre de l’orchestre possède une sonorité superbe et riche. Elle trouve surtout le ton juste dans les échanges, et l’on ressent à la fois le doute mais aussi la fascination que Sancho Panza éprouve face à Don Quichotte. Le dialogue entre les deux protagonistes, au cœur même de l’œuvre de Strauss, prend ici toute sa dimension.
Ceux qui ont manqué Harding dans cette œuvre pourront se rattraper le mois prochain à Berlin, tandis que les Munichois pourront entendre la rareté qu’est Le Radeau de la Méduse de Henze la semaine prochaine sous la direction de Sir Simon Rattle.
Antoine Lévy-Leboyer
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