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Gros plans

München
Nationaltheater
03/17/2025 -  et 21, 24*, 27, 30 mars, 7 juillet 2025
Leos Janácek : Káťa Kabanová
Corinne Winters (Káťa Kabanová), Pavel Cernoch (Boris), Violeta Urmana (Kabanicha), John Daszak (Tichon), Ena Pongrac*/Emily Sierra (Varvara), Milan Siljanov (Dikoj), James Ley (Kudrjás), Thomas Mole (Kuligin), Ekaterine Buachidze (Glasa), Elene Gvritishvili (Feklusa), Samuel Stopford (Un homme), Natalie Lewis (Une femme)
Chœur de l’Opéra d’État de Bavière (chœur: Franz Obermair), Orchestre d’État de Bavière, Marc Albrecht (direction musicale)
Krzysztof Warlikowski (mise en scène), Malgorzata Szczęsniak (décors et costumes), Felice Ross (lumières), Kamil Polak (vidéo), Claude Bardouil (chorégraphie), Christian Longchamp, Lukas Leipfinger (dramaturgie)


C. Winters (© Geoffroy Schied)


Le style très dramatique de Janácek correspond très bien à celui de Krzysztof Warlikowski : drames compacts, subtilité des livrets, qualité de la psychologie des personnages... C’est à l’Opéra Bastille que de nombreux mélomanes avaient pu découvrir son talent dans L’Affaire Makropoulos et l’on retrouve dans cette lecture de Káťa Kabanová bon nombre des qualités... et des petits défauts que l’on a appris à connaître.


L’action démarre dans une salle de bal où des couples dansent le tango, nous rappelant le film Le Bal d’Ettore Scola. L’action se déroule dans les temps modernes et n’est pas sans évoquer la lecture maintenant si classique que Christoph Marthaler avait donnée à Salzbourg en 1998. La Volga ou tout simplement la présence de la nature que Janácek sait si bien mettre en musique, sont ici inexistants, à l’exception, au début de l’œuvre, d’une apparition un peu gratuite de Kudrjás en tenue de plongée. Décors, lumières et vidéos sont très réussis, avec en particulier une belle utilisation du volume scénique avec ces espaces qui se déplacent pour accompagner l’histoire. L’action est globalement respectée et certains personnages sont très bien caractérisés, en particulier Tichon, complétement sous le joug de la Kabanicha. Mais il y a aussi quelques moments un peu inutiles voire collés, comme les deux couples se cachant dans les toilettes pour un moment d’intimité alors que bien évidemment, un des figurants va plus tard ouvrir la porte... Quant à l’image finale de la Kabanicha horrifiée par le suicide de Káťa, c’est un contresens qui n’est soutenu ni par le texte ni par la musique.


Mais la force de cette conception se trouve dans l’utilisation à plusieurs reprises de vidéos qui captent Káťa en gros plans, que ce soit au début, dans l’Ouverture, où elle danse devant un juke‑box, ou et surtout, lors de la scène finale, où le jeu si abouti de Corinne Winters est d’une rare intensité. On oublie alorsles tics de Warlikowski, c’est un superbe moment de théâtre.


La distribution réunie à Munich est globalement de grande qualité. James Ley est un Kudrjás truculant. Si Pavel Cernoch est un peu neutre, ce n’est pas le cas de John Daszak, ancien Tambour‑major (Wozzeck) dans cette même salle. Violetta Urmana est toujours la très grande chanteuse que l’on connaît. Ena Pongrac est une Varvara dont le timbre est un peu trop clair et ne contraste pas assez avec celui de Kaťa et leur duo manque de caractérisation. Par opposition, l’orchestre, sous la baguette de Marc Albrecht, est flamboyant, presque peut‑être un peu trop, mais ne sommes‑nous pas à Munich ?


La très grande triomphatrice de cette soirée est sans contexte Corinne Winters. La soprano américaine, qui a déjà chanté ce rôle depuis des années, le connaît avec beaucoup de profondeur. La performance vocale est également remarquable et peut‑être plus encore que ce que l’on a pu entendre, que ce soit à Salzbourg, Lyon ou Genève. La voix a beaucoup de focus, évoquant la technique vocale d’une Birgit Nilsson. L’aigu et le médium sont d’une incroyable solidité. Le soin donné à chaque mot et à chaque phrase est la marque d’une grande chanteuse et d’une grande actrice. Et dans ce final, on ne sait s’il faut remercier metteur en scène, soprano ou compositeur, mais ce moment ne laisse personne indifférent.



Antoine Lévy-Leboyer

 

 

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