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Don Carlos opéra français ?

Paris
Opéra Bastille
03/29/2025 -  et 1er*, 4, 9, 12, 17, 20, 25 avril 2025
Giuseppe Verdi : Don Carlos
Christian Van Horn (Philippe II), Charles Catronovo (Don Carlos), Marina Rebeka (Elisabeth de Valois), Ekaterina Gubanova (La Princesse Eboli), Andrzej Filonczyk (Rodrigue), Alexander Tsymbalyuk (Le Grand Inquisiteur), Marine Chagnon (Thibault), Teona Todua (Une voix d’en‑haut), Manase Latu (Le comte de Lerme), Hyun‑Jong Roh (Un héraut royal), Sava Vemic (Un moine), Christian Rodrigue Moungoungou (Un coryphée), Amin Ahangaran, Niall Anderson, Alejandro Balinas Vieites, Vartan Gabrielian, Florent Mbia, Milan Perisic (Députés flamands)
Chœurs de l’Opéra national de Paris, Ching‑Lien Wu (cheffe des chœurs), Orchestre de l’Opéra national de Paris, Simone Young (direction musicale)
Krzysztof Warlikowski (mise en scène), Malgorzata Szczęsniak (décors, costumes), Felice Ross (lumières), Denis Guéguin (vidéo), Claude Bardouil (collaborateur artistique), Christian Longchamp (dramaturgie)


(© Franck Ferville/Opéra national de Paris)


Quand on va voir un opéra français à l’Opéra de Paris, on est en droit d’attendre que les canons du chant français soient respectés. La reprise de Don Carlos dans la production de Krzysztof Warlikowski a malheureusement déçu ces attentes. Avant d’être adapté en italien... et de perdre son premier acte, l’opéra de Verdi fut en effet un opéra français, créé à la salle Le Peletier en 1867. Qu’aucun chanteur de l’Hexagone ne figure parmi les premiers rôles laisse d’ailleurs pantois. Il ne s’agit pas seulement d’éviter les flottements articulatoires, mais de montrer une intimité avec la prosodie, d’épouser le mouvement de la phrase. C’est d’abord par là que pèche toute la distribution de cette reprise. Christian Van Horn, par exemple, sans avoir un mauvais français, ne donne pas au texte de l’air de Philippe II le relief attendu. C’est de toute façon un bon chanteur auquel il manque toujours une dimension, du moins dans l’opéra français, et dont le grave reste trop modeste pour certains emplois de basse. Comme tel est aussi le cas de l’Inquisiteur d’Alexander Tsymbalyuk, également passe‑partout, l’affrontement des deux hommes ne suscite aucun effroi. Le Rodrigue d’Andrzej Filonczyk ne se hisse pas davantage à la hauteur d’un rôle où il faut irradier, en particulier au moment de mourir : une belle voix, bien conduite, qui reste étrangère aux mots.


Charles Castronovo n’a pas non plus ceux de l’Infant, alors qu’il s’identifie à ses déchirements névrosés. Mais en devenant plus centrale, un peu alla Kaufmann, la voix a perdu l’éclat et la sûreté de ses aigus, qui ont parfois tendance à se dérober. La ligne n’est pas toujours impeccablement tenue. Les dames sauvent‑elles l’honneur ? En partie seulement. La Chanson du voile d’Eboli, si souvent ratée, séduit aussitôt grâce à la souplesse d’émission d’Ekaterina Gubanova. Une princesse jamais vulgaire, à l’aigu brillant, au phrasé châtié, qu’on aimerait seulement pourvu d’un grave moins modeste – cela compromet le trio du jardin et le célèbre « O don fatal ». Faut‑il le dire ? Marina Rebeka n’apparaît pas, au cours de cette deuxième représentation, au sommet de ses moyens, malgré un phrasé modelé et de beaux aigus pianissimo, trop distante, comme extérieure à sa reine. On apprécie en tout cas les rôles secondaires, à commencer par le page de Marine Chagnon. Et l’on salue bien bas la performance du chœur.


Les chanteurs gagneraient aussi à être mieux soutenus. Fidèle à elle‑même, si l’on se souvient de sa Salomé, Simone Young ne les porte pas, sèche et raide, à qui font défaut les couleurs et la narration. Il ne se passe rien dans la fosse. Sur la scène non plus, mais on le savait depuis 2017. La transposition au sein d’une dictature d’aujourd’hui ou d’hier, la priorité donnée au drame familial et conjugal, avec un Philippe II tentant de noyer dans l’alcool ses déboires intimes et violentant sa femme, le suicide raté de Carlos revivant ensuite le drame... tout cela s’admettrait si la direction d’acteurs ne s’avérait aussi pauvre. C’est l’un des ratages du metteur en scène polonais.


Autant dire qu’on s’est ennuyé ferme à ce Don Carlos, dont la version originelle, sans coupure à l’exception du ballet, a semblé interminable alors qu’on se réjouissait de la réentendre. Nul doute que le Triptyque puccinien, un des grands moments de Salzbourg 2022, le fera oublier : on y entendra, à de rares exceptions près pour les petits rôles, les mêmes chanteurs que dans la ville de Mozart.



Didier van Moere

 

 

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