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Réveil difficile

Paris
Opéra Bastille
03/08/2025 -  et 11, 13, 14, 22, 23, 28*, 31 mars, 2, 3, 5, 7, 8, 10, 11, 18, 21, 23 avril, 27, 29, 30 juin, 1er, 3, 4, 6, 7, 9, 10, 12, 14 juillet 2025
La Belle au bois dormant
Rudolf Noureev (chorégraphie, mise en scène), Piotr Ilyitch Tchaïkovski (musique)
Amandine Albisson/Bleuenn Battistoni/Héloïse Bourdon/Léonore Baulac/Valentine Colasante/Dorothée Gilbert/Hohyun Kang/Inès McIntosh/Clara Mousseigne/Hannah O’Neill/Sae Eun Park* (Aurore), Guillaume Diop/Thomas Docquir/Lorenzo Lelli*/Germain Louvet/Paul Marque/Marc Moreau (Le prince Désiré), Camille de Bellefon/Fanny Gorse/Emilie Hasboun* (La fée des lilas), Sarah Kora Dayanova/Fanny Gorse*/Katherine Higgins/Sofia Rosolini (Carabosse), Ballet de de l’Opéra national de Paris
Orchestre de l’Opéra national de Paris, Vello Pähn*/Sora Elisabeth Lee (direction musicale)
Ezio Frigerio (décors), Franca Squarciapino (costumes), Vinicio Cheli (lumières)


(© Agathe Poupeney/Opéra national de Paris)


Endormie depuis plus de dix ans, la superproduction chorégraphique de Rudolf Noureev créée en 1989 et révisée en 1997, avec des décors et costumes d’un luxe extraordinaire signés Ezio Frigerio et Franca Squarciapino, se réveille pour le plus grand bonheur d’un public se pressant toujours plus nombreux aux soirées du Ballet de l’Opéra national de Paris (BOP).


On se réjouit bien sûr de retrouver une âme d’enfant et de se glisser dans les méandres de ce conte de Charles Perrault enrichi, ampoulé et hypertrophié par son créateur Marius Petipa en 1890 pour le Théâtre Mariinski de Saint‑Pétersbourg, d’autant que Rudolf Noureev n’a pas lésiné tant pour le faste et la richesse de sa mise en scène – autant féerie que ballet – que pour les terribles difficultés techniques qu’il a réservées aux danseurs, et pas seulement aux deux protagonistes de ce conte amoureux. C’est aussi avec une exigence d’autant plus aiguë que l’on a vu au fil des années ce ballet dansé par des étoiles inoubliables, notamment par ceux de la « génération Noureev » et un corps de ballet impeccable que l’on est impatient de voir enfin ce réveil.


Tous les spectateurs d’aujourd’hui bien sûr ne sont pas dans ce cas d’exigence et nombre d’entre eux (tout comme les danseurs) n’ont jamais connu ce ballet, un des plus exigeants par sa durée (plus de 3 heures 15 de spectacle) et par sa chorégraphie convoquant quatre‑vingts danseurs. Force est de constater que, passé la splendeur de la distribution de la première qui réunit deux danseurs étoiles les plus nouvellement nommés, prometteurs et au somment de leur technique, il faut bien distribuer les rôles à des danseurs plus jeunes, moins expérimentés, le corps de ballet restant stable, enrichi pour l’occasion par le Junior Ballet de l’Opéra de Paris.


On est au regret de constater que ce réveil semble difficile. Quoique que bien entraîné au cours d’un nombre record de répétitions, le corps de ballet donne une impression de flottement, de flou parfois même. Grande inégalité dans les rôles secondaires, car si Emilie Hasboun et Fanny Gorce sont excellentes dans les rôles des fées des Lilas et Carabosse, le majordome Catalabutte de Manuel Garrido frise souvent la caricature et les quatre princes prétendants à la main de la belle Aurore sont un peu effacés.


Les deux solistes de cette représentation étaient la très gracieuse Sae Eun Park, danseuse étoile parfaitement taillée pour le rôle de la Princesse Aurore, dont elle assure la finesse et toutes les difficultés sans bavure. Son Prince Désiré, le nouvellement nommé sujet Lorenzo Lelli, s’il lui est physiquement parfaitement apparié, ne semble pas encore à l’aise dans les redoutables variations et les pas de deux conçus par Noureev pour le ballet fétiche dans lequel l’Occident l’a découvert à Paris en 1961 avec le ballet du Kirov, juste avant sa défection. Tout pour comme les danseurs du corps de ballet, les visages des solistes reflètent trop souvent d’avantage l’appréhension de l’énorme difficulté de leur danse que la psychologie de leurs personnages. On a pu constater au cours des dernières saisons le même phénomène dans toutes les reprises des grands ballets du fonds Noureev du répertoire du BOP, dont la difficulté est réelle mais l’a toujours été depuis leur création. La question se pose aujourd’hui d’une possible simplification de ces chorégraphies et de l’allégement de la durée de ces productions.


Et pourtant, le public en redemande, applaudit à tout rompre à chaque variation, aux pitreries du Chat botté et de la Chatte blanche, au numéro si attendu (pas vraiment impeccable ce soir‑là) de l’Oiseau bleu, aux décors aux costumes chatoyants et à la musique. Il est vrai que le chef estonien Vello Pähn, qui dirige depuis sa création ce long spectacle, entraîne un orchestre semblant parfois s’adonner à la routine, le poussant pour donner le meilleur de lui‑même. Et c’est un plaisir de le voir diriger, souvent avec des mouvements de danse, une musique qu’il habite totalement.


Cette production fait l’objet d’une captation vidéo et sera visible en direct au cinéma, avec les solistes de la première, Bleuenn Battistoni et Guillaume Diop, le 10 avril à 19 heures 30 avec Pathé Live, un peu partout en France, Suisse, Belgique et Luxembourg, puis en différé dès le 22 mai. Une diffusion ultérieure est prévue sur France Télévision et sur Paris Opéra Play, la plateforme de l’Opéra national de Paris.



Olivier Brunel

 

 

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