About us / Contact

The Classical Music Network

Paris

Europe : Paris, Londn, Zurich, Geneva, Strasbourg, Bruxelles, Gent
America : New York, San Francisco, Montreal                       WORLD


Newsletter
Your email :

 

Back

Cosmique

Paris
Maison de la radio et de la musique
02/29/2024 -  
Eric Tanguy : Constellations
Gustav Holst : The Planets, opus 32

Maîtrise de Radio France, Morgan Jourdain (chef de chœur), Philharmonique de Radio France, Daniel Harding (direction)


D. Harding (© Joachim Bertrand)


Vingt‑quatre heures après l’annonce de la nomination de Jaap van Zweden comme successeur de Mikko Franck à la direction du Philharmonique de Radio France c’était ce soir devant une salle comble le retour au pupitre d’un fidèle de l’orchestre, Daniel Harding, lui‑même bientôt en partance pour l’Orchestre de l’Académie Sainte‑Cécile de Rome, où il prendra ses fonctions de directeur musical en septembre prochain.


Au programme de ce concert court et sans entracte Constellations d’Eric Tanguy et Les Planètes de Gustav Holst. Composée en 2017‑2018 et créée au Festival de Besançon en 2019, la pièce de Tanguy pour grand orchestre est composée de six sections pour lesquelles le compositeur utilise six modes à partir de l’intervalle de seconde majeure. L’interprétation de Daniel Harding et du Philharmonique de Radio France est exemplaire de lyrisme et de précision. L’accueil réservé par le public et par le chef britannique au compositeur présent dans la salle est très chaleureux.


Place ensuite aux célèbres Planètes du compositeur britannique d’origine suédoise, vrai bijou notamment en termes d’orchestration. Elles se composent de sept parties très différenciées évoquant chacune l’une des planètes à l’exception de Pluton, pas encore découverte au moment de la composition d’une pièce finalement créée à Londres en septembre 1920. La première partie, « Mars », à la musique naturellement martiale, a beaucoup inspiré les compositeurs de musique de film, on pense notamment à John Williams et Hans Zimmer. « Vénus » a une allure champêtre, « Mercure » des allures de Mendelssohn et du Shéhérazade de Rimski‑Korsakov (et pas seulement à cause de son solo de violon), quant à « Jupiter », il fait parfois penser à Elgar, « Uranus » au Dukas de L’Apprenti sorcier et « Neptune », avec son chœur de femmes hors scène, au Debussy des « Sirènes ».


L’interprétation donnée par Daniel Harding et les musiciens du Philharmonique est de très haut niveau. Le chef britannique inverse la position habituelle de l’orchestre en mettant les contrebasses à gauche sur scène en face des harpes légèrement surélevées à droite à proximité du célesta. On ne sait quoi admirer de plus dans sa direction, la précision toujours, la lisibilité constante, les nuances ou les interactions et l’équilibre entre les pupitres. Jamais, comme il arrive parfois dans cette salle, on ne ressent de saturation sonore. Daniel Harding relance constamment avec succès les musiciens incitant à l’expressivité ici d’un trait, là d’un pupitre ou d’une transition mais sans jamais tomber dans l’excès. L’énergie qu’il insuffle à un orchestre véritablement chauffé à blanc ne tourne jamais à vide mais participe d’une construction patiente, pièce après pièce, qui différencie les climats mais sans les faire paraître disparates. Dans « Neptune », les interventions de la violon solo Hélène Collerette, de la violoncelliste Nadine Pierre, du hautboïste Olivier Doise et du premier cor Alexandre Collard sont tout simplement parfaites. Et constamment au cours de cette incroyable interprétation, c’est surtout la qualité de la mise en place générale qui impressionne. Le pupitre de contrebasses se couvre de gloire comme à son habitude, on pense notamment à « Saturne » où leur rôle de fondation est particulièrement important. Dans cette même, pièce le choral de trombones est d’une justesse très impressionnante. Autre moment magique, lui aussi dans « Saturne », l’intervention simultanée, parfaitement synchronisée et complice des deux timbaliers de ce soir, Rodolphe Théry et Benoît Gaudelette. Les entendre est un bonheur et les regarder aussi. Il en est de même pour les harpes dans « Uranus ». Quant au final, « Neptune », il dégage un total mystère, notamment grâce au célesta de Catherine Cournot et permet d’entendre la Maîtrise de Radio France placée comme souhaité par le compositeur en arrière‑scène, qui réussit un superbe diminuendo final sous l’impulsion minimaliste mais très précise de Daniel Harding. On ne sait plus si le compte y est mais rappelons que c’était le souhait du compositeur qui a noté sur sa partition « la dernière mesure peut être répétée jusqu’à disparition du son dans le lointain ». Un effet ici totalement réussi.


Cette soirée fut donc un incroyable moment de musique au plus haut niveau. Le Philharmonique de Radio France en pleine forme et conduit par un Daniel Harding à la direction intense, concentrée, précise et juste, véritable magicien de l’orchestre, nous a véritablement livré un moment de musique cosmique. Cette façon de faire vibrer chaque note n’était pas ce soir sans rappeler le maître tant aimé du chef britannique, Claudio Abbado, qui disait : « Pas une note ne doit être morte ». Chapeau l’artiste !



Gilles Lesur

 

 

Copyright ©ConcertoNet.com