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Bozar, Salle Henry Le Bœuf
03/08/2025 -  et 9* mars 2025
Gustav Mahler : Symphonie n° 8
Manuela Uhl (soprano, Magna Peccatrix), Jacquelyn Wagner (soprano, Una pœnitentium), Ilse Eerens (soprano, Mater Gloriosa), Nora Gubisch (alto, Mulier Samaritana), Marvic Monreal (alto, Marie Aegyptiaca), Corby Welch (ténor, Doctor Marianus), Christopher Maltman (baryton, Pater Ecstaticus), Gábor Bretz (basse, Pater Profundus)
Chœurs de la Monnaie, Vlaams Radio Koor, Académie des chœurs et Chœurs d’enfants et de jeunes de la Monnaie, Emmanuel Trenque (chef des chœurs), Orchestre national de Belgique, Orchestre symphonique de la Monnaie, Alain Altinoglu (direction)


(© Vincent Callot)


L’intégrale des symphonies de Mahler : ce projet de trois institutions fédérales, La Monnaie, l’Orchestre national de Belgique et Bozar, se termine cette saison. Et s’il y en a bien une qui donne tout son sens à cette collaboration, c’est la Huitième (1906‑1907) : des musiciens de la formation nationale rejoignent ceux de la Monnaie, sans que le programme n’indique à quelle phalange exactement les instrumentistes appartiennent, tandis que le Chœur de la Radio flamande chante avec les Chœurs de la Monnaie, renforcés par des membres de l’Académie et des Chœurs d’enfants et de jeunes du théâtre bruxellois.


Cela fait donc beaucoup de monde. La scène déborde d’exécutants, et des chanteurs se placent même dans les loges latérales, ce qui produit un effet de spatialisation rarement entendu. A un moment, des cuivres interviennent aussi dans la loge royale. Effets garantis pour cette symphonie vraiment à part, et pas seulement dans l’œuvre du compositeur. Mais tout ceci n’est‑il pas un peu exagéré ? Compte tenu des propriétés de l’acoustique, diminuer le nombre de choristes et de musiciens d’orchestre n’aurait pas abaissé le volume sonore dans la même proportion, mais il vaut mieux conférer à toute exécution de cette symphonie un caractère exceptionnel et fédérateur. Sur ce point, ce concert remplit cet objectif.


Avec la Tétralogie, dont les représentations du dernier volet se sont achevées il y a une dizaine de jours, Alain Altinoglu a prouvé son aptitude à restituer avec profondeur et clarté les œuvres de grande envergure. Il parvient à rendre digeste et convaincante une partition qui, confiée à un chef moins compétent et inspiré, risque de paraître lourde et grandiloquente. Le maestro ne manque pas non plus de souligner les traits typiquement mahlériens, essentiellement dans la seconde partie de cette composition qui se révèle moins typée, sur le plan de l’écriture, mais pas moins originale, sur celui de la forme, que les précédentes, notamment la Septième.


Dans cette exécution admirablement unifiée, le chef apporte suffisamment de contrastes à chacune des deux parties. Une musique spectaculaire, décidément, mais qui appelle, aussi, de l’intimité et de la grâce, un paradoxe qu’Alain Altinoglu cerne fort bien. Il veille, en outre, à la logique formelle, autant qu’au dosage des textures et à la variété de ton, ce qui a pour mérite d’atténuer la disparité entre les deux énormes mouvements, le second deux fois plus long que le premier. La fin de cette prestation confirme ainsi cette impression d’unité et de cohérence. Le directeur musical nous semble ainsi avoir trouvé le ton juste, sans chercher à tendre cette œuvre problématique vers la symphonie, ce qu’elle n’est pas vraiment, au détriment de l’oratorio, ce qu’elle n’est pas tout à fait non plus, ou inversement. Il en révèle en tout cas sa dimension spirituelle et hymnique, intimiste et grandiose.


Les musiciens, en particulier les choristes, pour une partie d’entre eux fermes et vigoureux, pour l’autre légers et juvéniles, ne semblent jamais atteindre leurs limites. Ils se montrent capables de puissance, mais aussi de retenue, d’éclat autant que de transparence. Les sonorités demeurent belles et le jeu précis, ce qui met en valeur les passages plus nuancés de la partition. Tout ceci suggère un temps de préparation considérable afin de mettre ce concert au point. L’exécution suscite également de l’intérêt jusque dans les détails, bien que ce soit l’impact global, le sens du collectif, qui demeure dans la mémoire. Et dans les points culminants, ainsi que dans les passages extatiques, c’est nettement un sentiment de libération, dans l’humilité et la joie, qui domine. Parmi tous les exécutants, ce sont les choristes et les cuivres qui se démarquent le plus, bien que les bois se manifestent de bien belle façon, sans oublier le premier violon, la toujours impeccable Sylvia Huang. Les huit excellents solistes contribuent eux aussi à la réussite de concert, certains se distinguant plus que les autres, en particulier Ilse Eerens, qui apparaît pour son intervention en hauteur, isolée de ses partenaires, ainsi que le merveilleux trio masculin formé par Corby Welch, Christopher Maltman et Gábor Bretz.


Suite du cycle le 4 mai, avec la Troisième Symphonie, toujours sous la direction d’Alain Altinoglu, et le 20 mai, avec la Neuvième, dans une affiche exceptionnelle, Kirill Petrenko dirigeant les Berliner Philharmoniker, deux concerts déjà annoncés complets.



Sébastien Foucart

 

 

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