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Femmes d’exception München Isarphilharmonie 03/28/2025 - et 29* mars 2025 Béla Bartók : Divertimento, Sz. 113
Robert Schumann : Concerto pour violon en ré mineur, WoO 23 – Symphonie n° 1 « Frühlingssymphonie », opus 38 Vilde Frang (violon)
Münchner Philharmoniker, Mirga Grazinytė‑Tyla (direction)
 M. Grazinytė‑Tyla (© Frans Jansen)
Sur un des paliers des escaliers menant aux étages de la salle provisoire dite de l’Isarphilharmonie trône un buste de Sergiu Celibidache. La présence dans la salle d’un orchestre comportant des femmes, d’une violoniste norvégienne et surtout d’une cheffe lituanienne toute menue adressait au personnage statufié, d’une incroyable misogynie, comme un beau pied de nez. L’impensable a fini par arriver. Et en plus la soirée était magnifique, propre à balayer définitivement tous les préjugés passés.
Elle débute par le Divertimento pour orchestre à cordes (1939) de Béla Bartók (1881‑1945). Mirga Grazinytė‑Tyla emmène l’orchestre et nous avec pour une sorte de promenade champêtre. L’insouciance laisse parfois apercevoir quelques nuages sombres comme dans l’Adagio central, correspondant sans doute à quelque pressentiment, mais la cheffe y prête presque peu attention, la gaîté devant reprendre le dessus. Mirga Grazinytė‑Tyla dirige remarquablement et on admire tant son art des transitions que sa manière de maintenir sans cesse l’intérêt et la fluidité de son approche. Quelles cordes exceptionnelles !
Le Concerto pour violon (1853, mais découvert grâce à sa publication en 1938) de Robert Schumann (1810‑1856) proposé ensuite n’est pas la meilleure œuvre orchestrale du compositeur. Dans son mouvement central, il ne semble pas vraiment savoir où aller, le violon intervenant systématiquement avec un accompagnement minimal de l’orchestre sans que se noue un véritable dialogue entre eux. Vilde Frang, qui joue tout de mémoire, et Mirga Grazinytė‑Tyla savent heureusement ce qu’elles font et parent malgré tout l’œuvre d’un charme magnifique. La soliste fait montre d’un jeu habité et d’une infinie délicatesse. Tout est parfaitement articulé du côté de l’orchestre. Les rappels permettent d’ailleurs au public d’obtenir sans difficulté de la violoniste un bis, la Giga senza basso d’Antonio Maria Montanari (1676‑1737), une œuvre baroque follement gaie et fantaisiste où sa virtuosité parvient encore à bluffer.
Dans la Symphonie « Le Printemps » de Schumann, ce qui frappe, c’est encore l’art consommé de la cheffe pour relancer sans cesse le discours musical, sans s’appesantir le moins du monde. C’est à une lecture particulièrement lumineuse à laquelle on assiste. La nature s’éveille, pleine de promesses et remplie d’une énergie retrouvée après l’hiver. On ne s’étonne pas que Mirga Grazinytė‑Tyla hérite à l’issue d’un bouquet printanier justement, adapté à ce moment de l’année. Elle le passe immédiatement à la première violon, manifestant ainsi la parfaite entente entre la cheffe et l’orchestre. Après les rappels et avant de quitter la scène définitivement, elle intervient en allemand pour souhaiter retrouver bientôt ce public qui l’a ovationnée mais dans la salle officielle, la Gasteig, bâtie en 1985 et en travaux après des décisions prises en 2017, une salle que l’orchestre a dû quitter en 2021 pour la salle de ce soir, l’Isarphilharmonie, en bois, plus petite, à l’acoustique remarquable mais normalement provisoire et dont le caractère éphémère dans une zone d’établissements industriels tend à se prolonger et irriter malgré sa réussite architecturale.
Stéphane Guy
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