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Huis clos

Paris
Théâtre des Champs-Elysées
03/22/2025 -  et 25, 28, 31 mars, 3, 6 avril 2025
Jules Massenet : Werther
Benjamin Bernheim (Werther), Marina Viotti (Charlotte), Jean‑Sébastien Bou (Albert), Sandra Hamaoui (Sophie), Marc Scoffoni (Le bailli), Yuri Kissin (Johann), Rodolphe Briand (Schmidt), Johanna Monty (Kätchen), Guilhem Begnier (Brühlmann), Agnès Aubé, Jean‑Pierre Cormarie, Roland David, Martine Demaret, Rita Falcone, Danièle Gouhier-Rezzi, Laurent Letellier, Odile Morhain, Catherine Pepinster (comédiens)
Maîtrise des Hauts-de-Seine, Les Siècles, Marc Leroy-Calatayud (direction musicale)
Christof Loy (mise en scène), Silvia Aurea De Stefano (reprise de la mise en scène), Johannes Leiacker (scénographie), Robby Duiveman (costumes), Roland Edrich (lumières)


B. Bernheim, M. Viotti (© Vincent Pontet)


Coproduite avec le Teatro alla Scala de Milan (voir ici), Werther mis en scène par Christof Loy arrive une saison plus tard à Paris avec une distribution sensiblement différente.


Au sortir de cette soirée triomphalement acclamée par le public et quasi unanimement par la critique, on se demande cependant si c’est rendre service au chef‑d’œuvre de Massenet d’après Goethe que de le transposer au XXe siècle. Et dans un décor unique et vide qui, quoiqu’élégant, limite beaucoup l’émotion et l’imagination de spectateur. Christof Loy a opté pour une lecture quasi psychanalytique du livret qui, souligne‑t‑il à très juste titre, « n’a pas de lien profond avec le roman de Goethe » : Werther apparaît égocentré jusqu’au sadisme dans l’expression de sa passion pour Charlotte, laquelle est traitée avec plus de justesse. Mais – éternel problème entre les intentions du régisseur et ce qu’il met en scène – Loy déclare dans le programme de salle « ne pas penser que Charlotte soit véritablement amoureuse de lui ». Opinion qui n’engage que lui mais que contredisent les deux derniers actes. Que sont les « larmes » et les « lettres » dans ce cas, d’autant que Marina Viotti, qui endosse avec une allure scénique magnifique les habits de Charlotte, semble vivre cette passion avec intensité ?


On se laisse donc aller à cette lecture qui montre Sophie, très probablement secrètement amoureuse de Werther, se poser en rivale de sa sœur, et Albert, formidablement incarné par Jean‑Sébastien Bou, se conduire comme un Golaud en mari jaloux et brutal et assister au suicide de Werther, qui a lieu dans le vestibule (le décor unique) de leur maison. Et on reste souvent à distance malgré la charge affective que contiennent cette histoire et sa musique. L’esprit romantique du Sturm and Drang est balayé au profit d’un drame bourgeois, un peu dans l’esprit du cinéma néoréaliste italien. Le succès de la soirée aurait été total sans un fond de huées pour l’équipe responsable de l’aspect visuel de l’opéra.


Musicalement, on avoue avoir été gêné par le choix d’un orchestre jouant sur instruments d’époque. Non que Les Siècles ne soient au niveau de cette esthétique, mais le chef Marc Leroy‑Calatayud exalte trop et avec raideur les aspects dramatiques de la partition, qui certes sont là pour souligner le drame mais devraient rester fondus dans le tissu orchestral et pas éclater à la moindre occasion.


Si la distribution est à la hauteur de l’événement, elle l’est avec des voix qui ne sont pas du type traditionnel. Benjamin Bernheim est indiscutablement expert du style et de la prononciation pour l’opéra français, mais Werther semble toucher ses limites, l’obligeant à chanter beaucoup en voix de tête pour conserver l’éclat de ses aigus. Dramatiquement aussi, il n’en a pas la stature, le rôle lui convenant bien moins que Faust et Hoffmann, ses meilleures incarnations à ce jour. Marina Viotti a une voix un peu plus claire pour Charlotte, impression très nette au début mais nuancée par l’évolution qu’elle donne à son personnage, tant dramatiquement que vocalement, l’engagement semblant assombrir son timbre dans les scènes finales. Jean‑Sébastien Bou est parfait vocalement pour Albert, comme l’est Marc Scoffoni pour le Bailli. La Sophie de Sandra Hamaoui a des aigus stridents qui nous rappellent beaucoup de sopranos voulant traiter ce rôle en colorature. Magnifique prestation du chœur (que l’on ne verra pas) et surtout des enfants de la Maîtrise des Hauts‑de‑Seine.



Olivier Brunel

 

 

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